École autonome une solution au décrochage

Ma réponse au Devoir à la fin de l’article.

Extrait de : Décrochage: un plan inefficace, Lisa-Marie Gervais,  Le Devoir, 9 septembre 2010

Huit ans et quelque 300 millions de dollars plus tard, la stratégie de Québec n'a pas donné les résultats escomptés

 «La multiplicité des objectifs a eu un effet de dispersion des énergies. Si c’est le décrochage qui nous intéresse, il faut se recentrer sur les déterminants les plus importants», dit un spécialiste.

Trop ambitieuse, mal implantée, bref, inefficace. Huit ans et quelque 300 millions de dollars plus tard, la vaste stratégie gouvernementale mise en œuvre en 2002 pour contrer le décrochage scolaire dans les milieux défavorisés n'a pas donné les résultats escomptés.

Si des progrès ont été enregistrés sur le plan de la socialisation et du climat dans les écoles, sur le strict plan du décrochage scolaire, c'est le statu quo et même pire: il y a régression. «À l'exception de quelques effets sur les attitudes à l'égard de la poursuite des études, les intentions de décrocher de l'école et le nombre d'élèves décrocheurs n'ont pas changé», peut-on lire dans le nuancé mais non moins accablant rapport dirigé par Michel Janosz, qui a évalué sur six ans (2002 à 2008) la stratégie d'intervention Agir autrement (SIAA). «Globalement, la SIAA ne semble pas avoir eu d'effets positifs appréciables sur les apprentissages des élèves. Certains indices pointent même vers une légère détérioration du rendement scolaire en langue d'enseignement et en mathématiques.» Et, constat surprenant pour les chercheurs qui ont produit ce rapport très attendu: cet effet négatif apparaît plus prononcé dans les écoles où la SIAA est la mieux implantée.

Michel Janosz, directeur du Groupe de recherche sur les environnements scolaires (GRES) de l'Université de Montréal, relativise quelque peu le constat d'échec. «C'est un constat de demi-échec ou de demi-réussite, selon si on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide, note-t-il. Car il ne faut pas oublier que la stratégie ne visait pas précisément à éliminer le décrochage, elle visait à améliorer la réussite scolaire dans les milieux défavorisés.» Or, comme la mission éducative vise à instruire, socialiser et qualifier, la Stratégie d'intervention proposait de porter les mêmes objectifs. «Quand le ministre de l'époque [le péquiste François Legault] a présenté l'ensemble des objectifs de la Stratégie, tout le monde a applaudi. On donnait de l'importance à tous ces champs de développement. Mais pour nous c'était un problème, car on voyait que ça mettait la barre haute pour tous ces plans de réussite.»

Qui trop embrasse...

En somme, les conclusions du rapport d'évaluation suggèrent que le gouvernement n'a justement pas su «agir autrement». «On aurait pu faire autrement, mais on a été trop gourmand. Le gouvernement a voulu travailler sur trop de choses en même temps et on a surestimé la capacité des enseignants à tout faire», a indiqué le professeur à l'École de psychoéducation de l'UdeM. «La multiplicité des objectifs a eu un effet de dispersion des énergies. Si c'est le décrochage qui nous intéresse, il faut se recentrer sur les déterminants les plus importants, ceux qui sont liés aux apprentissages, à l'enseignement en français et en maths.»

De l'avis de M. Janosz, on ne peut blâmer le gouvernement d'avoir voulu lutter contre le décrochage scolaire dans les milieux défavorisés en s'intéressant «à la périphérie». D'ailleurs, à cet égard, de nombreux progrès ont été réalisés. «On observe une diminution de la violence, une meilleure collaboration entre les parents et l'école, et des effets positifs sur les comportements délinquants, la consommation de drogue et un changement d'attitude à l'égard du décrochage», fait-il remarquer. Mais se contenter d'agir sur l'entourage social d'un élève ne fera pas de lui un surdoué des mathématiques. «Oui, il y peut y avoir un lien entre la consommation de drogue et l'échec scolaire. Mais ce ne sont pas les liens les plus forts.»

Le chercheur attribue également les mauvaises notes de la SIAA à la difficulté de l'implanter dans les très grandes écoles et au manque d'accompagnement des enseignants. «Les écoles qui ont mieux réussi à s'engager dans la SIAA ont été les petites écoles. Et on s'est rendu compte qu'on n'était pas collectivement prêt à accompagner les écoles dans un processus aussi exigeant. On disait à l'école: "Voici la technique la plus efficace", mais on ne l'aidait pas à se préparer en conséquence. On oublie que l'enseignant doit enseigner et qu'on doit l'accompagner avec les bons outils, déplore M. Janosz. C'est le côté "pensée magique".»

Pas de table rase

Le travail de l'équipe d'évaluation de la SIAA, formée d'une vingtaine de chercheurs, est colossal et constitue, aux yeux de son directeur, «l'un des chantiers de recherche évaluative les plus ambitieux jamais faits en éducation au Québec». En plus des 30 000 élèves et 4000 enseignants sondés partout à travers la province de 2002 à 2008, l'équipe a produit plus de 9000 bilans individualisés pour les écoles et déposé près d'une vingtaine de rapports pour suivre l'évolution de la Stratégie et suggérer des correctifs si nécessaires.

Comment le plan de lutte contre le décrochage a-t-il pu rater à ce point la cible? «Le portrait qu'on brosse maintenant se tient, mais c'est complexe et ça a pris beaucoup de temps d'analyse. Sur le coup, on a regardé les morceaux de façon détachée et on n'était pas capable d'articuler aussi bien l'argumentaire que l'on fait aujourd'hui. C'est pourquoi il n'y a pas eu de changements de pratiques», justifie-t-il.

M. Janosz ne désavoue pas entièrement la SIAA et souhaite récupérer certains éléments de l'initiative, dont l'effet mobilisateur du milieu. Les correctifs apportés à la Stratégie devront continuer de faire l'objet d'une évaluation et d'un suivi serré, et les quelque 220 $ dépensés par élève devront être mieux dépensés.

Ainsi, le rapport dresse une liste de 13 recommandations surtout adressée au ministère de l'Éducation, qui apparaît comme le seul coupable. «Les recommandations s'adressent au ministère parce que c'est lui qui a fait la commande du rapport, souligne le chercheur. Mais on juge que ça prend effectivement du leadership de la part du ministère pour gagner la lutte contre le décrochage.»

Par voie de communiqué hier, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a dit avoir entendu la leçon. Quant à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et à la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), elles ne souhaitent pas non plus faire table rase et recommencer à zéro. «Malgré des ratés à corriger, pour l'instant, nous croyons encore que ce programme peut donner les résultats attendus», ont-elles soutenu.

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La réponse de votre blogueur au Devoir :

Il y a des solutions, mais ça prend des changements majeurs de structure et du courage politique.

Pour lutter contre le décrochage scolaire : Les écoles étouffent, victimes de la bureaucratie et de la technocratie, donner aux écoles le pouvoir de se prendre en main et de trouver leurs propres solutions, au lieu de les paralyser avec des décisions venues d'en haut.

Je vous offre une solution qui a été éprouvée aux États-Unis :

Historique des ‘Charter Schools’ 

«Durant les années 1980, explique Malcolm Peabody, président de l'association Les amis du libre choix dans les écoles urbaines, toutes les tentatives pour réformer les écoles ont raté. Elles ont été coulées par la bureaucratie de l'enseignement public et des syndicats de professeurs. Quand la bureaucratie exerce un contrôle sur les écoles, c'est un désastre. En 1991, un groupe de Minneapolis a eu l'idée de détacher les écoles de la bureaucratie. Quarante-trois États sur cinquante ont adopté une législation allant dans ce sens.»

Les obligations:

1.       Elle reçoit le même montant qu’un étudiant de l’école publique.

2.       Elles doivent être des associations à but non lucratif, gratuites et ouvertes à tous.

3.       Elles ne peuvent être que laïques.

4.       Pour le reste, elles organisent leur enseignement comme elles l'entendent.

5.       Elles sont dégagées de toute tutelle administrative.

6.       On ne les juge que sur les résultats scolaires obtenus.

Les résultats:

Elles se ruent donc vers les charter schools. Une réussite totale, cinq mille écoles qui se sont créées sur ce modèle accueillent 1,3 million d'enfants aux États-Unis. À Washington DC, les charter schools ont déjà raflé 28 033 des 73 120 élèves du secteur public. Leurs classes ne comportent jamais plus de dix-huit élèves, les établissements sont de petite taille (250 élèves en moyenne). Leurs résultats scolaires sont infiniment supérieurs à ceux des écoles publiques. À Washington, les jeunes Noirs ou les Latinos qui constituent 91 % des recrues des charter sortent du secondaire avec des taux de réussite en lecture et en mathématiques deux fois supérieurs à ceux des écoles publiques. Les élus sont ravis. L'État, sans dépenser un sou de plus qu'ailleurs, offre aux minorités défavorisées de meilleures chances de promotion sociale.

Troisième rapport Allaire : Le statut d’école autonome

Une fois dotée du statut d’école publique autonome, l’école pourra choisir les approches pédagogiques qu’elle estime les mieux adaptées à sa clientèle. Elle pourra notamment choisir les livres scolaires et le matériel pédagogique, établir elle-­même le degré auquel elle recourt à la pédagogie par projet vs l’enseignement magistral. Répartir à sa guise les heures d’enseignement entre les matières. Modifier le calendrier scolaire compte tenu des contraintes applicables. Autonomie et responsabilité Cette autonomie additionnelle, par rapport aux écoles publiques régulières, sera contrebalancée par deux balises : ·Les élèves continueront d’être assujetties aux examens nationaux du MELS afin de pouvoir comparer l’efficacité de l’école autonome à celle d’autres écoles s’adressant à une clientèle semblable sur le plan socioéconomique. Le MELS devra par ailleurs ajouter des examens nationaux à la fin de chacun des cycles d’enseignement et rendre les résultats comparables.

Un Collectif pour l’Éducation : FQDE

Pour lutter contre le décrochage scolaire, un collectif formé de six «sages» du monde de l'éducation dont l'ex-sous-ministre Robert Bisaillon et Paul Inchauspé, connus comme les pères de la réforme ne réclame pas des millions. Leur proposition? Donner aux écoles le pouvoir de se prendre en main et de trouver leurs propres solutions, au lieu de les paralyser avec des décisions venues d'en haut. Un cri du cœur qui va faire grincer des dents.

Historique des Chartes Schools :

Pour réformer l’éducation aux Etats-Unis, Barack Obama soutient également le développement des « charter schools », des écoles bénéficiant d’une très large autonomie dans l’enseignement et dans les programmes scolaires. Ces établissements sous contrat, fondés par des enseignants ou par des parents d’élèves, sont entièrement gratuits, comme les écoles publiques. Leur financement est assuré principalement par de l’argent public, en échange d’une double obligation : non discrimination et enseignement laïque. Pour le reste, les « charter schools » n’ont aucune contrainte.

Évidemment : la réponse du gouvernement : La ministre dit non aux écoles autonomes

Comme nos politiciens travaillent plus pour satisfaire les groupes d’intérêts (syndicats) que de satisfaire le bien-être collectif, on ne peut pas être surprise de sa réponse.

 «Il n'est pas question» d'accorder à l'école le statut d'une entité juridique autonome, a affirmé la titulaire de l'Éducation hier. Elle ne veut pas non plus permettre à l'école de recruter son propre personnel et de choisir elle-même comment dépenser son budget, une autre proposition du collectif.