Risque d’une seconde crise économique !

Depuis le début de la récession, en 2008, les économistes guettent avec angoisse les plus petits signes d’une reprise économique. Chaque jour, dans la presse, l’un d’entre eux croit pouvoir affirmer que « le pire est derrière nous ». Qu’en est-il vraiment ? Et quelles sont les véritables perspectives pour tous ceux – jeunes, travailleurs, retraités – qui subissent les conséquences de la crise ?

L’économie n’est pas une science exacte. Nul ne peut prévoir précisément le rythme et l’amplitude du cycle économique. Global governance risk

Le capitalisme évolue par cycles. Il y aura donc inévitablement,  à un certain stade, une reprise de l’activité économique. Cependant, rien de solide ne permet d’affirmer que la reprise est engagée.

L’optimisme actuel de certains économistes repose uniquement sur l’observation d’un ralentissement de la chute de certains indices, au cours des derniers mois – et rien de plus. Mais surtout, il y a reprise et reprise. La profondeur de la crise et les déséquilibres vertigineux de l’économie mondiale excluent la perspective d’une expansion spectaculaire.

A l’époque, la croissance économique s’accompagnait d’une amélioration sensible du niveau de vie des masses, du moins dans les pays capitalistes avancés. Aujourd’hui, ce scénario est exclu. Au mieux, la reprise sera faible, très fragile, et elle s’accompagnera d’attaques permanentes contre les conditions de vie des salariés.

Dans le même temps, la valse indécente des « bonus » et autres « stock-options » mirobolants continuera, pour une petite minorité de privilégiés.

Surproduction

Pour 2010, le FMI prévoit une croissance de 0,8% aux Etats-Unis, de 1,7 % au Japon – et une contraction du PIB de 0,1%, en Europe. Ce n’est là qu’une hypothèse du FMI (qui est généralement optimiste), mais même si elle s’avère correcte, les conditions de vie de la masse de la population continueront de se dégrader. Et en attendant, les ravages sociaux de la récession se poursuivent. Le chômage s’aggrave. Les fermetures, les plans sociaux et les faillites se multiplient. Nous faisons face à une crise classique de surproduction. En mai 2009, l’industrie américaine tournait à 68% de sa capacité, soit 12 % de moins que la moyenne des années 1972 à 2008. Il y a trop de marchandises, sur le marché : telle est l’absurde réalité.

Montagnes de dettes

Marx expliquait que le crédit, sous le capitalisme, permet d’accroître le marché au-delà de ses limites naturelles. Au moyen du crédit, les pays injectèrent dans l’économie des richesses qui n’ont pas encore été créées, pour ainsi dire. Cela stimule artificiellement l’offre et la demande. Au cours des dernières décennies, ils se sont livrés à une orgie spéculative reposant sur des montagnes de dettes. Nombre d’entre eux croyaient enfin avoir réalisé l’idéal: faire de l’argent avec de l’argent, sans s’atteler à la pénible tâche de produire. D’énormes quantités de « capitaux fictifs » se sont accumulées, dans l’économie, jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre et que nos valeureux apôtres du « libre marché », pivotant de 180°, réclament avec ferveur « une meilleure régulation des marchés ».

Les gouvernements sont alors immédiatement intervenus pour éponger les pertes colossales des banquiers. Ce faisant, ils ont ajouté des dettes aux dettes. D’après le FMI, la dette publique des dix nations les plus riches s’élèvera à 106% de leur PIB, en 2010. En 2007, ce chiffre était de 78%. Cela représente plus de 9000 milliards de dollars de dette supplémentaire, en l’espace de trois ans ! C’est sans précédant, et c’est insoutenable. Comme chacun le sait, les dettes doivent être payées, tôt ou tard – avec les intérêts.

A elle seule, cette situation fait planer la menace d’une nouvelle crise majeure, qui pourrait saper la reprise avant même qu’elle ne s’engage.

Une chose est claire : les pays présenteront l’addition aux travailleurs et aux classes moyennes, sous la forme de gels ou de diminutions des salaires, de coupes drastiques dans les budgets sociaux et d’une augmentation des impôts.

La dernière voix à se manifester, c’est celle du Forum économique mondial, l’institution qui organise le sommet de Davos, en Suisse, un événement couru qui attire chaque année plusieurs chefs d’État et d’entreprises.

Dans le rapport intitulé Global Risks 2010 qu’il vient de publier, l’organisme met en garde les pays industrialisés, surtout occidentaux, contre un certain laxisme dans les luttes aux déficits publics qui viennent de se creuser

«Les économies développées en particulier doivent s'attaquer à la lourde tâche de:

Reformer leurs systèmes de protection sociale» en faisant en sorte que les coûts soient «mieux répartis» entre les différentes couches de la population

indique ainsi le rapport.

«Ceci implique que les politiques prennent des décisions impopulaires alors même que les électeurs souffrent durement du chômage provoqué par la récession mondiale», prévient-il encore.

Réf: Crise économique: ...le bout du tunnel ?, Indymedia- Letzebuerg, 14 Janvier 2010