Les entrepreneurs québécois doivent se retrousser les manches

Un sondage publié en février par la Fondation de l'entrepreneurship révélait un écart important entre l'entrepreneuriat québécois et celui du reste du Canada.

Selon ce sondage, il y a en proportion au Québec deux fois moins de propriétaires d'entreprise qu'ailleurs au Canada. La période de démarrage est plus longue que dans le reste du pays et, une fois créées, nos entreprises durent moins longtemps.
Individus en phase de création

Le sondage dénote également une compétence moins affirmée chez l'entrepreneur québécois. Ce dernier se dit généralement inexpérimenté. Pourtant, il y a ici la même volonté d'entreprendre. Comment expliquer ce faible indice entrepreneurial ? Pour Jacques Bernier, président du nouveau fonds Teralys Capital, la culture de l'entrepreneur en série est encore jeune ici. "Les Québécois ont trop souvent tendance à se contenter des trois B : la BMW, le bateau et la beach house, dit-il. Après un succès, ils s'arrêtent."

Des barrières
Charles Sirois, un des entrepreneurs en série les plus connus au Québec, blâme un relent de catholicisme qui empêche de valoriser la recherche de la richesse. "Ici, c'est mal vu de gagner trop d'argent. En Californie, les entrepreneurs ne s'arrêtent pas à un succès. Et s'ils se cassent la figure, ils se relèvent et recommencent. Ils n'ont pas peur de l'échec."

Il y a aussi une question de langue, estime Garner Bornstein, un entrepreneur en série qui en est à sa quatrième entreprise. L'argent pour financer les entreprises à succès est aux États-Unis. "Or, les francophones qui ne sont pas américanisés ont moins de contacts là-bas et ils ont tendance à préférer être un gros poisson dans un petit bocal", constate-t-il.

Daniel Robichaud observe de son côté que les entrepreneurs francophones sont de bons bâtisseurs et développeurs, mais ils sont moins forts lorsque vient le temps de la commercialisation. Celui qui fait partie de la nouvelle génération d'entrepreneurs québécois promet de renverser la vapeur. Son conseil : "Il faut se faire des contacts dans la Silicon Valley, à Boston et ailleurs, dit-il. Quand je suis allé là-bas, je baragouinait à peine l'anglais, mais je peux vous assurer que je l'ai appris vite !"

Une situation inquiétante
Mené par Léger Marketing, le sondage de la Fondation pour l'entrepreneurship représente l'enquête la plus complète menée à ce jour sur l'entrepreneuriat au Québec et son positionnement au sein du Canada. L'objectif du sondage était d'établir un indice entrepreneurial et de le mesurer chaque année afin de noter l'évolution de la situation. Le sondage 2009 a été mené sur Internet par Léger Marketing en janvier dernier auprès de 17 192 répondants, dont 10 665 au Québec.

Lorsqu'il a été publié par la Fondation, son président l'a qualifié d'"alarmant". "Si rien ne change, si on ne se mobilise pas rapidement pour changer les choses, on se prépare un lendemain de veille assez terrible", a affirmé Mario Girard.