Tsunami - Retraites : promesses non tenues

«Lorsque la mine Jeffrey, c'est le grand canyon de l'Estrie s'est mise sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), il y a sept ans, la rente de cet ancien contremaître électricien a chuté du tiers. Chaque mois, c'étaient 850 dollars de moins dans ses poches, soit plus de 60 000 dollars au fil des ans ! Il a aussi perdu son assurance vie, l'entreprise ne pouvant plus en assumer les coûts. « Je ne suis pas le pire de la gang, car j'avais au départ une bonne rente et des économies. Certains ont dû abandonner les voyages, endurer leur vieille voiture, lâcher le golf ou vendre leur maison... »

Canwest Global, Fraser Papers, Nortel... Avec la crise économique, la liste des grandes entreprises qui se sont mises sous la protection de la LACC ne cesse de s'allonger. Et avec elle fond la certitude qu'avaient bien des travailleurs de pouvoir profiter, un jour, d'une retraite dorée.

Même ceux qui travaillent pour une grande entreprise peuvent voir la rente prévue réduiteTous les paramètres sont si leur employeur fait faillite ! Sans compter que les Québécois sont de moins en moins nombreux à avoir droit à de tels privilèges de retraite.

À moins d'être des salariés de l'administration publique ou d'une faible proportion d'entreprises privées, les Québécois sont seuls responsables de leur avenir financier.

 « Mais avec la crise actuelle, on se rend compte que tous les régimes de retraite à prestations déterminées du secteur privé sont en danger en cas d'insolvabilité de l'employeur. », dit Gaétan Ménard, secrétaire-trésorier du Syndicat canadien des communications.

Au Québec, AbitibiBowater regroupe 5 600 employés et 9 000 retraités. Le fonds de pension de ce géant du papier accuse un déficit de 1,3 milliard de dollars, soit le quart de sa valeur. Le fonds demeurera donc sous-financé pour un temps indéterminé. En cas de faillite, les retraités devront absorber le manque à gagner, à même leur chèque de pension.

Puis, la récession a frappé. Ce fut le coup de grâce pour de nombreuses entreprises « matures », comme General Motors, Air Canada, AbitibiBowater, Nortel...Régime de retraite dans la fonction publique

« C'est du jamais-vu qu'autant d'entreprises canadiennes en difficulté soient aux prises avec un fonds de pension déficitaire », affirme Michel St-Germain, actuaire chez Mercer, qui pratique depuis 35 ans. La crise financière a mis le feu aux poudres en déplumant les fonds de pension, tous partiellement investis en Bourse pour maximiser les rendements. « Au lendemain de la chute des marchés, en janvier 2009, 75 % des régimes de retraite canadiens avaient un déficit d'au moins 20 % », dit l'actuaire. Puis, la récession a frappé. Ce fut le coup de grâce pour de nombreuses entreprises « matures », comme General Motors, Air Canada, AbitibiBowater, Nortel...

Avocat chez Ogilvy Renault, Me Rochette explique que la crise financière, la récession et le pauvre rendement des caisses de retraite depuis quelques années ont créé une situation critique pour les régimes à prestations déterminées. « Tous les paramètres sont auRégime de retraite dans le secteur privé plus bas à l'heure actuelle.

Paul Gauthier, ex-président et chef de la direction de Bimcor, filiale de Bell Canada chargée des caisses de retraite de cette dernière, ne pleure pas sur le sort des retraités menacés par les faillites. « Au moins, ils ont une pension ! Même si celle-ci était amputée, ils seraient dans une meilleure situation que près de 75 % des travailleurs du privé, qui n'ont rien du tout ! » dit-il.

Au Québec aussi, les régimes à prestations déterminées disparaissent peu à peu : il y a 30 ans, 45 % en bénéficiaient, contre 35 % aujourd'hui - soit 19 % des travailleurs du privé et 90 % de ceux du public.

Près de 75 000 PME québécoises n'offrent en effet aucun régime de retraite. Et les grands employeurs se désengagent progressivement. « Les régimes à prestations déterminées sont complexes à administrer et coûteux pour les employeurs, qui les abandonnent de plus en plus », dit l'actuaireUn travailleur sur deux Michel St-Germain.

Selon Statistique Canada, seulement 26 % des Québécois  ayant  fait une déclaration de revenus ont cotisé à un REER en 2008, contre 28 % en 2000. Sans compter que la cotisation annuelle moyenne n'a été que de 2 500 dollars. De plus, une personne sur quatre retire son REER avant l'échéance de la retraite pour l'utiliser à d'autres fins, selon Paul Gauthier.Au moment de quitter le monde du travail, la paye peut donc être mince. Selon la Régie des rentes du Québec (RRQ), 30 % des travailleurs ne bénéficient d'aucune couverture en vue de la retraite, pas même d'un REER personnel. Ils devront se contenter des revenus versés par les régimes universels, soit la Sécurité de la vieillesse du Canada, le Supplément de revenu garanti et la RRQ.

Des revenus modestes : un Québécois qui a gagné un salaire moyen de 46 300 dollars durant sa vie active reçoit, à partir de 65 ans, environ 20 000 dollars par année au total de ces trois sources. « C'est juste au-dessus du seuil de pauvreté. Les régimes publics n'assurent que le minimum », commente Pierre Plamondon, actuaire en chef à la RRQ.

Les calculs de cet organisme donnent froid dans le dos : un travailleur sur deux sera probablement pauvre à la retraite, sa couverture étant soit insuffisante, soit inexistante ! «

Au Québec aussi, le coussin de retraite des boomers a besoin d'être renfloué : les REER ont fondu de 15 % à 30 % durant la crise financière de 2008, affirme David Burke, directeur de la pratique de retraite pour le Canada chez Watson Wyatt Worldwide. « Même avec l'amélioration des marchés en 2009, une personne devra travailler quatre ou cinq ans de plus si elle souhaite récupérer les pertes subies », dit-il.

Source:  Retraites : promesses non tenues, par Annick Poitras, l’Actualité, Février 2010
Source: Un tsunami pour les retraites de la fonction publique.pdf, Québec Droite, Février 2010