Non, la crise de l'euro n'est pas finie !

Extrait de : Non, la crise de l'euro n'est pas finie !, Nouriel Roubini, Les Echos, 20/09/10 

Non, la crise de l'euro n'est pas finie  les Européens doivent se faire une raison : les problèmes fondamentaux de la zone euro ne sont pas résolus.

Le plan de sauvetage a permis d'éviter en mai dernier un « défaut » immédiat de la Grèce et un éclatement de la zone euro. Mais aujourd'hui, les différentiels de taux d'intérêt sont de nouveau à leur niveau maximum.

L'accélération temporaire de la croissance de la zone euro au deuxième trimestre a relancé les marchés financiers mais il est maintenant clair que l'éclaircie n'était que passagère. Le PIB de tous les pays « périphériques » de la zone euro sont soit en contraction (Espagne, Irlande et Grèce) ou en hausse très modeste (Italie et Portugal).

Même le succès actuel de l'Allemagne est semé d'embuches et la relance budgétaire s'est transformée en austérité, ce qui risque de freiner la croissance. Les réductions de stocks sont en outre terminées ainsi que les autres mesures de soutien de la demande (comme les primes à la casse). 

Le ralentissement de la croissance globale -et le risque réel d'une rechute aux Etats-Unis et au Japon -limitera la croissance des exportations, même en Allemagne.

Pour les autres pays « périphériques » de la zone euro, les problèmes fondamentaux demeurent : déficits budgétaires et endettements élevés; énormes déficits des comptes courants et dettes du secteur privé ; perte de compétitivité...

Hum …, ca me rappelle, quelque chose !

C'est la raison pour laquelle la Grèce est insolvable et une restructuration de sa dette publique inévitable. C'est la raison pour laquelle l'Espagne et l'Irlande ont de sérieux soucis et même l'Italie -qui est pourtant dans une situation budgétaire relativement plus saine -ne doit pas ménager ses efforts.

Dans la mesure où l'austérité budgétaire implique plus de pressions récessives et déflationnistes à court terme, l'Allemagne devrait compenser par plus de relance monétaire et une relance de sa demande intérieure en reportant ses mesures d'austérité budgétaire. Mais ni la BCE  ni le gouvernement allemand ne veut en entendre parler, espérant que les bons chiffres du PIB se confirmeront.

Le reste de la zone euro est à peine mieux loti : en France, les performances économiques sont au mieux anémiques. Le chômage dépasse 9 %, le déficit budgétaire est de 8 % du PIB (supérieur à celui de l'Italie) et l'endettement public est en forte hausse. Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir la bouche pleine de réformes structurelles ; il est maintenant affaibli, y compris dans son propre parti, et a perdu les élections régionales au profit de la gauche (le seul cas en Europe d'un glissement vers la gauche). Dans la mesure où il sera confronté à un réel défi face au candidat du Parti socialiste -sans doute Dominique Strauss-Kahn -lors des prochaines élections présidentielles de 2012, Nicolas Sarkozy reportera probablement ses mesures d'austérité budgétaire et ne lancera que quelques réformettes.

Le Premier ministre belge Yves Leterme semble incapable de maintenir l'unité de son propre pays. Même Angela Merkel a été affaiblie à l'intérieur de sa coalition. D'autres dirigeants se trouvent confrontés à une rude opposition politique : Silvio Berlusconi en Italie, dont on peut espérer qu'il quittera rapidement le pouvoir, Zapatero en Espagne, Georges Papandréou en Grèce. Et la tendance au nationalisme et au nativisme en Europe se traduit par une très violente réaction anti-immigration, une montée de l'islamophobie, et de l'extrême droite.

Donc, une zone euro qui a besoin d'austérité budgétaire, de réformes structurelles et de politiques macroéconomiques et financières appropriées, est affaiblie. C'est pourquoi, à mon avis, au mieux, la zone euro traversera les prochaines années de manière difficile. Au pire, elle éclatera.

Nouriel Roubini est directeur de Roubini Global Economics et enseigne à NYU (New York University).