L’industrie du camionnage en crise et nos exportations aussi!

Une façon indirecte de vérifier le statut de nos exportations, vérifier l’industrie du camionnage.

Extrait de : L’industrie du camionnage en crise, Jean-François Cloutier, Argent, 10 septembre 2010

Alors que le déficit commercial du Canada atteint un record et que l’économie mondiale s’enlise, l’industrie du camionnage québécoise vit des moments difficiles.

Non seulement les volumes de transport sont à la baisse, dans certains cas, les transporteurs doivent refuser des contrats américains, faute de marchandises à exporter du Québec.

C’est ce qu’a expliqué à Argent le pdg du Groupe Robert, Claude Robert. «Ce n’est pas rentable pour nous d’envoyer un camion vide du Québec aux États-Unis pour ramener de la marchandise des États-Unis», dit-il.

M. Robert dit avoir dû refuser de nombreux contrats en raison du déséquilibre qui se creuse dans la balance commerciale du Canada. Le déficit commercial s'est élevé à 2,7 G$ en juillet, comparativement à 1,8 G$ en juin, a rapporté cette semaine Statistique Canada.

Selon l'agence Bloomberg, il s'agit du plus important déficit depuis 1971, quand on a commencé à recenser les échanges internationaux.

«On aurait 50% plus de camions remplis en direction sud et on n’aurait aucun problème à tous les remplir en direction nord», soutient M. Robert.

«On envoie ça à la concurrence. On n’est pas en mesure de répondre aux besoins de ces clients », indique-t-il, en ajoutant que des clients devaient parfois payer une compensation pour pouvoir bénéficier de ses services aux États-Unis.

M. Robert pointe un certain nombre de facteurs à l’origine de cette situation : la hausse du dollar canadien qui rend les produits canadiens moins concurrentiels, mais aussi la destruction du secteur manufacturier canadien. « On ne produit plus grand-chose, vous seriez surpris de tout ce qui est produit aux États-Unis qui est vendu ici», dit M. Robert.

Il donne l’exemple des pneus d’hiver, dont les principales usines de production au Québec ont fermé dans les dernières années. «La neige va bientôt arriver et on a du mal à importer tous les pneus qu’il nous faut», mentionne-t-il. Les produits vendus en épicerie proviennent également presque tous des États-Unis, ajoute le pdg du Groupe Robert.

En excluant les ressources naturelles, le déséquilibre commercial du Canada serait colossal, selon lui. «Le pétrole, l’aluminium, le cuivre, le zinc, ça ne voyage pas par camion», déplore-t-il.

Un problème mondial

La situation est d’autant plus préoccupante pour l’industrie québécoise du camionnage qu’elle est enlisée dans une économie mondiale qui peine à reprendre de la vigueur. Les volumes de transport par camion sont encore en baisse de 10 à 15% par rapport au niveau pré-récession, selon M. Robert

Le rédacteur en chef de la publication spécialisée Transport routier, Steve Bouchard, confirme que les ventes de nouveaux camions sont à leur plus bas depuis plusieurs années à l’échelle mondiale.

Alors qu’il se vend en moyenne 300 000 camions neufs en Amérique du Nord, il devrait s’en vendre à peine 80 000 cette année. «Un peu partout, il y a encore beaucoup de camions qui sont immobilisés, il n’y a pas assez de demande», dit-il.

«Pour les camionneurs québécois, c’est un peu la tempête parfaite», souligne-t-il.

« Le consommateur américain est encore trop endetté pour soutenir la reprise», affirme M. Robert, qui se dit convaincu que nous ne sommes pas sortis du bois.