Bulletin de la prospérité, commentaires additionnels

Extrait de : Des solutions pour un Québec trop confortable, Michel Munger, Argent, 23 août 2010

Le Conseil du patronat a jeté un pavé dans la marre cette semaine en publiant son premier Bulletin de la prospérité. Ce bulletin attribue des notes de C et D à la province pour plusieurs enjeux clés qui l'affectent à titre d'environnement d'affaires.

Yves-Thomas Dorval, président de l'organisme représentant 80% des employeurs, s'est entretenu avec Argent à propos de ces défis.

Le premier, à son avis, c'est peut-être de lancer des réformes malgré une culture d'interventionnisme gouvernemental. M. Dorval souhaite renouer avec un esprit dynamique qui s'est évaporé.

«Nous nous sommes donné, après la révolution tranquille, une meilleure qualité de vie, explique le président. Nous avons pris notre économie en main. Nous sommes devenus les champions de l'amélioration des conditions de travail pour les femmes. Mais nous avons tendance à être confortables. Nous nous assoyons et nous arrêtons de bouger. Les autres juridictions continuent d'aller de l'avant. Quand elles nous dépassent, ça réduit notre qualité de vie.»

«Si vous allez en Asie, ajoute-t-il, vous voyez la même chose que l'on vivait ici dans les années 1970. Quand on va en Chine, on dit: mon dieu que le Québec a vieilli !»

Ce qui le chicote tant, c'est que le déclin démographique québécois réduira le nombre de contribuables pour soutenir nos programmes sociaux, à moins d'effectuer des gains de productivité. Voici les solutions qu'il suggère.

Six questions à Yves-Thomas Dorval

Question: L'impôt des sociétés n'est pas le plus élevé au Québec, mais vous critiquez les autres charges sociales qui servent à financer les programmes. Comment faut-il réagir ?

Réponse:: «Prenez l'assurance parentale, qui est une bonne politique parce que nous avons un problème de natalité. Comme pour toutes les bonnes politiques, nous sommes plus généreux que nos voisins. Nous voulions un régime plus généreux. Nous n'avons pas besoin d'être plus généreux qu'ailleurs. Il faut pouvoir le financer sans augmenter les tarifs. L'indice du coût de la vie augmente de 1 à 2% par année mais le coût de l'assurance parentale monte de 5 à 8%. Ça n'a pas d'allure car les employeurs paient 60% de la facture.»

Question: Vous réclamez une concurrence non syndiquée en construction pour faire baisser les coûts des entreprises. Vous espérez aussi que l'on rendra obligatoire le vote secret pour l'adhésion à un syndicat.

Réponse:: «Imaginez la pression que vous subissez comme travailleur si vous décidez de voter contre l'accréditation syndicale devant vos collègues. C'est pour cela que nous avons un taux de syndicalisation de près de 40%. Vous ne voyez pas cela nulle part en Amérique du Nord. Si cela donnait un avantage parce qu'il se négociait de meilleures conventions collectives ou parce qu'il y avait une plus grande collaboration entre les patrons et les travailleurs, ce serait un résultat positif. Le problème, c'est que le résultat n'est pas là.»

Question: Pourtant, le taux de syndicalisation de la France est plus bas et plusieurs jugent qu'elle souffre davantage d'immobilisme.

Réponse:: «Si vous regardez la productivité en France, elle est de beaucoup supérieure à celle du Québec. La France que l'on voit dans les médias, ce sont les grandes protestations. Allez voir le climat réel. La France est clairement en tête avec l'Allemagne, la Finlande, la Suède et l'Autriche.»

Question: Selon votre bulletin, les gouvernements ne sont pas les seuls qui peuvent faire un effort. Les entreprises doivent mettre plus l'accent sur la formation.

Réponse:: «C'est un bon exemple qui est dû à la responsabilité des chefs d'entreprise. Pendant des années, nous avions un taux de change plus bas qu'ailleurs. Nous avions un voisin immédiat, les États-Unis, qui connaissait une croissance incroyable. Nos produits leur coûtaient peu cher et ils étaient immédiatement consommés. Pendant ce temps, nous n'avons pas vraiment travaillé sur notre productivité et notre valeur ajoutée. Maintenant que le taux de change est beaucoup moins favorable et que notre voisin prend du temps pour se redresser, il faut regarder vers d'autres marchés et être plus concurrentiels.»

Question: À votre avis, une plus grande participation des immigrants dynamisera notre économie. Comment peut-on y arriver ?

Réponse:: «Les chefs d'entreprise ont des craintes. L'immigrant, on n'est pas à l'aise avec et on essaie de l'éviter. Il faut développer des exemples. Il faut que les entreprises qui ont réussi l'intégration puissent faire connaître les succès connus et les trucs utilisés. De l'autre côté, il faut que la sélection des immigrants soit arrimée sur les besoins de main d'oeuvre. Il faut également que cette intégration soit supportée par les organismes qui régissent la reconnaissance professionnelle. Tant que l'on ne fait pas ça, nous avons une main d'oeuvre qui est sur le chômage. Quand elle ne s'intègre pas économiquement, elle ne s'intègre pas à la société.»

Question: Le gouvernement du Québec a réagi au bulletin en disant que la province a récupéré tous les emplois perdus dans la récession et que c'est une preuve de sa force. Qu'en pensez-vous ?

Réponse:: «Le Québec a pris la décision d'investir dans ses infrastructures avant même que la récession arrive. Les travaux commençaient. C'est une des raisons pour lesquelles nous en sommes sortis plus rapidement. Le Québec était aussi plus diversifié. Il ne dépendait pas de l'automobile ou du pétrole. Ça ne veut pas dire que nous serons capables de rebondir. Nous sommes partis de moins haut et tombés moins bas.»

Extrait de : Selon le CPQ, le Québec doit sortir de son petit confort, Sylvain Larocque et Jocelyne Richer, La Presse Canadienne, 18 août 2010

Quand vient le temps de créer de la richesse, le Québec obtient une note «médiocre» de C, de sorte qu'il doit vite sortir de son «petit confort» s'il veut maintenir ses programmes sociaux, soutient le Conseil du patronat (CPQ).

«La société en général s'est assise un peu trop confortablement dans les gains qui ont suivi la Révolution tranquille si bien qu'aujourd'hui, quand on se compare (...), on voit que dans plusieurs domaines, on traîne la patte», a déclaré mercredi le président du groupe de pression, Yves-Thomas Dorval, en conférence de presse.

Le CPQ a publié son premier Bulletin de la prospérité du Québec, qui compare la province à l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta de même qu'à plusieurs pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Selon le document du CPQ, qui compte 20 indicateurs, le Québec fait bonne figure en matière de «diplomation» universitaire, de taxation sur les investissements ainsi qu'en recherche et développement, mais tire de l'arrière pour ce qui est de l'intégration économique des immigrants, des taxes sur la masse salariale, des lois du travail et de l'endettement.

Résultat: le PIB par habitant du Québec est plus élevé que celui de la France, de l'Espagne, de l'Italie, de la Grèce, de la Corée du Sud et de la Nouvelle-Zélande, mais beaucoup plus faible que celui de l'Alberta, de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, des États-Unis, de l'Irlande, de l'Allemagne, de la Belgique, du Royaume-Uni et des pays scandinaves.

M. Dorval a admis que le Québec avait mieux traversé la récession que la plupart des régions du monde. Mais selon lui, cette réussite est attribuable à des facteurs principalement circonstanciels: les investissements massifs du gouvernement pour rénover des infrastructures vétustes et le fait qu'ayant moins profité de la croissance mondiale des années antérieures, le Québec avait moins à perdre que d'autres.

«Si on a eu un succès certain pendant la récession, ça ne présume absolument pas de la suite des choses», a-t-il soutenu.

«Le problème de la société québécoise, très souvent, c'est que lorsqu'on a des acquis, on s'assoit, on dit «bravo on est bons, on est fins» et pendant ce temps-là, les autres mettent la main à la pâte et continuent à croître.»

Le CPQ déplore notamment la plus faible «intensité entrepreneuriale» des Québécois par rapport aux Canadiens des trois autres plus grandes provinces, qu'il attribue en partie à des facteurs historiques et à un «manque de modèles».

Il y a «cet aspect peut-être judéo-chrétien où on a toujours l'impression que lorsqu'on est un chef d'entreprise ou un boss, on est un méchant; lorsqu'on fait de l'argent, c'est parce qu'on a fait des fraudes», a lancé le président du CPQ.

C'est sans compter que certains entrepreneurs québécois se montrent parfois moins affamés qu'ailleurs.

«Même chez les chefs d'entreprises, combien de ceux qu'on rencontre nous disent: «Écoutez, moi, aussitôt que j'ai atteint les revenus que je veux, j'ai mon confort, j'en ai assez. Je ne veux pas que mon entreprise devienne trop grosse»», a relaté M. Dorval.

Le CPQ ne nie pas que culturellement, les Québécois sont peut-être moins attirés par la richesse que les citoyens du reste du Canada ou d'autres pays.

«Mais par contre, on veut en même temps avoir la Cadillac de tous les programmes sociaux, a souligné M. Dorval. Pour chaque programme au Québec, on veut être plus généreux, que ce soit le régime de rentes, l'assurance parentale, la santé et sécurité du travail ou les normes du travail. On veut être plus généreux partout, mais on n'est pas intéressés par l'argent. Je veux bien, sauf que pour se payer ces systèmes-là dans un contexte de vieillissement démographique, on n'a pas le choix d'avoir de l'argent.»

Dans le cadre de ce qu'il a baptisé sa «campagne de l'audace» pour changer les choses, le CPQ en appelle non seulement au gouvernement, aux groupes sociaux et aux travailleurs, mais également aux employeurs, y compris ceux qu'il représente. Tous doivent «se botter le derrière», a martelé M. Dorval.

«Si on veut prospérer, il faut d'abord avoir le goût de s'enrichir, il faut avoir le goût du succès, de la performance et du dépassement», a-t-il résumé.

De façon plus précise, le CPQ reconnaît que les entreprises doivent faire plus d'efforts pour favoriser l'intégration des immigrants, où le Québec a un retard important par rapport à l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta.

«C'est certain qu'il y a au Québec des entrepreneurs qui ne sont pas à l'aise (avec les immigrants)», a affirmé M. Dorval.

Du même souffle, le président du CPQ a incité Québec à diversifier davantage ses sources d'immigration, qui sont actuellement concentrées dans les pays francophones, afin que les entreprises puissent compter sur un bassin de nouveaux arrivants possédant des compétences plus variées.

Pour s'assurer que son cri du coeur ne sombre pas dans l'oubli, le CPQ entend mettre à jour son bulletin chaque année.

«On ne veut pas faire un mouvement particulier et dire «écoutez, réveillez-vous» et qu'après, tout le monde se rendorme dans son petit confort», a illustré M. Dorval.

Réactions

À Québec, le ministre du Développement économique, Clément Gignac, a convenu que le Québec devait «accélérer la création de richesse».

«On reconnaît qu'il y a des faiblesses et des carences. Il faut travailler là-dessus et on fait le même diagnostic que le Conseil du patronat», a dit M. Gignac en point de presse.

Le ministre a admis que le Québec avait enregistré un retard quant à la création de richesse, un retard dû à plusieurs facteurs dont l'endettement très élevé et la démographie, a-t-il estimé. (C’est normal avec les impôts les plus agressifs de l’Amérique du Nord, on est loin de motiver les gens à créer de la richesse).

«Ce sur quoi on peut agir, c'est le contrôle de nos dépenses», a relevé M. Gignac, en ajoutant que le gouvernement avait déjà entrepris des efforts en ce sens et qu'il fallait aussi réduire le fardeau fiscal des entreprises.

D'ailleurs, le CPQ aurait dû, d'après lui, inclure le contrôle des dépenses gouvernementales parmi les indicateurs retenus, en vue de présenter un «portrait plus complet» de la situation.

De son côté, le député adéquiste François Bonnardel s'est dit inquiet pour l'avenir de l'entrepreneuriat au Québec.

«Le sombre bilan tracé par le Conseil du patronat est lucide et confirme ce que l'ADQ soutient depuis plusieurs années», a-t-il commenté

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Informations additionnelles:

19/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (1) disponibilité et qualité de la main d’œuvre, diplomation secondaire, grade universitaire, postsecondaire, formation liée à l’emploi, immigration

19/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (2), coût de la main-d’œuvre, coût sur la masse salariale, salaire minimum.

19/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (3), réglementation, codes du travail pour la construction, restrictions à l’utilisation de travailleurs de remplacement est associée à des taux d’emploi et des taux d’investissement plus faibles, nombre moyen de documents produits par entreprise.

20/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (4), finances publiques, taux effectif d’imposition, fardeau fiscal, endettement.

20/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (5), environnement d’affaires, que ce soit sur le plan du bassin d’entrepreneurs ou du nombre d’entreprises, le Québec se classe au quatrième rang des provinces de référence. Les efforts pour le développement de l’entrepreneuriat doivent être accentués.

21/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (6) - synthèse



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