Six minutes par patient

Un système de santé qui doit être revu sérieusement, trop de consultations et mauvaise gestion des ressources, typique des monopoles, aucune réflexion sur l’efficacité.

·         Un médecin peut voir jusqu’à 10 patients à l’heure.

·         Le médecin est esclave de sa rémunération à l’acte qui l’oblige à faire du volume.

·         Un dossier peut contenir consultations par-dessus consultations, examens par-dessus examens, sans cerner le véritable problème de santé.

Extrait de: Six minutes par patient, Johanne Roy, Canoe, 26 janvier 2010

Vous avez l’impression que l’omnipraticien consulté au sans rendez-vous vous accorde peu de temps? Sachez qu’un médecin peut voir jusqu’à une dizaine de patients à l’heure. Faites le compte, c’est à peine six minutes par visite!

Ces consultations à la chaîne, dans les cliniques sans rendez-vous, ne servent ni le patient, ni le médecin, estime le Dr Marc Lacroix, coassocié d’une première clinique privée de médecine familiale, ouverte depuis la fin de 2009 à Lac-Beauport. «Des médecins rencontrent jusqu’à douze patients à l’heure, au sans rendez-vous. À ce rythme, on n’a même pas le temps d’aller aux toilettes!»

«Le médecin est esclave de sa rémunération à l’acte qui l’oblige à faire du volume. S’il choisit de passer 20 minutes avec un patient, il en paie une partie de sa poche. Les frais encourus en clinique médicale sont exorbitants, de sorte que les omnipraticiens n’arrivent pas s’ils ne font que trois visites par heure. Le mode de rémunération à l’acte doit être revu, au profit d’une rémunération à taux horaire, qui donnerait plus de latitude au médecin», estime le Dr Lacroix.

Selon ce dernier, plusieurs médecins sont victimes d’épuisement professionnel, à force d’être frustrés jour après jour par ce type de pratique. «Ils rentrent chez eux, après une journée exténuante, avec le sentiment de n’avoir pas consacré tout le temps souhaité à leurs patients», note le Dr Lacroix.

«Aberrations»

«Parfois, des patients nous arrivent avec un dossier de quatre pouces d’épais, contenant consultations par-dessus consultations, examens par-dessus examens, demandés par les différents médecins consultés. Trop de médecins au dossier fait qu’on ne s’arrête pas toujours au petit détail qui va permettre de cerner le véritable problème de santé. C’est là une des aberrations du système de santé», met en lumière le médecin de famille.

«En optant pour la pratique privée (en alternance avec le dépannage en urgence), je me suis donné une pratique à mon goût, qui me permet de faire le métier pour lequel j’ai été formé. Des médecins hésitent à aller au privé, car ils ont peur d’être mal perçus par leurs pairs et de passer pour des individus mercantiles. En trois semaines, sans trop de publicité, 150 patients, notamment de la classe moyenne, se sont inscrits à notre clinique», affirme le Dr Lacroix, qui se défend bien de s’adresser surtout aux mieux nantis.