Déficit, une autre fourberie!

Si le ministre Bachand était VP finance, ça ferait longtemps que j’aurais donné son 4%.

Encore, on a affaire à la dextérité comptable, tenter de comparer le déficit avec l’Ontario est tout à fait ridicule.

Car les principes comptables ne sont pas les mêmes, à chaque fois qu’on dépense pour les infrastructures au Québec, on ne les inclut pas dans les dépenses, comme le font les autres juridictions comme l'Ontario. Ainsi, « seul l'amortissement est imputé aux dépenses », selon la réforme de la comptabilité gouvernementale de la fin des années 90, alors que l'Ontario a choisi de tout mettre dans les dépenses. Le Québec émet des obligations, annonce l'amortissement annuel et met le reste à la dette, ce qui contribue à augmenter substantiellement le service de la dette.

En fait depuis des années on a supposément des déficits zéro, mais que fait-on ?

On transfert le déficit d'opération (l'épicerie) vers la dette nette, depuis que Charest est au pouvoir la dette nette du Québec de 2003 à 2009 est passée de 95 milliards à 126 milliards.

Même si on joue le jeu du ministre Bachand, en ne parlant que du déficit cumulé, ce qui exclut notamment les dépenses d'infrastructures. Cette addition de déficits cumulés a atteint 98,5 milliards à la fin mars, soit 32,4% du PIB, de loin la pire performance des provinces canadiennes.

En fait, la moyenne des provinces, excluant le Québec, est de 7,9% du PIB. «Un endettement similaire à la moyenne des autres provinces signifierait près de 90 milliards de dollars en moins sur la dette du Québec, soit une réduction de 91% par rapport à la dette actuelle», écrivent les fonctionnaires des Finances dans les documents publiés hier.

Si l’on a avait appliqué les mêmes règles comptables que les autres provinces, notre déficit ne serait pas 4.7 milliards, mais plutôt 14.7 milliards.

Un excellent article de la rue Frontenac qui est explique la fourberie: Un petit déficit; une grosse dette, Blogues - Michel Van de Walle sur le trottoir ,27 octobre 2009

On se doutait bien, depuis plusieurs semaines, que le gouvernement Charest se dirigeait vers un déficit plus élevé que ce qui était prévu le printemps dernier. Ce qui est plus dramatique, c’est de constater encore une fois qu’une grande partie du déséquilibre budgétaire de Québec est pelletée directement vers la dette, avec le résultat que le déficit n’est que la pointe d’un iceberg qui s’enfonce de plus en plus profondément.

En annonçant que l’écart entre revenus et dépenses pour l’exercice 2009-2010 serait de 4,7 G$, le ministre des Finances, Raymond Bachand, n’a pas provoqué d’onde de choc chez les économistes. La plupart s’attendaient à ce qu’il oscille quelque part entre 4 G$ et 5 G$. C’était clair que la prévision de 3,9 G$ faite au printemps dernier par l’ex-ministre Monique Jérôme-Forget ne tenait plus la route. Ce n’était pas de sa faute, d’ailleurs, car la conjoncture économique a été plus difficile qu’on l’anticipait en mars.

Il est vrai, par contre, comme le dit le ministre Bachand, que le Québec se sort un peu mieux de la crise que ses voisins. L’Ontario a été durement frappée par l’effondrement du secteur automobile, ce qui a contribué à faire mal, par ricochet, aux finances du gouvernement fédéral. Et on ne parle pas des États-Unis, dont l’économie a été dévastée par l’insignifiance et les folies de Wall Street. Mais là s’arrête la comparaison consolante avec nos voisins. Des pommes et des oranges

Car le ministre Bachand a beau dire que la situation budgétaire du Québec se compare avantageusement à celle de Toronto ou d’Ottawa, il compare un peu des pommes avec des oranges. C’est vrai que le déficit québécois ne progresse que de 800 M$ environ cette année, alors qu’en Ontario, on passe d’une prévision de 14,1 G$ à 24,7 G$. C’est vrai aussi qu’à Ottawa, le déficit a été révisé à 55,9 G$ contre une prévision de 33,4 G$ lors du budget de février. Mais si les déficits de l’Ontario et du fédéral ont pris autant d’ampleur, c’est que ces deux gouvernements passent à leurs dépenses annuelles les coûts de plusieurs mesures qu’ils ont prises pour lutter contre la crise.

Dans les deux cas, l’un des motifs qui explique le ballonnement de leurs déficits, ce sont les milliards d’aide financière qui ont été consentis pour sauver l’industrie automobile. Quand Ottawa dit qu’il va investir tant de milliards cette année dans des travaux d’infrastructures, eh bien, ça entre dans les dépenses de l’année. Puis le déficit cumulé s’ajoute à la dette globale. Du côté de l’Ontario, une partie de l’accroissement de son déficit vient des 4 G$ que cette province a consentis à son industrie de l’automobile. À Québec, le gouvernement passe directement à la dette plusieurs grosses dépenses. Par exemple, les 8 milliards investis dans les infrastructures sur deux ans pour relancer l’économie: ces 8 milliards vont directement gonfler la dette. Ils ne passent pas immédiatement par les dépenses courantes du budget, sinon sous forme de frais d’emprunts et d’amortissement par la suite sur leur durée de vie.

C’est la même chose lorsque le gouvernement emprunte 1 G$ pour le donner à la Société générale de financement pour qu’elle vienne à la rescousse des entreprises en difficulté. Cette somme passe directement à la dette, sans apparaître dans les dépenses courantes. Une dette qui gonfle Dans l’énoncé que vient de faire le ministre Bachand, il n’y a pas de mise à jour des données sur la dette brute du Québec.

Si on retourne toutefois au budget de Mme Jérôme-Forget, on constate que la dette brute augmente considérablement. De 148 G$ qu’elle était l’an dernier, elle doit passer à 151,4 G$ cette année. Puis c’est un bond à 160,3 G$ qui est prévu en 2010, avant de dépasser les 170 G$ en 2011. Ce sera en fait pire, puisque ces données ne tiennent pas compte de la hausse du déficit prévu et des investissements additionnels annoncés. En somme, le déficit grimpe de 4,7 G$ mais la dette, elle, bondit de près de 10 G$ la même année. Cherchez l’erreur…

Alors, le gouvernement Charest peut bien parler d’un petite croissance relative du déficit. Mais quand on constate que la dette brute du gouvernement augmente à une vitesse affolante, il n’y a pas de quoi pavoiser.
Quand on se compare, on se désole!