La culture du beigne
Posted by Québec de Droite in Budget, Gouvernance on mardi 27 octobre 2009
Extrait de: La culture du beigne, Donald Charette, journal de Québec, 26/10/2009
La récession a frappé au Québec au cours des derniers mois, mais elle a apparemment survolé son gouvernement et ses employés. Notre journaliste Michel Hébert a obtenu, en vertu de Loi d’accès à l’information, une série de comptes de dépenses produits par des fonctionnaires à l’emploi de la Régie des rentes et du ministère de la Solidarité sociale, notamment. Il est sans doute bon de rappeler que la Régie des rentes a subi des pertes importantes en raison de la crise et veut hausser ses cotisations alors que la Solidarité, comme son nom le dit si bien, veille sur ceux qui se retrouvent au bas de l’échelle. Vous avez pu lire le résultat de ce travail de moine, les factures font plus de 150 pages, dans les premières pages du Journal. Il s’agit d’un coup de sonde ciblant certains organismes publics, mais on peut croire que des aberrations semblables ont cours ailleurs dans l’inextricable appareil de l’État. Il n’y a sans doute pas de malversations, mais une utilisation abusive de son statut d’employé du gouvernement pour se donner des privilèges qui échappent au contribuable moyen.
Cette recherche expose en quelque sorte une culture de la dépense installée dans l’ADN gouvernementale. Si ces dépenses sont autorisées et conformes en temps de crise financière et de retour au déficit, on ose à peine imaginer ce qui se produit quand on traverse une période de prospérité économique. On pourra toujours plaider que c’est ainsi que le système fonctionne et que ça respecte entièrement les règles administratives. C’est justement là où est le problème : les règles administratives ignorent complètement ce que vit le reste du Québec.
C’est choquant d’apprendre qu’un employé a le culot de faire rembourser quotidiennement son café (1,52 $) et sa brioche et que nos taxes ont servi à acheter pour 420 $ de ballons blancs et bleus pour un colloque aux effluves maritimes destiné aux employés de la Solidarité sociale. Comment expliquer qu’on permet à des gestionnaires du BS de visiter un vignoble, d’y dépenser 56 $ par tête de pipe et de leur donner un jour de congé pour ce faire?
On veut bien croire que cela facilite la cohésion de groupe, mais on serait peut-être mieux d’être plus solidaire avec les démunis. Quiconque connaît des gens du secteur public sait qu’il existe une véritable industrie du colloque et de la formation dont nous assumons les frais quelque part. Si certaines de ces formations sont utiles, voire indispensables, d’autres tiennent de la perte de temps ou du divertissement.
Combien de travailleurs ont le loisir de suivre une formation sur « gérer son stress » ou développer une « intelligence émotionnelle » ou d’un cours sur les courriels? Il faut remarquer en outre que toutes ces dépenses se font généralement hors du lieu de travail. Les factures pour les déplacements, hôtels, locations de salle sont astronomiques alors que les ministères et organismes publics disposent de locaux très adéquats pour des rencontres de groupe.
Les fonctionnaires eux-mêmes vous diront qu’il existe également une habitude de recourir à la sous-traitance extérieure même dans les ministères qui ont du staff à ne plus savoir quoi en faire. Réflexe organisationnel? Manque de confiance dans son personnel? Mauvaise utilisation des ressources?
Le premier ministre Jean Charest a annoncé récemment la fin de la récréation budgétaire et une ère d’austérité. On a appris, vendredi, que les dépenses du Québec étaient en hausse de 6,8 % au 31 mars, alors que le gouvernement visait 4,5 %.
S’il veut retrouver une certaine crédibilité avant de siphonner davantage les Québécois, il devra faire descendre les commandes dans le bas de la pyramide et rappeler à l’ordre ses apparatchiks sur le bras des contribuables.
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