Conflit avec les États souverains - Agences de notation

Cahier spéciale : Agences de notation

Conflit avec les États souverains

Vous êtes étudiant et vous passez un diplôme très important. Chose particulière : c’est vous qui payez le correcteur. Celui-ci sait alors pertinemment que la note qu’il vous mettra dépendra de la rémunération que vous lui donnerez. C’est une relation purement avide, mais c’est humain.

C’est exactement ce qui s’est passé avec la Grèce et les agences de notation. L’État grec était prêt à tout pour avoir une bonne note et plus il déboursait meilleure était la note.

Greek Swap

Greek Swaps Probe Puts Goldman Sachs Under Spotlight: JP Morgan office bombed

Ces agences ont donc un pouvoir considérable car en influençant sur la solvabilité d’un Etat, elles vont aussi influer directement sur les taux d’intérêt demandés par les investisseurs. En effet un investisseur qui va prêter de l’argent à un Etat ayant une mauvaise note, se verra obligatoirement remettre des intérêts plus importants, car la prise de risque est plus grande.

Mais baisser la note d’un État peut être aussi un danger pour les agences de notation elles-mêmes. En 2007, Moody’s aurait perdu 70 % de part de marché dans la notation des titres financiers, et cela parce qu’ils notaient de façon plus dure, mais certainement plus réaliste qu’avant. Les clients étaient alors partis vers la concurrence (Standard and Poor’s ou Fitch), de peur de voir l’intérêt des investisseurs diminuer de par cette mauvaise note.

Quand un État achète une note….

De tous côtés on sent bien un malaise monter à l’égard de donneurs de leçons, de ces petit prof. d’un autre genre qui peuvent s’arroger le droit de faire payer cher aux contribuables d’un pays, leur mauvaise humeur, une anticipation tristounette, une vision de l’économie mondiale concoctée dans le secret de leurs ordinateurs. Cette ambigüité est clairement énoncée par Jacques Attali, lorsqu’il interroge : « Quel ministre des finances osera aujourd'hui répéter publiquement qu'il faut contrôler ces notateurs, alors qu'il s'expose à ce que ces Agences déclarent le lendemain que la note de ce pays doit être abaissée, ce qui alourdirait immédiatement le cout de ses emprunts? ».

Les interrogations sur la responsabilité des Agences de notation doivent aller plus loin : vendre une opinion c’est très bien, tant mieux s’il y a des gens pour acheter. La demande est souveraine, le consommateur est roi, le marché est là pour satisfaire l’une et répondre aux exigences de l’autre. Si on ne croit pas au marché, il faut faire autre chose que de l’économie libérale. Pour autant, même en économie libérale, il y a des limitations. On parlerait de respecter l’ordre public et les bonnes mœurs…dans tous les pays, il y a des interdits, il y a des choses qui ne peuvent se vendre et des gens à qui il n’est pas permis d’acheter. Y aurait-il des limitations de ce genre à l’activité des Agences de notation ? Ne serait-il pas raisonnable de poser ces limites non parce que les bonnes mœurs sont en cause mais parce que dans certaines configurations la vente d’opinion est un leurre du fait que les acheteurs ne sont absolument en droit d’acquérir une opinion sur ce qu’ils font, ce qu’ils sont et ce qu’ils seront.

Si le bénéficiaire de la notation est un État ? Ou un démembrement de cet État. Qui au sein de l’État a le pouvoir de poser une question du genre, « quelle est ma valeur, me comporté-je bien ou mal, mes dettes sont-elles solides ou non ? » Quel fonctionnaire est-il légitime quand il demande à Fitch de lui vendre une opinion sur telle ou telle émission de dette? Qui l’a autorisé à payer un organisme privé pour que celui-ci adoube et lui permette d’espérer des taux un peu meilleurs que cela aurait été si…. Et puis, sur quoi, l’opinion des Agences de notation va-t-elle reposer? Sur la capacité d’un peuple à envoyer des représentants qui feront plaisir à l’Agence de notation ? Sanctionnera-t-elle d’une dégradation une élection qui se traduirait par l’arrivée de telle couleur politique ? Tiens, par exemple, les grecs ! Imaginons qu’ils décident de porter l’extrême gauche au pouvoir ! Que devra raconter le fonctionnaire des finances quand il appellera Fitch, afin de lui acheter une note pour accompagner un emprunt sur dix ans? Devra-t-il s’engager à maintenir tel ou tel impôt, ou taxe à tel ou tel niveau, à l’encontre du programme sur lequel le nouveau gouvernement vient de se faire élire….

 « Ce que j'attends, c'est qu'elles soient objectives et qu'elles notent les États souverains de la même façon qu'elles notent les banques américaines. Alors je dirai qu'elles font correctement leur travail ».

- Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF,

Extrait de: Ratings Agencies, Downgrade U.S. Government Debt Before It's Too Late, Martin_D_Weiss, May 10, 2010

Dear S&P, Moody’s, and Fitch,

You are the world’s three dominant rating agencies, largely controlling the ratings of bonds and debts issued by thousands of corporations, municipalities, and sovereign governments

The Consequences of Complacency Can Be Catastrophic

In nearly all the failures I’ve cited above, publicly available data made the risks evident well in advance.

But in virtually every case, rather than protect investors from issuer defaults, your priority seems to have been to shield issuers from investor selling.

And in nearly every case, we now know how catastrophic the consequences have been for investors, for the economy and, ultimately, even for the issuers themselves.

Indeed, if you had not shielded issuers from public scrutiny and selling pressure, they might have acted sooner to bolster their balance sheets. At a minimum, if you had released prompter, incremental downgrades, you could have given investors the chance to absorb the bad news in smaller doses, helping to avoid much of the shock and panic that ultimately prevailed.

This is why it’s so vital that you downgrade U.S. government debt now.

Factors Warranting an Immediate Downgrade Of Long-Term U.S. Government Debt

The risk factors justify nothing less:

1. Debts and deficits. You have recently downgraded sovereign nations with deficit and debt ratios that are equivalent — or even superior — to those of the United States. Specifically,

§  S&P downgraded Spain’s long-term credit rating on April 28 to AA with a negative outlook, due, in part, to its government debts totaling 59.2 percent of GDP. In contrast, the United States government and its agencies have total debts equal to 94.7 percent of GDP, or nearly 60 percent more than Spain’s.

§  S&P downgraded Portugal’s long-term credit rating on April 27 by two notches, from A+ to A-, citing the risk of a further downgrade should fiscal consolidation fall short of expectations or should concerns over government liquidity mount. However, in proportion to its economy, Portugal’s current federal deficit is actually smaller than ours — 8.3 percent of GDP compared to the U.S. deficit at 10.6 percent of GDP.

§  Greece, at the heart of the crisis, has been downgraded by all three rating agencies. But even compared to Greece, America’s deficit/GDP level is only slightly less bad — 10.6 percent in the U.S. vs. 12.2 percent in Greece.

Of course, there are other factors that have prompted you to downgrade these euro-zone countries — such as panic in their financial markets, a sudden disappearance of liquidity for their bonds, and the surging cost of raising new funds. But it is simply not reasonable to wait for a similar disaster in U.S. government bond markets before downgrading America’s long-term debt.

2. Outdated arguments. It appears that you are making special allowances for U.S. debt because of America’s size and stature in the global financial system. However, that argument is largely outdated.

Given the greater role played by bailouts since the debt crisis of 2008, it is the smaller nations that may now have a strategic advantage: They can usually count on emergency external financing from richer nations or the International Monetary Fund. The United States cannot. There’s simply no other country big enough to bail it out.

3. Vulnerability to capital flight. The United States is the world’s largest debtor nation, owing far more to foreign creditors than any other country, leaving the U.S. vulnerable to capital flight. Yes, the U.S. has a unique advantage — because the dollar is the world’s primary reserve currency. But that’s a double-edge sword: It also helps ensnare the U.S. into more foreign debts, raising still further America’s vulnerability level.

4. Aggressive central bank action. Among all major central banks, the U.S. Federal Reserve has been the most aggressive in buying up low-quality debt, more than doubling the size of America’s monetary base in just 18 months. This alone should raise serious questions about the underlying stability of U.S. financial institutions, the sustainability of the U.S. economic recovery, and the long-term ability of the U.S. Treasury to fund and repay its debts. (See “Bernanke Running Amuck.”)

More Threats to America’s Long-Term Credit

All told, as proposed by Grant’s Interest Rate Observer, and as summarized here last month in “14 Risks With Supposedly ‘Safest’ Securities,” there are many risk factors which you must consider when evaluating America’s long-term credit rating. These include:

§  The U.S. government is now exposed to trillions of dollars in contingent liabilities from its intervention on behalf of financial institutions during the 2008-2009 debt crisis.

§  Mandatory outlays for retirement insurance and health care are expected to increase substantially in future years, with the present value of future expenditures estimated by the Treasury Department at $46 trillion.

§  The U.S. Federal Reserve, as part of its response to the financial crisis, may be exposed to significant credit risk.

§  The U.S. economy is heavily indebted at all levels, despite recent deleveraging.

§  U.S. states and municipalities are experiencing severe economic distress and may require intervention from the federal government.

§  Elected officials may not take the necessary steps to ensure long-term debt sustainability and may take actions counter to the interests of bondholders.

§  The U.S. dollar may not continue to enjoy reserve currency status and may decline in the future.

§  A rise in interest rates could adversely affect government finances.

§  Improper payments by the federal government continue to increase despite the Improper Payments Information Act of 2002.

§  The U.S. government has failed its official audit by the Government Accountability Office (GAO) for 13 years in a row, with 38 material weaknesses found in 24 government departments and agencies.

The case for a U.S. debt downgrade is overwhelming. I challenge you to take the appropriate action. Any failure to do so can only enhance the risk of another financial meltdown for which no bailout would be possible.

Sincerely,

Martin D. Weiss, Ph.D. Chairman and Founder, Weiss Ratings

Extrait de : Goldman Goes Rogue – Special European Audit To Follow, Simon Johnson (l’ancien économiste en chef du FMI), September 21, 2008

And the US government, at the highest levels, has to ask a fundamental question: For how long does it wish to be intimately associated with Goldman Sachs and this kind of destabilizing action?  What is the priority here - a sustainable recovery and a viable financial system, or one particular set of investment bankers?

We now learn – from Der Spiegel last week and today’s NYT – that Goldman Sachs has not only helped or encouraged some European governments to hide a large part of their debts, but it also endeavored to do so for Greece as recently as last November.  These actions are fundamentally destabilizing to the global financial system, as they undermine: the eurozone area; all attempts to bring greater transparency to government accounting; and the most basic principles that underlie well-functioning markets.  When the data are all lies, the outcomes are all bad – see the subprime mortgage crisis for further detail.

And the US government, at the highest levels, has to ask a fundamental question: For how long does it wish to be intimately associated with Goldman Sachs and this kind of destabilizing action?  What is the priority here - a sustainable recovery and a viable financial system, or one particular set of investment bankers?


Cahier spéciale : Agences de notation

Table des matières :

Les agences de notation : La terreur des pays souverains qui sont surendettés

Introduction

Situation

Historique

Conflit

A. Conflit d’intérêt avec les entreprises

B. Conflit d’intérêt avec les banques

     Crise immobilière

C. Conflit avec les États souverains

Notation des États Souverains

Les critères des agences de notations pour les pays souverains

Les conséquences d’une décote d’un pays souverain

Dagong Global Credit Rating, une agence chinoise

Mauvaise régulation

Les agences de notation complices de la spéculation

Le Québec selon las paramètres des agences de notation

A. La dette du Québec selon le PIB        

B. Le déficit budgétaire / dépenses budgétaires du Québec

C. La dette brute / sur les revenus

Conclusion

Les conséquences d’une décote sur le Québec

Historique de la notation du Portugal

La situation au Portugal

Les conséquences des taux d’emprunt face à une décote

Simulations une décote de 2 crans pour le Québec

Leurs imputabilités

Balles III

Mais elles ne règles pas les problèmes fondamentaux

Autres solutions

Mais qui a assez de courage pour modifier les agences

Titrisation et crise financière : complice, pas coupable

La crise financière de 2007-2008: réflexions

Source de référence

Format PDF : Les agences de notation : La terreur des pays souverains qui sont surendettés