Le contrôle des loyers !

Le FRAPRU, le Front d'action populaire en réaménagement urbain, a dénoncé une 10e année de pénurie pour la province, mentionnant le taux d'inoccupation critique de Québec, «cinq fois moins que la normale».

L'organisme s'est particulièrement inquiété de la situation des familles, qui sont «les principales victimes» de cette crise.

De son côté, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, la CORPIQ, déplore que les loyers au Québec soient les plus abordables au pays, alors que les coûts d'entretien sont les mêmes qu'ailleurs au Canada. «Il ne faut donc pas s'étonner de la dégradation du parc de logements québécois et du manque d'intérêt à en construire de nouveaux pour répondre à la demande.»

Abondant dans le même sens que la CORPIQ, l'Association des propriétaires du Québec a même suggéré de retirer le contrôle des loyers pour revenir à la «libre concurrence».

L’article de Nathalie Elgrably est toujours aussi pertinent, sur les conséquences des contrôles des loyers.

Extrait de: Le contrôle des loyers, Le Journal de Montréal, p. 26 / Nathalie Elgrably-Lévy, January 26, 2006


Les associations de «défense» des locataires ont bondi la semaine dernière lorsque la Régie du logement a suggéré une hausse des loyers de 0,9% pour cette année.

Faisant fi du fait que cette augmentation est inférieure à l'inflation, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le Regroupement des comités de logements et d'associations de locataires du Québec (RCLALQ) en ont même profité pour demander à la ministre des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau, de renforcer le contrôle des loyers.

Mais si ce contrôle est une idée aussi géniale, pourquoi l'appliquer avec autant de parcimonie? Pourquoi ne pas manifester davantage de générosité et fixer le loyer d'un quatre et demi à 50$ par mois? Les ménages à revenus faibles seraient pourtant bien contents!

Il est tout à fait noble de vouloir aider les démunis, mais encore faut-il s'y prendre correctement. Instaurer un contrôle des loyers dans le but de les protéger est aussi dangereux que de jeter de l'huile sur le feu!

Fixer les loyers à 50$ par mois est évidemment une idée saugrenue, car aucun propriétaire ne serait motivé à louer ou à entretenir ses appartements, et les locataires auraient à composer avec une grave pénurie de logements. Tout contrôle des loyers, même s'il est peu prononcé, occasionne le même résultat. Il est naïf de croire qu'il puisse en être autrement puisque le contrôle limite les revenus des propriétaires alors que leurs dépenses ne cessent d'augmenter. Qui donc offrirait un service dans de telles conditions? Créer une pénurie n'est peut-être pas l'objectif recherché par les associations de défense des locataires, mais c'est pourtant le résultat atteint.

Effets désastreux

Le contrôle des loyers a eu des effets désastreux dans plusieurs villes dont Paris, Londres, New York et Milan. Par contre, je mets quiconque au défi de citer en exemple des villes où le nombre et la qualité des logements augmentent grâce au à cette méthode. Inutile de chercher, il n'en existe pas. Même l'économiste socialiste Assar Lindbeck écrivait que «le contrôle des loyers est le moyen le plus efficace que nous connaissions pour détruire une ville, exception faite d'un bombardement.»

Néanmoins, beaucoup de gens préfèrent ignorer ces faits et continuent de faire l'apologie aveugle d'une intervention dont l'inefficacité n'est plus à démontrer. Quand ces gens cesseront-ils de prôner un contrôle accrû comme solution à la pénurie? Quand comprendront-ils que c'est précisément le contrôle qui en est la cause?

Que cela plaise ou non aux groupes de pression, le logement locatif doit redevenir un investissement rentable. En janvier 1997, les villes de Boston, Cambridge et Brookline ont été les premières grandes villes américaines à tenter l'expérience d'éliminer le contrôle des loyers, et la construction d'immeubles à revenus a augmenté pour la première fois en 25 ans. De plus une étude menée par la Ville de Cambridge indique que le loyer moyen pour un appartement de deux chambres à coucher a affiché une baisse de 9,2% entre août 2002 et avril 2003. Davantage de logements à un moindre coût, n'est-ce pas précisément l'effet recherché?

Quant aux familles à revenus faibles, il serait plus efficace de les aider en leur fournissant une assistance financière directe, par exemple sous la forme d'une allocation au logement déterminée en fonction du revenu du ménage.

Les solutions efficaces existent, mais il est difficile des les voir quand on porte des œillères. Le FRAPRU et le RCLALQ devraient donc faire leurs devoirs avant de réclamer à la ministre Normandeau une intervention qui nuirait encore plus aux plus démunis!

 
Source: SCHL Marché locatif – Automne 2009 

Une situation stable dans l’ensemble
Selon les résultats de l’Enquête sur les logements locatifs menée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation dans l’ensemble des centres urbains du Québec n’a pas beaucoup évolué en octobre : il est passé de 2,2 % en 2008 à 2,4 % en 2009. Cette stabilité relative est représentative de la situation observée dans la majorité des grands centres de la province. En effet, quatre des six régions métropolitaines de rece nsement (RMR) du Québec – dont celle de Montréal – ont vu leur taux d’inoccupation varier de seulement quelques dixièmes de point depuis 2008. Dans les autres centres, on observe une certaine détente du marché locatif, mais la majorité des variations de taux d’inoccupation, qu’il s’agisse d’augmentations ou de diminutions, étaient égales ou inférieures à un point de pourcentage.

La dynamique sousjacente

Si les taux ont peu changé depuis un an, on estime que les facteurs influençant le marché ont tout de même évolué durant cette période, surtout ceux reliés à la demande : la croissance de l’immigration et le ralentissement du mouvement d’accession à la propriété ont contribué à soutenir la demande. Cependant, le marché du travail a été moins prospère pour les jeunes, ce qui a sans doute ralenti la formation de ménages locataires. La récession aura donc eu des effets multiples et contrastés sur la demande de logements locatifs. Quant à l’offre, elle est demeurée généralement stagnante durant cette période. En plus d’influer sur la demande, la conjoncture économique a accentué un phénomène observé depuis plusieurs années sur les marchés locatifs au Québec : une demande plus forte pour les grands logements. D’une part, la situation moins favorable pour les travailleurslocataires (les jeunes et les travailleurs à temps partiel) a vraisemblablement encouragé la colocation. D’autre part, en ralentissant l’accession à la propriété, l’incertitude économique a stimulé la demande d’habitations de substitution plus abordables, dont les grands appartements.

Les loyers

En moyenne, les loyers au Québec ont progressé d’environ 2,8 % depuis 2008. La variation estimative des loyers oscillait entre 2,1 % et 3,7 % dans les RMR. Selon l’indicateur de l’abordabilité de la SCHL, les grands marchés locatifs du Québec seraient toujours les plus abordables du pays. L’indice était en hausse (indication d’une abordabilité croissante) dans les RMR de Montréal, Sherbrooke et Saguenay, alors que les régions de Québec et de Gatineau ont enregistré des reculs modérés.

Les copropriétés offertes en location

Selon les résultats de l’Enquête sur le marché locatif secondaire, près de 10 % (9 848 unités) des copropriétés situées dans la RMR de Montréal étaient offertes en location en octobre 2009, tandis que la proportion se chiffrait à 8 % (1 618 unités) dans la RMR de Québec. Dans la région de Montréal, le taux d’inoccupation de ce type de logements se situe à 2,7 % – un taux comparable à celui du marché locatif global. Dans la région de Québec, le marché des copropriétés offertes en location est plus détendu (1,6 %) que l’ensemble du marché local. Quant à l’écart de loyer moyen entre les copropriétés offertes en location et les logements locatifs traditionnels, deux faits sont dignes de mention : l’écart est généralement plus prononcé à Montréal (60 %) qu’à Québec (28 %), et, à Montréal, il est le plus fort dans le segment des appartements de deux chambres (60 %, comparativement à 55 % pour les appartements de une chambre et à 37 % pour ceux de trois chambres).