Brisons les monopoles publics !

Il est intéressant que la vieille garde commence à proclamer qu’il est temps de casser les monopoles d’État, Pierre Fortin a publié un article dans l’Actualité ‘Brisons les monopoles d’États’ et Joseph Facal sur ‘Déplacer la montagne’.

On sait tous que les monopoles deviennent de plus en lourds, de plus en plus chers et de plus en plus inefficaces, dû au fait qu’ils n’ont point de concurrence pour se comparer.

Ajouter la couche monopolistique syndicale, qui est conditionnée par des conventions collectives trop rigides (ex : la pénurie d’infirmières qui en est pas une), les choix par ancienneté (pas nécessairement la bonne personne pour le poste) et ajouter la permanence qui empêche à toute fin les personnes qui ont perdu toute motivation et par pure incompétence des remerciés de leurs services.

Dans le monde entier, les gouvernements ont employé la mixité ou tout simplement donné les opérations des ministères à des agences multiples semi-privés qui sont réévalués à chaque 5 ans et sont comparés entre eux.

Pour une simple raison, mais fondamentale IMPUTABILITÉ.

·         Si tu établis de la concurrence, tu vas pouvoir comparer et établir une imputabilité.

·         Est-ce que l’hôpital Rosemont est –il plus efficace que l’hôpital Notre-Dame ?

·         Est-ce que les coûts des opérations de la hanche sont moins chers en région ou à Montréal.

·         Le ministère du Transport en a-t-il pour son argent, quand ils exécutent des améliorations infrastructurelles ?

Si tu ne peux comparer, tu ne peux évaluer le niveau de performance, donc tenter de déterminer qu’un gestionnaire est plus efficace qu’un autre devient difficile.

Et les fonctionnaires le savent très bien, pas de comparaison, peu d’imputabilité.

Le fait que le Québec a une fonction publique syndiquée à 81 % va être une tâche très ardue à tenter de corriger le tir, car ces groupes d’intérêts majeur vont naturellement s’opposer à de tel changement, seul du courage politique ou de la pression extérieure (ex. : financier) pourra imposer un tel changement.

Source : Brisons les monopoles publics !, Pierre Fortin, Actualité, p40-41, juillet 2010 

Brisons les monopoles publics !

En 1960, l'État était porteur des espoirs de toute une nation. Aujourd'hui, il est devenu la nourrice des entreprises et le père Noël des régions. Le temps est venu de donner un coup de barre.

Lorsque « l'équipe du tonnerre » de Jean Lesage accéda au pouvoir, en 1960, le tiers seulement des jeunes adultes du Québec avaient un diplôme en poche. Pendant les années 1950, le Québec avait été porté par l'expansion économique de l'après-guerre, mais il n'était pas parvenu à réduire l'écart de 21 % qui séparait son niveau de vie de celui de la province voisine, l'Ontario. Le salaire moyen des Québécois francophones unilingues équivalait à seulement 52 % de celui des anglophones. Les entreprises francophones offraient moins de la moitié des emplois sur le territoire québécois.

Lorsque l'écrivain Pierre Vallières nous a appelés « nègres blancs d'Amérique », on l'a accusé d'exagérer. Mais en fait, il clamait l'exacte vérité: la situation économique des francophones par rapport à celle des anglophones du Québec était en tout point comparable à la situation économique des Noirs par rapport à celle des Blancs des États-Unis.

Face à l'urgence de mettre fin au « retard économique du Canada français », le gouvernement Lesage annonça clairement son intention: se servir de l'État afin de combattre le décrochage scolaire, de créer la richesse, de la répartir équitablement et de promouvoir une plus grande maîtrise de l'économie par les francophones (voir l'encadré).

Depuis 1960, l'activité de l'État québécois s'est énormément accrue. Dès le départ, le gouvernement Lesage modernisa la fonction publique. Coup sur coup apparurent l'assurance hospitalisation, les allocations scolaires, les écoles polyvalentes, le Régime de rentes du Québec et plusieurs sociétés d'État, comme la Société générale de financement et la Caisse de dépôt. L'électricité fut nationalisée. De 1960 à 1966, les dépenses provinciales triplèrent et le fardeau des taxes et impôts provinciaux doubla. Cela valut à Jean Lesage le sobriquet de « Ti-Jean la taxe » et contribua assurément à sa défaite électorale en 1966.

Qu'à cela ne tienne, l'État continua à grandir, et les dépenses publiques provinciales et municipales, à occuper une part croissante de l'activité économique du Québec. Elles sont finalement passées de 13 % de notre revenu intérieur en 1961 à 34 % en 2007. C'est, chaque année, 30 milliards de dollars de plus que si le Québec et ses municipalités dépensaient au même rythme que l'Ontario.

Il ne fait aucun doute qu'une grande partie du dessein économique de la Révolution tranquille a été accompli. Nous sommes allés à l'école en plus grand nombre. En 1960,66 % des jeunes Québécois de 30 ans n'avaient aucun diplôme. Aujourd'hui... à peine 12 % ! Selon l'OCDE, en 2006, nos enfants se classaient tout près du sommet mondial en matière de performance scolaire. Le combat contre le décrochage scolaire n'est pas fini, mais que de chemin parcouru en 50 ans ! Pour ce qui est du niveau de vie, notre retard sur l'Ontario est passé de 21 % en 1960 à 8 % en 2008. La majeure partie de cet écart restant de 8 % est d'ailleurs volontaire : les Québécois acceptent souvent un revenu moindre afin de s'offrir plus de temps libre.

Autre bonne nouvelle : la productivité de notre économie est comparable à celle de nos voisins ontariens. Nous travaillons peut-être moins d'heures qu'eux, mais à chaque heure passée au travail, nous produisons autant qu'eux. Sur le plan social, la pauvreté est moins répandue et les inégalités de revenus sont moins prononcées chez nous que partout ailleurs en Amérique du Nord. Au Québec, les riches sont beaucoup moins riches et plus imposés qu'en Ontario ou aux États-Unis.

Enfin, l'amélioration de la position relative des francophones a été fulgurante. Les francophones bilingues gagnent maintenant autant que les anglophones bilingues et 15 % de plus que les anglophones unilingues. Les entreprises francophones gèrent les deux tiers des emplois au Québec.

Il est impossible de déterminer avec exactitude quelle part de ces succès est attribuable à la Révolution tranquille. Chose certaine, celle-ci a donné une bonne poussée à la scolarisation des jeunes, à la révolution féminine, au financement des entreprises, à l'accès des francophones aux postes de commande et à la propriété, ainsi qu'à la mise en place d'une infrastructure énergétique propre et à bon marché.

Nous avons raison d'être fiers de ces progrès. Néanmoins, notre perception de l'État québécois s'est détériorée avec le temps. En 1960, l'État était porteur de tous nos espoirs. Aujourd'hui, il est source de bien des frustrations. Depuis 40 ans, les relations de travail dans le secteur public suintent la méfiance, parfois la haine. Les viaducs s'effondrent, un trop grand nombre de nos enfants décrochent encore de l'école, l'accès aux soins de santé est aléatoire, les milliards pour la santé disparaissent dans un trou noir, les infirmières sont à bout de souffle, les projets de construction sont lents à démarrer et coûtent trois fois plus cher que prévu.

Ces ratés multiples font percevoir l'État comme une grosse machine sans âme, sous-performante, étouffée par les bureaucraties administrative, syndicale et professionnelle, qui se bloquent mutuellement. On a l'impression que les groupes d'intérêts ont kidnappé le gouvernement/chacun cherchant à extraire le maximum d'avantages de l'État en faisant payer le reste de la collectivité. L'État est devenu la nourrice des entreprises, le père Noël des régions. Nos grands secteurs réglementés par l'État, comme l'électricité, l'agriculture, la santé et la construction, présentent des coûts inquiétants. Et depuis le fiasco financier des Jeux olympiques de 1976, les gouvernements essuie une crise financière majeure tous les 14 ans (1982,1996, 2010 ; attention à 2024!).

Si nous voulons sortir de ces crises à répétition et bien nous préparer au choc démographique, il est clair que nous devrons revoir en profondeur nos façons de faire en santé, en éducation et en gestions des infrastructures. Il faudra défaire les monopoles publics et privilégier partout l'émulation (concurrence), car le seul moyen d'être forcé à l'excellence, c'est d'être mis au défi par des gens qui font aussi bien ou mieux que nous. Vérifiez auprès de Jason-Jay Anderson, d'Alexandre Bilodeau, de Charles Hamelin, de Jennifer Heil, de Clara Hughes, de Kim St-Pierre et des autres athlètes qui se sont surpassés aux Jeux de Vancouver.

Entre-temps, pourquoi ne pas accepter de relever le grand défi qu'a récemment formulé la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux: travailler d'arrache-pied à améliorer notre performance, de façon à surpasser un jour la productivité américaine. Si un aussi grand nombre de nos artistes, de nos écrivains, de nos scientifiques et de nos sportifs réussissent à dominer la scène mondiale, pourquoi pas nos entreprises? ®

Source : Déplacer la montagne, Joseph Facal, 19 mai 2010

En fin de semaine, les militants du PQ se sont réunis pour réfléchir à l’avenir des services publics et, en particulier, à celui du système de santé.

Pour moi, l’heureuse surprise tient moins dans les inquiétudes prévisibles exprimées par les militants que dans la volonté affichée par madame Marois d’aborder sereinement des questions difficiles.

Il a été beaucoup question de débureaucratiser le système de santé. Et il le faudra bien.

Tous les systèmes de santé ont une instance centrale et des instances locales. Habituellement, l’un des pôles est lourd et l’autre est léger. Il n’y a pas de règle générale sur lequel des deux pôles doit être le lourd ou le léger. Au Québec, nous sommes cependant lourds aux deux bouts.

Des gains d’efficacité sont aussi possibles à l’intérieur du système actuel. Deux hôpitaux dotés du même budget et recevant des clientèles similaires auront des performances très différentes.  

Mais ces gains ne pourront pas nous épargner un questionnement beaucoup plus global.                                                                    

L’efficacité générale d’un système n’est pas liée à son caractère privé ou public, mais au fait d’être un monopole ou pas.

Qu’elle soit privée ou publique, une organisation qui n’affronte pas de compétition parce qu’elle détient un monopole, dont la clientèle n’a pas la possibilité d’aller ailleurs, n’aura pas d’incitation forte à s’améliorer. Or, les soins hospitaliers et les soins médicaux sont, chez nous, des monopoles d’État pour l’essentiel.

Il ne faut donc pas attendre de miracles de ces ajustements ponctuels.

Les militants n’ont pas voulu discuter de la révision du panier de services couverts par la RAMQ.

Pourtant,  est-il logique que les lunettes pour les enfants ne soient pas incluses, mais que l’on ait droit à un nombre illimité de consultations médicales ?

Les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège ont fait ce difficile exercice il y a plus de dix ans.

La question la plus fondamentale de toutes, escamotée par les militants, est celle de la pérennité financière du système.

En 2014-2015, la santé représentera plus de la moitié du budget total du Québec. Que restera-t-il pour les autres missions ?

Si le PQ s’oppose à ce qu’il appelle «les tarifs injustes et les taxes déguisées», ainsi qu’aux franchises, il reste quoi ? Couper ailleurs ? S’endetter davantage ? Hausser les impôts ?

La voie à suivre est d’apprendre à vivre selon nos moyens. Il faut aligner, sur un horizon de cinq ou sept ans, la croissance des coûts de la santé sur la croissance des revenus du gouvernement, afin de stabiliser la part dévolue à la santé.

C’est ce qu’ont fait l’Allemagne et les Pays-Bas, et c’est la voie choisie par la Grande-Bretagne.

Ceux qui défendent le statu quo ou qui ne proposent que des réformettes conduisent le système à sa perte aussi sûrement que ceux qui voudraient carrément le démanteler.

Ce n’est plus tellement un débat entre la gauche et la droite, mais entre une partie de la gauche qui vit dans le passé et nie la réalité, et une autre frange qui accepte de regarder la situation avec des yeux neufs.

Madame Marois a raison de vouloir faire évoluer son parti. Elle devra revenir à la charge.