Le sens du timing de Merck + règle du 15 ans

Extrait de: Le sens du timing de Merck, Sophie Cousineau, lapresseaffaires,8 juillet 2010

Les restructurations d’entreprise ne sont jamais de bonnes nouvelles, surtout – il va sans dire – pour les travailleurs licenciés.
Mais il y a des fermetures qui font plus mal que d’autres. La décision de la société pharmaceutique Merck Frosst de fermer son centre de recherche de Kirkland est de celles-là. Ce sont 180 chercheurs et laborantins de haut niveau qui perdent leur poste et qui risquent de partir aux quatre vents.
Cette décision découle de l’acquisition de la société Schering-Plough, qui incite Merck à revoir toute l’organisation de ses centres de recherche et de fabrication.
Mais elle ne pouvait tomber à pire moment. Elle vient donner raison aux fabricants de médicaments génériques. Ceux-ci affirment que le Québec perd au change lorsqu’il privilégie l’achat au prix fort de médicaments d’origine pour favoriser le maintien de cette industrie de pointe au Québec. Et cela, grâce à la fameuse «règle de 15 ans».
En vertu de cette règle, Québec rembourse le médicament d’origine pendant 15 ans à partir de son inscription sur la liste des médicaments de la province, même si son brevet expire avant. Ce faisant, le Québec se prive d’importantes économies.
Merck a beau annoncer qu’elle investira 100 millions de dollars d’ici cinq ans pour faire de la R&D en collaboration avec des universités et des entreprises d’ici, cela ne fait pas vraiment passer la pilule.
Extrait de: Médicaments: pilule pas chère ou recherche de pointe?, Sophie Cousineau, lapresseaffaires, 30 juin 2010
On peut comprendre les fabricants de médicaments génériques d’être furieux. Avec l’effet domino de la décision de l’Ontario de couper les prix des médicaments génériques, qui prend effet le 1er juillet, ils devraient perdre la moitié de leurs revenus au Québec. Dur. D’où leurs menaces de représailles (emplois, investissements) s’ils ne sont pas mieux traités.
Cette affaire relance le vieux débat sur la politique industrielle du Québec dans le secteur pharmaceutique. Si Québec tient tant à économiser, pourquoi accorde-t-il encore un traitement de faveur aux fabricants de médicaments d’origine aux frais des contribuables, plaide l’industrie générique.
Ce traitement de faveur se manifeste notamment par la fameuse règle du 15 ans. En vertu de cette règle, les médicaments sont remboursés à leur plein prix pendant 15 ans à partir du moment de leur inscription sur la liste des médicaments du Québec. Et cela, même si les brevets viennent à échéance avant, ce qui devrait normalement permettre de les substituer par des médicaments génériques moins coûteux.
Cette politique se défendait parfaitement à une époque où les grandes sociétés pharmaceutiques étaient très actives et présentes au Québec. Les impôts sur les salaires et les retombées économiques de cette industrie de pointe dépassaient largement le coût de ces avantages pour les contribuables. Mais, la situation n’est peut-être plus tout aussi nette.
L’industrie du médicament d’origine se porte moins bien qu’avant. Les molécules prometteuses sont de plus en plus difficiles à identifier, de plus en plus coûteuses à développer. Ainsi, il y a moins de médicaments dits «blockbuster» pour remplacer les grands vendeurs dont les brevets expirent.
Ces difficultés ont entraîné une vague de consolidation dans l’industrie dont Montréal, comme tous les centres pharmaceutiques, paie le prix. L’emploi chez les fabricants d’origine du Québec a chuté à près de 9200 salariés, selon les données de l’Association Rx&D.
Pendant ce temps, les fabricants de médicaments génériques grandissent au Québec. Ils emploient environ 4800 salariés chez des entreprises comme Pharmascience, Sandoz ou Ratiopharm. Ils font aussi de la recherche, même si celle-ci n’est pas aussi innovatrice que les recherches menées par les fabricants de médicaments d’origine.
Dans un contexte de déficit budgétaire, le traitement préférentiel accordé par le gouvernement du Québec aux médicaments d’origine est-il toujours justifié? Les crédits d’impôt à la recherche suffiraient-ils à eux seuls à maintenir cette industrie de pointe ici ?
Ou faut-il conserver la règle du 15 ans au prix de médicaments payés au prix fort, afin de conserver cette expertise névralgique pour le Québec ?
Les blogueurs :

elisabethunion , 30 juin 2010
Dans l’esprit des débats actuels sur les finances publiques, il est impératif de se consacrer à réduire les coûts et les dépenses en médicaments au Québec. Les chiffres sont en effet éloquents : en 2005-2006, les dépenses en médicaments et en services pharmaceutiques de la RAMQ représentaient le deuxième poste de dépenses le plus important après celui des services médicaux. Aussi, alors que, de 1996 à 2005, le taux de croissance annuel du produit intérieur brut (PIB) était de 4,9 %, le taux de croissance des dépenses du Ministère de la Santé (MSSS) était plutôt, lui, de 5,5 % et celui du programme des services pharmaceutiques et des médicaments de la RAMQ de… 14,1 %.
C’est ainsi que le coût de la prime du régime public d’assurance médicaments a bondi de 334 % en 12 ans, le régime devant absorber une croissance des dépenses de l’ordre de 8 % par an. Dans les régimes privés d’assurance collective, la croissance des coûts est, quant à elle, de 10 % à 15 %.
Le succès des politiques d’achat au plus bas prix adoptées ailleurs dans le monde (appels d’offre, ventes groupées, prix de référence, contrat, … toutes des mesures de contrôle des coûts rendues possibles lorsque l’État contrôle une part importante du marché) est impressionnant : en Nouvelle-Zélande, la création de la société d’État PHARMAC, en 1993, a ainsi permis de contrôler l’augmentation des dépenses en médicaments à un rythme annuel de 0,5 % de 1996 à 2004, très loin des 8 % observés ici.
Seulement en imitant les politiques d’achat au plus bas prix de la Nouvelle-Zélande, des chercheurs canadiens ont démontré que nous pourrions faire baisser les prix de nos médicaments de 45 % à 58 %.
Il est à noter que l’industrie pharmaceutique n’a pas quitté la Nouvelle-Zélande et continue d’y vendre ses produits… A noter aussi qu’on observe depuis quelques années le déplacement de plusieurs entreprises pharmaceutiques de médicaments d’origine vers l’Ontario et ce, malgré la protection de la règle de 15 ans, que le Québec est d’ailleurs la seule au Canada à leur offrir. Ironique.

Elisabeth Gibeau
Analyste politiques sociales et fiscales
Union des consommateurs
Dcharron, 30 juin 2010
Merci d’ouvrir ce débat important. J’ajouterais ceci pour chiffrer le coût actuel de la “règle des 15 ans”.
En 2005, une étude réalisée par le ministère des Finances évaluait à 30 millions le coût de la mesure pour des retombées fiscales de 42 millions. D’où la justification de son maintien, à l’époque.
Mettons-nous à jour. Elle a coûté au gouvernement québécois 161,5 millions $ l’an dernier (selon le Conseil du trésor).
Elle coûtera aux contribuables environ 300 millions $ cette année (le Lipitor est maintenant “protégé” pour un coût oscillant entre 10 et 16 millions $ par mois au bénéfice de Pfizer). C’est l’équivalent d’une subvention de 32 600 $ par emploi par année – sans parler de toutes les autres formes de soutien à l’industrie du médicament de marque (crédits d’impôt, formation, etc.).
Pour les raisons que vous exposez bien (baisse de l’emploi de 20 % en 5 ans), les retombées économiques et fiscales de l’industrie du médicament de marque sont moindres aujourd’hui qu’en 2005. Et absolument rien n’indique que la tendance se renversera, bien au contraire.
En effet, les fabricants de médicament de marque déplace leur R-D du Québec vers l’Ontario, comme vient de le confirmer une étude d’une agence du gouvernement fédéral (pour une deuxième année de suite). Tout un témoignage de reconnaissance de ces multinationales à l’égard du gouvernement du Québec et de sa “règle des 15 ans”!
Dans le contexte actuel des finances publiques, la “règle des 15 ans” ne se justifie plus d’aucune façon.
Daniel Charron
Association canadienne du médicament générique

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    # by Sébas - 10 juillet 2010 à 22 h 09

    elisabethunion, veut étatiser l'achat de médicaments pour économiser... alors que la solution se trouve dans la baisse de la consommation de médicaments...

    Et comment y arriver?

    En 'scrappant' l'assurance médicament étatique... qui ne cesse de monter et qui ENCOURAGE la (sur)consommation des médicaments...

    Me semble que ça ne prend pas la tête à papineau pour arriver à cette conclusion...

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    # by Anonyme - 10 juillet 2010 à 22 h 13

    Ah j'oubliais, si les entreprises de recherche pharmaceutiques quittent le Québec, c'est peut-être parce que le Québec a des taxes sur la masse salariale qui dépassent l'entendement et une reglementation entourant les entreprises, excessive...

    C'est une idée comme ça...

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    # by PIERRE - 29 mai 2011 à 06 h 35

    La santé,ça commence dans l'assiète,c'est pas en bourrant les vieux de pilules qu'ils seront en santé.
    Nos personnes agées prennent autant de pilules que Michael Jackson,veut-on les tuées pour s'emplir les poches.
    Beaucoup de personnes agées que je connais ont diminuer le nombre de pilules qu'ils prennaient et se sente mieux.
    Arrêtez de droguer nos ptits vieux.S V P

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    # by Pierre-Alexandre Turgeon - 28 août 2011 à 23 h 27

    Bonjour,

    je suis un des blogueurs cité dans cet article, et ce à mon insu­ (themusicalbox).

    J'aimerais, s'il-vous-plaît, voir mon texte retiré de cette page dont je ne partage pas du tout le point de vue.

    Je ne veux pas être associé à un blogue sur la "bonnes gouvernances de droite".

    Merci de votre compréhension.

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    # by Québec de Droite - 30 août 2011 à 13 h 22

    Aucun problème, la citation de themusicalbox va être retirée.