Le lait tourne: Les occasions manquées à cause de la politique laitière
Posted by Québec de Droite in Ministère de l'agriculture, UPA on vendredi 11 décembre 2009
Le lait tourne: Les occasions manquées à cause de la politique laitière, Danielle Goldfarb,
International Trade and Investment Centre, November 24, 2009
La plupart des Canadiens boivent du lait, mais ils sont une majorité à ignorer combien de manœuvres élaborées ont été nécessaires pour que ce verre de lait arrive sur leur table.
Je ne parle pas de la traite des vaches, travail difficile, sans aucun doute, mais de « la gestion de l’offre de lait », politique gouvernementale en vigueur depuis près de quarante ans. Disons, en substance, que celle ci limite la production de lait et évite les importations, afin d’assurer aux producteurs de meilleurs prix pour leur lait.
On ne peut reprocher, à nous Canadiens, de ne rien comprendre à ce régime étonnamment complexe. Nous devons, toutefois, y faire davantage attention. Pourquoi? Parce qu’il a des répercussions sur nous tous, que nous mangions de la pizza au restaurant ou cherchions à vendre du fromage, des céréales ou même des services d’ingénierie sur les marchés mondiaux.
Dans un rapport qui vient juste d’être publié, le Conference Board en démonte les rouages compliqués.
Sur le plan économique, cela revient en gros à restreindre la production intérieure de lait et à empêcher la plupart des importations pour faire grimper les prix du lait à la production. Les autorités laitières limitent alors la production de lait en fonction de la demande au prix résultant de cette « politique ». Elles fixent un quota de production national et les exploitants de ferme laitière doivent posséder une part de ce quota pour pouvoir vendre du lait. Les quotas valent une fortune, ce qui indique que les prix du lait à la production seront élevés et en constante augmentation. L’an dernier, le droit de produire le lait d’approximativement une vache revenait à au moins 28 000 $, ce qui équivalait à 20 fois le prix de la vache elle même.
Et que dire des produits importés à meilleur marché, qui sapent la production et les prix intérieurs? Ottawa a des règlements pour en empêcher l’entrée. Par exemple, l’autorisation d’importation ne vaut que pour une cuillerée à café de yogourt par personne, le reste étant assujetti à des droits de douane de 238 p. 100.
Le régime a amplement réussi à augmenter les revenus des producteurs de lait, l’un de ses buts initiaux. Il leur permet d’engranger des bénéfices très élevés et stables, de loin supérieurs, en moyenne, à ceux de leurs pairs. Les profits et le prix des quotas expliquent pourquoi les producteurs de lait font vigoureusement pression pour maintenir le statu quo.
Il est facile de comprendre pour quelle raison ceux qui envisagent de prendre leur retraite sous peu et de monnayer leur quota ont intérêt à ce que rien ne bouge. Mais qu’en est il de ceux qui comptent exploiter leur ferme laitière pendant les 20 prochaines années? Ou de ceux qui veulent la transmettre (avec les dettes contractées pour le quota) à leurs enfants?
Ces producteurs semblent profiter des prix toujours élevés que leur assure le régime pour justifier le coût des quotas. Mais ce régime subit des pressions de plus en plus intenses. Il y a les importations de nouveaux produits laitiers dont certains ont pu évités le système de tarifs douaniers , le recul continu de la consommation de lait canadien par habitant, et le recours croissant aux substituts laitiers de la part des transformateurs et des consommateurs. Ces pressions font qu’il est devenu difficile et plus compliqué de maintenir les prix du lait à la production à un niveau élevé sans avoir à limiter celle ci de plus en plus chaque année.
Le régime met également des freins à l’innovation et à l’efficience. D’une part, le coût élevé des quotas fait que les exploitants ont du mal à atteindre le nombre de têtes de bétail le plus rentable pour leurs troupeaux. D’autre part, les prix des produits laitiers sont fondés principalement sur les coûts de production des exploitants. Ceci diminue les incitatifs à l’innovation, aux contrôles des coûts ou à répondre aux changements de demande.
L’OMC a réagi au régime actuel en restreignant les exportations canadiennes de produits laitiers. En combinaison avec les facteurs ci dessus, cela signifie que les producteurs de lait ne peuvent pas profiter de débouchés mondiaux en pleine expansion. Ils ne seront, par exemple, pas capables de tirer parti de la consommation croissante de produits laitiers dans les classes moyennes chinoises et indiennes. D’ailleurs, les prix des produits laitiers canadiens ne sont tout simplement pas compétitifs sur les marchés mondiaux. Même si les exploitants sont disposés à renoncer à ces débouchés actuellement, le Canada sera obligé, en fin de compte, d’ouvrir — tout au moins partiellement — ses marchés de produits laitiers. Mais le régime ne le prépare en rien à prendre une telle mesure.
La cherté du lait due à cette politique pénalise également tous les autres Canadiens. Les acheteurs de produits laitiers – transformateurs, restaurants, détaillants et consommateurs – subventionnent pour ainsi dire les producteurs de lait. L’OCDE estime que ces subsides s’élèvent à 175 000 $ par ferme laitière. Les transformateurs qui utilisent le lait ou le beurre comme intrants paient deux ou trois fois plus que leurs concurrents de pays analogues, ce qui leur enlève toute compétitivité sur les marchés mondiaux.
Les restaurants qui servent des pizzas doivent acheter de « l’or blanc » – c’est à dire de la mozzarella – faite de lait qui coûte aux fabricants de fromage au moins deux fois plus que le même lait cru utilisé pour faire d’autres produits laitiers (un exemple parmi d’autres des idiosyncrasies du régime). Les consommateurs du Canada payent régulièrement plus pour un carton de lait d’un litre (60 cents de plus cette année) et un paquet de beurre de 454 grammes (1,50 $ de plus cette année) que ceux de l’Australie, où le marché de produits laitiers est libre. De plus, les personnes souhaitant se lancer dans l’exploitation d’une ferme laitière se heurtent à de grandes difficultés à cause du coût prohibitif des quotas.
Ce qui est sans doute des plus importants, c’est que le Canada renonce à de vastes débouchés pour défendre l’offre intérieure. La capacité d’Ottawa à développer les marchés de produits agricoles davantage tournés vers l’extérieur comme les céréales et la viande, ainsi que d’autres biens et services, a été gravement compromise dans les négociations bilatérales, régionales et multilatérales. Dans les négociations commerciales multilatérales, le Canada a été évincé de la zone d’influence où il régnait autrefois.
Sous la pression des exploitants de ferme laitière, Ottawa a demandé instamment que les produits laitiers ne fassent pas partie des négociations qui viennent de s’engager entre le Canada et l’UE. Mais, à titre de condition préalable à l’ouverture des négociations, les Européens ont exigé que rien ne soit omis — y compris l’accès aux marchés canadiens de produits laitiers —, et Ottawa a accepté.
L’industrie laitière canadienne représente moins de 0,5 p. 100 de l’économie du pays, tandis que l’UE est un marché de 18 billions $, plus que dix fois le PIB du Canada. Si notre pays est incapable d’améliorer notre accès à cet énorme marché parce qu’il veut maintenir le statu quo en matière de gestion de l’offre de lait, ce sera vraiment une occasion manquée pour tous les Canadiens —, et peut être aussi, en fin de compte, pour les exploitants de ferme laitière tournés vers l’avenir.
Voir aussi: Pourquoi, les entreprises agricoles sont rentables ?
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# by Anonyme - 6 janvier 2010 23:18
nice post. thanks.
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