Devons-nous, collectivement, financer l’école privée ?

Ceci est une réponse d’un blogueur que j’avais notée sur le financement des écoles privées, pour l’émission de Bazoo sur la justesse de sa réponse.

Au prochain carnet, je parlerai, pourquoi les écoles privées sont efficaces ajoutant de la pertinence sur ces arguments.

Par : Pierre-Luc B. – Montréal, 12 octobre 2009

Tout d'abord, précisons que j'ai enseigné dans le secteur public et aussi dans le secteur privé.

Premièrement, je suis contre les commentaires simplistes comme ceux d'Omar Aktouf, qui dit en substance: "60% de financement devrait équivaloir à 60% d'enfants ne payant pas". La vie est plus complexe qu'une formule rhétorique séduisante. D'autre part, je trouve que M. William C. extrapole beaucoup quand il dit que le Québec a fait le choix de favoriser les moins nantis et que par conséquent, l'école privée ne devrait pas être financée comme elle l'est. Tant de sophismes révèlent un biais idéologique qui fait l'économie d'une réflexion sur l'impact concret d'une décision touchant le système éducatif à long terme.

Je pense qu'il faut continuer à financer l'école privée de façon importante et voici pourquoi:

1.      Nous ne pouvons pas forcer les écoles privées à accepter un pourcentage d'élèves plus faibles, pour la simple et bonne raison que cette pseudo-non-sélection en deviendrait une de facto, en raison du fait que tous voudraient que leur enfant profite de ce système qui a la cote, avouons-le.

2.      L'école privée "libérée" du financement deviendrait une comète en orbite à 1000 kilomètres de la réalité de la classe moyenne, comète sur laquelle survivrait une élite encore plus restreinte que maintenant. L'écart entre les plus riches et les plus pauvres en termes d'expérience de vie commune serait élargi et la première victime de cette décision serait la classe moyenne, qui se retrouverait "déclassée" soudainement, coupée de l'accès à l'éducation privée.

3.      Souvent, on dit que si les plus forts allant à l'école privée allaient au public, l'école publique irait mieux et les plus faibles seraient "tirés vers le haut". C'est faux, car les plus forts de l'école publique sont classés dans des programmes de "douance" ou de baccalauréat international et c'est dans ces programmes que se retrouveraient les "forts" provenant du privé alors devenu inaccessibles faute de financement public. Oui l'école publique serait plus diversifiée, mais pas la salle de classe.

4.      Je n'entrerai pas dans un débat de principes en me demandant si le "droit au privé" devrait exister, mais disons que je crois au respect de la diversité d'opinions et que j'applaudis à l'existence d'une école privée élitiste, oui, mais pas complètement coupée du système éducatif et de la classe moyenne.

Désolé, mais les problèmes du public n'ont à peu près rien à voir avec le financement du privé.

Les vrais problèmes de l'école publique québécoise viennent:

1.      du refus de l'excellence dans la formation des enseignants (des programmes simplistes bourrés de psychopédagogie et vidés des contenus disciplinaires)

2.      de l'envahissement des structures administratives (commission scolaires et ministères) dans la sphère pédagogique et de la centralisation qui en découle (les écoles sont figées dans le jello bureaucratique)

3.      du nivellement par le bas au nom d'une égalité utopique (on bannit même le mot décrochage, qui devient de la "non-persévérance")

4.      du refus de la majorité des parents de s'engager dans l'éducation (c'est mieux d'écouter le banquier et occupation double le soir avec les enfants que de poursuivre leur instruction à la maison ou de s'impliquer dans les projets d'école)

5.      de la peur de certaines directions d'école d'entrer en conflit avec les parents lorsqu'elles tentent de faire respecter les principes de leurs écoles (des histoires d'horreur circulent constamment dans les écoles sur le laxisme de la direction)

6.      de l'inertie de certains enseignants, qui n'ont pas la vocation et qui ne se passionnent pas pour leur métier et leur élèves.

Comme vous voyez, l'argent n'a rien à voir avec ces problèmes.

Le privé financé est une solution mitoyenne dans une société centriste et c'est très bien comme ça. Au lieu de toujours vouloir blâmer le privé, pourquoi ne pas commencer par rehausser le public?