Irlande demande l’aide à l’UE et le FMI

Apprenons de cette erreur,
"Nous avons été trop orgueilleux, trop riches, trop cupides"
le peuple irlandais sont à genoux à cause de la bulle immobilière.

Ne tombez pas dans le même panneau, payez vos dettes, payez votre hypothèque et surtout n’achetez pas une résidence qui a été sur-spéculé, soyez prudent !

Six mois après la crise grecque, soldée par un prêt de 110 milliards d'euros à Athènes, le psychodrame monétaire de la semaine dernière suscite plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses. Mais d'abord celle-ci: pourquoi est-ce l'Irlande qui est devenue, aux yeux des spéculateurs, le maillon faible de la zone? 

Depuis le début de l'année, les exportations ont bondi 

Après tout, si l'on s'en tient aux indicateurs fondamentaux, l'économie irlandaise est mieux armée pour retrouver une croissance soutenue capable d'éponger la dette au fil des années que, par exemple, la Grèce ou le Portugal. La machine à exporter irlandaise a été relancée depuis le début de l'année (+ 7 %, pour - 4 % en 2009), tirée par la demande mondiale à laquelle l'économie insulaire est très sensible. L'Irlande vend à l'extérieur 85 % de ce qu'elle produit. En outre, sa compétitivité s'est accrue grâce, notamment, aux baisses de salaires, qui ont diminué de 9 % le coût du travail.  

Pour un pays qui compte sur les investisseurs extérieurs, et d'abord américains, séduits par un climat favorable aux affaires, une population anglophone, une fiscalité douce sur les sociétés (un taux de 12,5%, qu'il entend bien conserver malgré les pressions européennes), c'est pain bénit. 

Comment l'Irlande a plongé dans la crise : Un jeu spéculatif effréné et généralisé

Entre 1995 et 2000, le pays double ses exportations. Sur cette terre traditionnelle d'émigration, la population désormais s'accroît: c'est un retournement historique. Mais cette richesse nouvelle fait perdre toute mesure. L'argent neuf se déverse sur l'immobilier dans un jeu spéculatif effréné et quasi généralisé. En 2008, la crise du crédit arrête brutalement la machine. Surendettés, les ménages et l'État souffrent de la remontée des taux. Le déficit explose.

Depuis, l'heure est au serrage de vis, l'île a été la première à s'imposer, voilà dix-huit mois, une cure d'austérité incomparable par son ampleur. 

Les programmes sociaux sont réduits. Jusqu'alors gratuite pour les ménages, l'eau va devenir payante. Les fonctionnaires voient leurs traitements diminués (- 14% en moyenne, - 20% pour les plus hauts, parmi lesquels celui du Taoiseach, le chef de gouvernement). L'âge de la retraite sera porté de 65 à 66 ans sur quatre ans. Au même moment, les embauches et les promotions salariales sont soumises à un gel strict. L'État, du coup, commence à rétrécir: l'année 2010 devrait voir le nombre de fonctionnaires baisser de 3%. 

Troisième budget d’austérité

Le mécontentement de la population irlandaise et de l'opposition porte en particulier sur le plan de rigueur, qui sera annoncé mercredi et qui vise à économiser sur quatre ans 15 milliards d'euros, afin de ramener à 3 %, comme le veut l'UE, un déficit public qui est aujourd'hui de 32 %. Les Irlandais en sont déjà à leur troisième budget d'austérité : plus de 100 000 suppressions d'emplois publics sont prévues, ainsi que des coupes dans les allocations chômage et familiales. Le nouveau plan de rigueur devrait aller encore plus loin en touchant au salaire minimum, jusqu'alors tabou.

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Soumis à plusieurs coupes depuis deux ans, les Irlandais se préparent avec résignation à cette nouvelle cure d'austérité. L'enveloppe globale, qui sera annoncée mercredi, devrait porter sur 15 milliards d'euros sur quatre ans, dont 10 milliards de coupes dans les dépenses - baisse du salaire minimum et des aides sociales - et 5 milliards provenant des hausses de taxe, notamment la création d'un impôt foncier.

Le gouvernement s'est engagé à réduire le déficit public, de 32% du PIB en 2010, à 3% en 2014. Pas question toutefois de toucher à la fiscalité attractive des entreprises, qui a fait la fortune du Tigre celte. «Ce serait se tirer une balle dans le pied et le risque de voir les multinationales quitter l'Irlande, critique John, un commerçant de Dublin. Déjà, qu'il n'y a plus de travail et que les jeunes doivent partir à l'étranger.»

Sauvetage par l’UE et le FMI
Aide de UE et FMI

C'est officiel. L'Irlande va devenir le deuxième pays de la zone euro à bénéficier cette année d'un soutien après la Grèce. L'Union européenne et le FMI ont répondu favorablement dimanche soir à une demande d'aide appelée à aller jusqu'à 90 milliards d'euros.

Le Royaume-Uni et la Suède - deux pays non membres de la zone euro - accorderont en complément des prêts bilatéraux. Le prêt britannique s'élève à 8 milliards d'euros. L'objectif est principalement de mettre en place un Fonds pour aider à recapitaliser les banques irlandaises qui auraient besoin d'argent frais. Il s'agit aussi d'éviter une contagion à d'autres pays aux finances publiques fragiles, comme le Portugal ou l'Espagne, via la hausse des taux d'emprunts obligataires.

Pourquoi aider prioritairement les banques et pas l'Etat?

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L'État n'a, pour l'heure, pas besoin de cash. L'Irlande n'est pas dans la situation de crise de liquidités à laquelle était confrontée la Grèce au printemps dernier : son financement est assuré jusqu'en juin 2011. Et contrairement à la Grèce, Dublin n'a jamais été "coupable" de dépenses publiques excessives.

Ce n'est donc théoriquement pas l'Etat mais les banques qui sont à court d'argent.

Car elles ont octroyé, pendant la bulle immobilière, des prêts qui ne seront jamais remboursés. Mais la distinction entre banques et État est toute rhétorique. Car l'État s'est porté garant en septembre 2008 des dépôts et de presque tous les titres de dette des banques. Sans compter qu'il a nationalisé Anglo Irish Bank début 2009 et a pris des participations dans les autres grandes banques.

La facture s'est avérée de plus en plus salée : elle s'élève pour le moment à 50 milliards d'euros, ce qui explique le déficit public astronomique, évalué à 32% du PIB cette année. La création d'un "fonds de prévoyance" dans lequel l'Irlande pourra puiser pour aider les banques à combler leurs futures pertes permettra ainsi à Dublin de renflouer son secteur bancaire sans alourdir encore plus le déficit public.

La BCE ne peut-elle pas prêter aux banques?

La BCE a déjà prêté 130 milliards de dollars aux banques irlandaises en octobre. Ainsi, que ce soit à travers l'achat d'obligations publiques ou bancaires, c'est la BCE qui a jusqu'à présent assuré la survie du secteur bancaire irlandais. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Parce que la "théologie standard des banques centrales veut qu'elles ne fournissent des liquidités qu'à des institutions viables, ce qui n'est pas le cas de nombreuses banques irlandaises", explique Robert Peston sur la BBC. L'UE veut donc apporter une vraie solution "politique" à la crise et officialiser un prêt.

L'Irlande aurait-elle pu laisser ses banques faire faillite?

Certains économistes le pensent. Après tout, en nationalisant et recapitalisant les banques, le gouvernement irlandais fait payer le contribuable irlandais et désormais européen pour les erreurs des banques. L'État aurait pu au contraire laisser les établissements non viables faire faillite, tout en garantissant, selon la règle européenne, les dépôts des épargnants à hauteur de 50.000 €. Les créanciers et actionnaires endosseraient alors une partie du fardeau.

L'idée rejoint la proposition avancée par la France et l'Allemagne lors du Conseil européen de créer un mécanisme de défaut maîtrisé pour les États en grande difficulté. Ainsi, "Merkel nous aurait épargné bien des maux si elle avait évoqué plus tôt l'idée de partager la charge des pertes avec les investisseurs privés", affirme Fintan O'Toole, le chroniqueur du Irish Times.

Le problème, c'est que laisser les banques faire faillite impliquerait des pertes sévères pour les banques britanniques, exposées à hauteur de 117 milliards d'euros. Il ne resterait alors plus qu'aux contribuables britanniques à recapitaliser une fois de plus leurs banques...C'est cet effet domino que les responsables européens veulent à tout prix éviter en portant secours aux banques irlandaises.

L'Europe fait-elle un cadeau à l'Irlande?

Non. Comme pour la Grèce, le taux du prêt devrait être de 5%, ce qui est certes plus avantageux que les 9% que lui réclament actuellement les marchés. Mais selon Morgan Kelly, le "Roubini de l'Irlande", un taux supérieur à 2% risque de "noyer" le pays, vu son faible taux de croissance et d'inflation.

Selon lui, la BCE veut envoyer un signal fort aux autres PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne) et il est "moins dangereux de montrer l'exemple sur un petit pays comme l'Irlande que sur un gros comme l'Espagne."

Des discussions sur les contreparties exigées doivent encore avoir lieu à Dublin dans les jours à venir avec l'équipe d'experts européens et du FMI. Des efforts budgétaires vont être exigés pour que l'Irlande ramène son déficit sous 3% d'ici 2014. Le pays a déjà prévu d'économiser 15 milliards de dollars d'ici 2014, soit près de 10% du PIB. A priori, l'État ne devrait pas être contraint d'augmenter le taux de son impôt sur les sociétés.

Par ailleurs, le secteur bancaire devra être "restructuré". Les banques pourraient être obligées de cesser de prêter afin de réduire leur bilan, ce qui risque d'accélérer encore plus la chute du marché.

L'AIB est devenue un symbole honni

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Car un cercle vicieux s'est enclenché. L'éclatement de la bulle immobilière, l'effondrement des ressources fiscales - 35 % en moins par rapport à 2007 - le sauvetage des grandes banques qu'il a fallu nationaliser, certaines partiellement, et qui sont en cours de recapitalisation à coups d'injections d'argent public, tout cela coûte cher. Très cher.

Un sauvetage contesté, mais qu'il défend. "Si l'Etat avait laissé tomber l'AIB, les conséquences pour les autres banques auraient été dramatiques

"Nous avons été trop orgueilleux, trop riches, trop cupides"

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Pour beaucoup d'Irlandais, l'AIB est devenue un symbole honni. La banque, où d'arrogants promoteurs immobiliers avaient caisse ouverte jusqu'en 2007, est devenue un trou noir pour lequel il faut, désormais, couper dans le montant des bourses allouées aux étudiants. Pas facile à justifier.

Marchés financiers nerveux

Il faut donc emprunter sur les marchés financiers, qui se montrent de plus en plus nerveux. Et donc gourmands. Le spread - l'écart du coût d'accès au crédit entre Etats au sein de la zone euro - est au plus haut pour l'Irlande.

En brisant l'offensive des spéculateurs contre l'Irlande - nourrie, notamment, par le scepticisme du quotidien londonien The Financial Times, la bible des affaires de la City, hostile, dès l'origine, à l'euro et qui a mis en doute la réputation du système financier irlandais, ces derniers jours - les Européens espèrent dissuader ceux qui jouent contre l'euro de s'attaquer aux vrais maillons faibles de la zone.

Le peuple
Le peuple conteste

Ce n'est pas tant la mise sous tutelle du FMI et de l'Union européenne, jugée inévitable, qui irrite les Irlandais, que la gestion calamiteuse du gouvernement.

Les critiques se concentrent sur le «Taoiseach» Brian Cowen, ancien ministre des Finances, devenu chef du gouvernement en 2008. Les manifestants ont forcé les grilles du siège du gouvernement et se sont heurtés à la police. «Qu'il parte et le plus tôt sera le mieux!», lance Jim Lawlor, cadre dans une banque. «Il nous a menti, cela fait dix jours qu'il nous ment!, renchérit Jonathan, 36 ans, chauffeur de taxi. «Lorsque les émissaires du FMI sont arrivés, il a soutenu qu'il ne s'agissait que de discussions…». Un peu plus loin, c'est Ethna, 52 ans enfonce le clou: «Cowen a été ministre des Finances, il connaissait la situation des banques. Nous payons des années de mauvaise gestion, les excès dans l'immobilier, le manque de régulation des banques, l'explosion des dépenses publiques. Le gouvernement aurait dû utiliser les rentrées de taxes pour diversifier l'économie.

Syndicats

"La crise a été brutale, comme une spirale sans fin, explique Macdara Doyle, porte-parole du Irish Congress of Trade Unions, la fédération syndicale. Les salariés sont en colère mais ils ont aussi peur. Même la survie des syndicats était en question. C'est une chose que de réclamer la fin du capitalisme, c'en est une autre que de la voir arriver..." Sous le poids du consensus des économistes et des médias, l'opinion accepte la purge. D'autant que l'opposition recourrait à la même rigueur. Comme sur un terrain de rugby, les Irlandais, du coup, resserrent le pack.

Jeudi dernier, les hommes en noir du FMI et de la BCE débarquaient à Dublin pour faire entendre raison au gouvernement irlandais, qui refusait de s’endetter encore plus pour sauver les banques du pays. Trois jours plus tard, les 30 assassins techniques ont pu fêter leur victoire depuis leur luxueux palace gardé par la police anti-émeute dublinoise : en effet, le gouvernement irlandais du Premier ministre Brian Cowen, qui a déjà trahi son peuple en reniant le résultat du référendum sur le Traité de Lisbonne, a capitulé dimanche et accepté un prêt d’urgence de 90 milliards d’euros.

L’État irlandais a déjà payé l’an dernier 50 milliards d’euros pour combler les pertes de la banque AIB, succursale du cartel britannique Inter-Alpha, mais qui a malgré tout vu 13 milliards d’euros de dépôts retirés par ses clients depuis janvier.

Le gouvernement irlandais va annoncer cette semaine 10 milliards d’euros de coupes dans les dépenses sociales et les services publics pour compenser le coût des renflouements. Pour les 90 milliards d’ « aides », le Fonds européen de stabilité financière, une entité de droit privé implantée au Luxembourg, empruntera sur les marchés à des taux favorisés (bénéficiant de la garantie AAA de l’Allemagne et de la France) pour prêter ensuite à l’Irlande à taux fort (pour ne pas fausser le marché !).

Si l’Irlande avait refusé cet argent, les grandes banques britanniques auraient été entraînées dans la chute. Royal Bank of Scotland, membre elle aussi du cartel bancaire Inter-Alpha, est exposée à hauteur de 67 milliards d’euros, la Llyods 31 milliards et la Barclays 25 milliards.

Comme si le désastre grec n’avait pas suffi, c’est au tour de l’Irlande. Le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont menacés à très court terme. Va t-on attendre que ce soit notre tour pour organiser la faillite des spéculateurs ???


Source :

Comment l'Irlande a plongé dans la crise, Jean-Michel Demetz, l’express.fr, 23/09/2010

L'Irlande, véritable maillon faible de la zone euro, Jean-Michel Demetz, l’express.fr, 23/09/2010

Les questions qui fâchent sur le sauvetage irlandais, Laura Raim, l’Expansion.com,  22/11/2010

Le Parlement irlandais sera dissous en janvier, Anne Cheyvialle, Figaro.fr, 22/11/2010

Le Parlement irlandais sera dissous après le vote du budget 2011, Le Monde.fr avec AFP, 22/11/2010

Les Irlandais sacrifiés pour renflouer la City de Londres, Solidarité et Progrès, 22 novembre 2010


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 23 décembre 2010 17:44

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