Le cauchemar californien

Le Québec risque de vivre son propre cauchemar Le Québec se dirige vers de multiples déficits structurels, ce qui veut dire en d’autres termes qu’on est plus capable de payer les dépenses courantes.

L’amalgame de tous les problèmes structurels sont en train de se réunir : taux d’endettement trop élevé, impôt avec les taxes indirectes trop régressives, investissement privé en décroissance, compétitivité des entreprises en décroissance…, la dernière variable et non le moindre, un des plus importants problèmes démographiques au monde, il n’y aura pas assez de contribuable pour supporter la dépense.


Le blogue de Pierre Duhamel , 20 avril 2009 12:38

Il y a une dizaine d’année, j’avais demandé à René Vézina d’aller faire un reportage sur l’extraordinaire créativité et prospérité de la Californie pour la Revue Commerce. L’État le plus populeux et le plus riche des États-Unis faisait encore rêver. Ce n’était plus le lieu de prédilection des hippies, mais celui du capital de risque et de la technologie. Dans sa dernière dernière édition, le magazine Maclean’s trace un portrait absolument désolant et dramatique de ce qu’est devenue la Californie. Des régions sont carrément sinistrées et le taux de chômage dépasse les 20 % dans certains districts. Le taux de chômage de l’État est de 10,5 %.
Si la Californie était une province canadienne, seule Terre-Neuve aurait un taux de chômage plus élevé (il faut ajouter environ 1 point de pourcentage au taux américain pour comparer avec le taux canadien). Dans une ville comme Stockton, dans la grande région de San Francisco, le prix des maisons a baissé de 62 % et une maison sur 60 est abandonnée par ses anciens propriétaires, incapables d’en conserver la propriété. Une sur 60 ! À Merced, le prix médian des maisons est passé de 382 000 dollars en 2005 à 105 500 dollars aujourd’hui.

Des centres commerciaux sont abandonnés par les consommateurs et plusieurs experts, raconte le journaliste de Maclean’s, craignent que l’immobilier commercial ne s’écroule à son tour. La Caisse de dépôt et de placement du Québec pourrait perdre plusieurs millions de dollars dans un seul immeuble situé dans le parc industriel de Roseville dont le tiers de l’espace est vacant. Même des immeubles situés près du campus de Google sont en partie innocuppés. Il y a même des villes qui font faillite, comme Vallejo, au nord de San Francisco. J’ai déjà écrit sur les problèmes budgétaires de l’État dans un billet précédent. Pour combler un trou de 42 milliards de dollars dans le budget de l’État, il a fallu hausser les taxes et impôts de 13 milliards et couper 15 milliards dans les dépenses. Et ils sont encore loin du compte.

Pierre Brasseur a écrit : 20 avril 2009 à 8:16

Ce que vous décrivez c’est l’écroulement du rêve immobilier qui fut particulièrement présent en Californie. Je me souvient être allé à San-Diégo en 2004 et je n’en revenais pas de voir le prix médian des maisons à 400K. Ce n’était pourtant encore rien car les prix ont continué de grimper pendant plusieurs années après ça avec un prix médian qui a dû surpasser les $700,000. Avec de telles données la chute était inévitable, comme elle l’est aussi ailleurs, notamment dans l’ouest Canadien, à Vancouver par exemple où les prix ont connu les même excès qu’en Californie. Ailleurs au Canada la bulle n’a pas atteint de tels excès et la chute sera moins brutale par endroit, aussi à cause de la réglementation plus favorable aux banques. Mais TOUS les grands centres Canadiens ont vécu une bulle et TOUS vivront prochainement un déclin dont l’ampleur variera selon les variables régionales. Le chemin est différent mais la destination est la même qu’aux É-U: chute de l’activité liée à l’industrie immobilière, perte durable de richesse et beaucoup de “negative equity” (on doit plus que ce que l’on possède). Au Canada la récession immobilière commence à peine alors qu’au USA elle dure déjà depuis 3 ans et demi.

Déjà les prix ont baissé d’environ 15% au Canada, sur un an les mises en chantiers et les ventes ont baissé drastiquement, les inventaires s’accumulent, la récession fait rage, le crédit est resserré, le chômage grimpe et les taux d’intérêt ne peuvent plus allez que dans une direction. Bref tout est en place pour une récession immobilière sévère qui pourrait durer plusieurs années, ce même si au début (c’était aussi le cas au USA) la tendance au déni est très forte, il faut dire que l’immobilier ça implique tant d’acteurs (agences, promoteurs, banquiers, vendeurs, médias (annonces, cahiers immobiliers), municipalités, constructeurs et même les politiciens qui profitent de cette belle croissance) que beaucoup ont intérêt à minimiser le problème.

D’ailleurs les médias très peu critiques se contentent généralement de rapporter les propos rassurants des acteurs du milieu au lieu d’analyser froidement et honnêtement la situation, c’est ce qui explique sans doute que le marché donne l’impression de se maintenir malgré les données objectives. Par exemple à Montrèal où contre toute logique les prix continuent de monter. Mais ne vous faites pas d’illusion, ça ne durera pas.