Caisses de retraite — Rendements étincelants mais toujours en déficit

Si les taux d'intérêt augmentent meilleurs pour les caisses de retraite, mais un cauchemar pour les gouvernements !

Extrait de: Caisses de retraite — Rendements étincelants mais toujours en déficit, Michel Van de Walle, sur le trottoir, Jeudi, 21 janvier 2010

Les caisses de retraite canadiennes ont connu une année 2009 exceptionnelle, du moins au chapitre du rendement. Mais elles ne sont pas sorties du bois pour autant.

Ces jours-ci, les diverses firmes qui colligent les données sur la performance des gestionnaires confirment ce que l’on soupçonnait déjà. La plupart des gestionnaires ont bien fait. Selon les chiffres de RBC Dexia, de Mercer ou de Morneau Sobeco, la médiane des caisses canadiennes affiche un rendement qui varie entre 16,2 % et 17,9 %.

Il faut remonter loin, au milieu des années 90, pour trouver une année où la performance a été aussi étincelante.

Le problème, c’est que la dernière décennie a été pénible pour les régimes de retraite. Pénible parce que l’on a connu deux marchés baissiers majeurs. Celui qui a suivi l’éclatement de la bulle techno, en 2001. Et celui, plus dramatique encore, qui a fait s’effondrer les indices en 2008 à la suite de la crise du crédit qui a paralysé l’économie mondiale.

À ces deux occasions, les pertes enregistrées par les caisses de retraite ont été considérables. Et même s’il y a eu rebond des marchés par la suite, comme l’an dernier, il en faudra beaucoup plus pour que les régimes recouvrent complètement la santé.

En plus de ces deux chutes boursières, ce qui n’a pas aidé, c’est la faiblesse des taux d’intérêt pendant la dernière décennie. Or, pour évaluer la capacité d’un régime à remplir ses obligations à l’égard de ses participants, les actuaires utilisent certaines règles précises, notamment les taux des obligations de long terme des gouvernements. Avec des taux qui oscillent actuellement entre 3,5 % et 4 %, on est bien loin des 6 % à 7 % de rendement annualisé requis pour maintenir les régimes à flot.

Une catastrophe?

Même si la santé des caisses de retraite s’est améliorée en 2009, la firme Mercer estime qu’au moins la moitié des régimes au Canada ont un taux de capitalisation inférieur à 80 %, sur une base de solvabilité. Autrement dit, si on y avait mis fin le 31 décembre dernier, les rentes promises seraient amputées d’environ 20 %, dans le cas des régimes à prestations déterminées.

Est-ce la catastrophe pour autant? Non, pas nécessairement.

D’une part, les gouvernements, notamment celui du Québec, au vu de la crise de 2008, ont assoupli les règles obligeant les employeurs à combler les déficits actuariels. Ils disposeront de plus de temps pour les amortir, ce qui allégera la pression financière sur les entreprises.

D’autre part, si les taux d’intérêt sont maintenant historiquement bas, la contrepartie c’est qu’ils devraient augmenter au cours des prochaines années. Cela affectera positivement le calcul du passif actuariel des régimes. L’augmentation des taux aura par contre un impact négatif sur la valeur marchande des obligations, qui comptent généralement pour 45 % de l’actif des régimes à prestations déterminées.

La hausse des taux d’intérêt peut aussi avoir un effet de frein sur le marché des actions. Mais elle ne devrait toutefois pas empêcher les bourses de produire des rendements positifs au cours des prochaines années, à mesure que la reprise économique se consolidera. Si la croissance risque de demeurer anémique dans les pays occidentaux, on s’attend à ce que les pays émergents prennent la relève. Leurs marchés boursiers devraient générer des rendements intéressants.

Enfin, le dollar canadien approche de la parité avec le billet vert américain. En 2009, sa forte progression a annulé une bonne partie des rendements que les gestionnaires obtenaient sur le marché américain, un effet qui devrait s’estomper.

Les régimes de retraite demeurent toujours sous pression, c’est vrai. Mais les rendements exceptionnels de 2009 ont permis d’évacuer une partie de la vapeur. Ils ne sont pas sortis du bois, bien sûr, mais ils sont moins perdus dans la forêt qu’ils ne l’étaient il y a un an