Doit-on éliminer les banques centrales ?

M. Bernier s’attaque à un gros poisson, mais il n’as pas tout à fait tort, sur ce carnet je vais vous référer certains articles et j’ajouterai certains commentaires.

Extrait de : Bernier veut la fin de l’inflation et le retour à l’étalon-or, Journal de Montréal, 27/01/2011

SAINT-GEORGES – Maxime Bernier souhaite que la Banque du Canada cesse de créer une inflation artificielle et revienne à l’étalon-or.

D’entrée de jeu, lors d’un discours prononcé en Beauce, jeudi, le député fédéral a affirmé que la monnaie est un sujet peu populaire et compliqué, mais crucial pour l’économie et l’avenir du pays.

«Le contrôle de l’État sur la monnaie par l’entremise des banques centrales a de lourdes conséquences», a-t-il affirmé.

Il décrie entre autres la création de monnaie à partir de rien par les banques centrales comme la Banque du Canada.

Les gouvernements endettés se servent ensuite de cette monnaie pour des bons du trésor et rembourser leurs dettes, mais sur le dos des citoyens, a-t-il expliqué.

Cette situation crée une inflation artificielle, puisqu’une quantité supplémentaire de billets de banque est injectée dans le système. La valeur de chaque dollar canadien, par exemple, subit alors une dépréciation, au détriment du pouvoir d’achat des citoyens.

À ce sujet, Maxime Bernier affirme que l’inflation canadienne aura été de 45 % depuis 1990.

 «L’inflation est l’équivalent d’une taxe, parce que nous devons payer plus cher pour les biens et services que nous achetons, 45 % plus cher par rapport à 1990.» Il s’agit selon lui « d’une taxe insidieuse qui touche plus spécifiquement les plus démunis », qui diminue la valeur de l’argent des Canadiens et leur pouvoir d’achat.

«On ne rend pas notre économie plus forte; on encourage simplement l’inflation et donc l’appauvrissement des gens, l’endettement et l’émergence de nouvelles bulles qui vont provoquer d’autres crises»,

a-t-il soutenu avec vigueur.

 

Il a appelé avoir proposé lors d’une conférence à Toronto, il y a quelques mois, de faire passer la cible d’inflation de la Banque du Canada de 2 % à 0 %.

«En agissant ainsi, il ne pourrait plus y avoir de taux d’intérêts réels négatifs. Cela préserverait notre pouvoir d’achat et préviendrait les cycles de booms artificiels et de récessions réelles», croit-il.

À plus long terme, l’ancien vice-président de l’Institut économique de Montréal souhaite un retour à l’étalon-or «qui a toujours été à travers l’histoire le garant d’une monnaie forte».

Il estime que si la hausse du cours de l’or augmente depuis quelques années, c’est justement parce que les monnaies de papier ont été dévaluées et que l’or est une valeur refuge naturelle.


Prenons un exemple pratique, supposons qu’un duplex était évalué à 220,000 $ il y a dix ans, maintenant il se vend à 500,000 $ donc environ 120 % d’accroissement à l’intérieur de ces dix ans.

Si on avait maintenu un taux de 8 %, pour les hypothèques, croyez-vous que ce duplex vaudrait 500,000 $, absolument pas, peut-être il aurait augmenté selon la valeur de l’inflation, peut-être une augmentation potentielle de 30 à 40 %.

   Ralston Saul on How Capitalism Fails in an Economy

Ralston Saul

Qu'est-ce qui a changé la donne, c’est votre capacité d’emprunt, en baissant les taux d’intérêt vous aviez une plus grande capacité d’emprunt, malheureusement l’immobilier a progressé en fonction de votre capacité d’emprunt, non la valeur réelle du duplex.

Le problème actuellement c’est que vous n’être plus responsable de 250,000 $, mais plutôt de 500,000 $, d’où l’impossibilité de rembourser l’emprunt si l’économie vas mal.

En baissant les taux d’intérêt, on voulait que les gens consomment plus, il y a toujours eu un phénomène de surproduction.

Malheureusement, il y a eu des effets pervers, tels que la crise immobilière et le dérapage du système financier et même le sous-financement des fonds de retraite.

Un autre point qu’on ne relève pas assez souvent, le fait que les gens jouent à la bourse. Voyant que les gens ne faisaient plus d’argent avec l’épargne conventionnelle, ils ont fait la pression pour ouvrir le marché boursier, je sais, ça fait encore rabat-joie, mais dans mon temps, tu devais passer par un courtier, au moins il était capable de lire un rapport financier, maintenant nous avons des compagnies qui font des milliards en profits, et les actions ne montent même pas, et nous avons des compagnies qui n’ont même pas fait leurs preuves, et engendrent des profits boursiers incroyables sur de simples présomptions, à cause qu’ils sont ‘IN’ (à la mode), c’est pour cela que le marché boursier est si volatile.

En baissant volontairement les taux d’intérêts, il y a eu un sous financement des fonds de retraite, qui était basé sur un rendement moyen de 7 à 8 %, le problème les obligations souveraines qui étaient solides tout dernièrement, donnent en moyenne un rendement de 4 à 5%, donc pour compenser, les gestionnaires de fonds  jouent sur des marchés beaucoup plus volatils, conséquence le dérapage de la Caisse de dépôt de 40 milliards.

Donc, beaucoup d’effets pervers, non prévus.

Donc la question se pose, est-ce que les banques centrales ont bien joué leur rôle ?


Institut Turgot est une excellente référence dans le monde, voici un article sur le sujet.

Extrait de : Est-on mieux avec ou sans banque centrale ?, Par Institut Turgot le mardi 10 août 2010

Est-ce que l’idée du député Ron Paul, comme quoi il faudrait supprimer la Réserve fédérale, est vraiment une position marginale, comme un article de Josh Barro le laissait entendre dans le numéro du 21 juin de la National Review ?

Cela dépend de ce qu’on entend par « marginale ». Si cela veut simplement dire qu’elle diffère de celle d’une large majorité, alors l’opinion de Ron Paul mérite cette qualification. En revanche, si par « marginal » on entend que supprimer la Fed serait une idée folle qui n’a aucun fondement dans la théorie économique, alors la position de Ron Paul est très éloignée de l’être.

En fait, il y a un bon nombre d'économistes qui tiennent que l'économie marcherait bien mieux en l’absence d’une Réserve fédérale. La position de Ron Paul s’appuie sur la théorie autrichienne de la conjoncture, interprétation de l’économie qui trouve ses racines dans les écrits de Ludwig von Mises et de Friedrich Hayek.

Ron Paul "The Federal Reserve Is Responsible For The Inflation, The Business Cycle, Unemployment!"

Cette théorie met l'accent sur le rôle du taux d'intérêt comme moyen de faire que les projets des producteurs soient compatibles avec ceux des consommateurs. Le taux d'intérêt est le prix des fonds prêtables – dans les faits, le prix de l'argent – et, comme le prix de tout bien ou service, il fournit des informations aux producteurs sur les choix des consommateurs comme sur les entreprises des autres producteurs. Par exemple, si les consommateurs souhaitent épargner – mettre leur argent dans des banques, qui le prêtent ensuite à d’autres– ils accroissent l'offre de fonds prêtables, ce qui pèse à la baisse sur le taux d'intérêt.

Les producteurs peuvent alors emprunter cet argent à meilleur marché et l’investir dans des biens d'équipement tels que des machines, des usines, et des logements — dont ils peuvent se servir pour créer des produits que les consommateurs pourront acheter à l’avenir avec l'argent qu'ils auront épargné. C'est ainsi que les producteurs et les consommateurs parviennent au taux d'intérêt d'équilibre, qui ajuste les projets d’investissement en biens de capital des producteurs avec les choix d’épargne des consommateurs.

Or, les banques centrales, en accroissant artificiellement l'offre de fonds prêtables afin de provoquer une relance temporaire, font baisser le taux d'intérêt du marché, ce qui fausse ces signaux-là. Avec un taux d'intérêt plus bas, les producteurs sont poussés à emprunter de l'argent pour l'investir dans des biens de capital, supposant que les consommateurs épargnent davantage pour acheter davantage de biens et services dans l’avenir. Alors qu’en réalité, les consommateurs ne sont pas en train d'épargner : ils continuent à consommer comme avant.

Ces taux d'intérêt artificiellement bas doivent finir par remonter, ce qu’ils font généralement lorsque les hommes de l’état relèvent le taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation qu’ils ont provoquée en le faisant baisser.

La conséquence est que le coût de la main-d'œuvre, et des capitaux nécessaires pour produire des biens d'équipement, remontent au-dessus de ce à quoi les producteurs s’attendaient ; alors ils commencent à licencier des employés, renonçant à certains de leurs investissements. Le résultat final en est que les producteurs auront consommé des ressources pour produire dans l’avenir des biens pour lesquels il n'existait pas de demande durable.

C'est ce que Hayek appelait du « mal-investissement », et c’est cela qui est la cause fondamentale des crises de conjoncture.

Plus l’emballement se prolonge, et plus dure sera la chute.

Ludwig von Mises comparait ce processus à un architecte qui dessine une maison en s’imaginant qu'il aurait à sa disposition davantage de briques qu’il n’en a en réalité. Plus longtemps il continue de construire, plus il aura de mal à refaire ses plans une fois qu’il aura découvert de combien de briques il dispose réellement.

Alors, par quoi remplacer la Fed?

En 1977 Hayek, dans une conférence prononcée à la Gold and Monetary Conference, a proposé la banque libre : que l’on privatise complètement la production de monnaie:

« Finalement, après avoir étudié de nouveau la question,, je suis plus convaincu que jamais que, si nous devons jamais avoir de nouveau une monnaie digne de ce nom, celle-ci ne nous viendra pas des hommes de l’état : elle sera fournie par l'entreprise privée, parce que fournir au public une bonne monnaie à quoi il peut se fier pour s’en servir n’est pas seulement une affaire qui peut être extrêmement rentable : cela impose à l'émetteur une discipline à laquelle les hommes de l’état n’ont jamais été soumis, et ne peuvent jamais l’être. »

Il n'y a pas de consensus entre économistes sur la politique macroéconomique, et la politique monétaire est l’objet de controverses toutes particulières, mais il s’en trouve un bon nombre pour dire que les autrichiens ne se trompent pas : c’est bien le monopole d’émission qui provoque le cycle d'expansion-récession, et la solution c’est la banque libre.

UFM.edu - Lawrence H. White talks about
Free Banking System

Par exemple, le professeur Lawrence White de l'Université George Mason, dans un texte de 2008 pour le Cato Institute ("How Did We Get into This Financial Mess?”), montre que c’est le développement excessif du crédit par la Réserve fédérale, ainsi que les politiques étatiques pour soutenir le marché du logement, tels que les entreprises agressives de Fannie Mae et Freddie Mac pour garantir les hypothèques, qui ont provoqué la bulle immobilière où une bonne partie des mal-investissements avaient été faits, aboutissant finalement à un effondrement des prix des logements et à une hausse du chômage.

Lawrence White est bien connu pour ses travaux sur la banque libre. Il a établi en sa faveur un argumentaire théorique solide, tout en présentant force preuves historique de son efficacité. Il montre, par exemple, que l’épisode de la banque libre en Ecosse, de 1716 à 1844, a été une période de « remarquable stabilité monétaire».

George Selgin, de l'Université de Géorgie, a également écrit sur la banque libre. Dans un article récent de The Independent Review, "Central Banks as Sources of Financial Instability", il montre qu’aux États-Unis, les grandes crises financières qui se sont produites depuis la création de la Réserve fédérale (celles de 1920-21, 1929-33, 1937-38, 1980 -82 et 2007-09) ont été plus sévères que celles de l’époque dite de free-banking (en 1873, 1884, 1893 et 1907). De même, d’après lui,

« on peut démontrer que les crises antérieures à l’imposition de la Fed ont été exacerbées, sinon causées, par des règlementations destinées au départ à alléger le fardeau budgétaire de l’état fédéral. »

En examinant l'expérience canadienne de la banque libre, il observe que le système canadien, « uniquement régulé par les forces du marché libre », fonctionnait parfaitement.

Steven Horwitz at FFF: "Do We Really Need a Central Bank?"

Pour sa part Steven Horwitz, de l'Université St. Lawrence, démontre que le déséquilibre entre la demande et l'offre de monnaie se propage à tous les secteurs de l'économie et engendre les erreurs dans l’allocation des ressources qui conduisent à des crises. Dans Microfoundations and Macroeconomics: An Austrian Perspective, il explique pourquoi les banques centrales sont incapables de répondre efficacement aux variations dans la demande d’épargne des consommateurs, et comment cela fausse les prix d’une manière qui engendre des inefficacités dans la production. Il montre ensuite comment la banque libre est le système le plus susceptible d’assurer la stabilité monétaire.

Alors, M. Barro a tout à fait raison de s’inquiéter du choix de la Réserve fédérale d’étendre ses interventions bien au-delà du rôle de « prêteur en dernier ressort ».

« L'achat de grandes quantités de billets de trésorerie et de titres adossés à des hypothèques, ainsi que son ouverture de lignes de crédit spéciales à des institutions financières non bancaires, soulève certainement des questions sur l’ampleur des ingérences dans le secteur privé sur lesquelles nous voudrions vraiment insister. »

L'opacité de ces opérations devrait également déclencher des signaux d’alarme. L’emploi de son énorme pouvoir par la Réserve fédérale pour fournir des crédits à ceux qu'elle a choisi de favoriser devrait donner à tout Américain matière à réfléchir. Il semble qu'une simple vérification des comptes de la Réserve fédérale, dont Barro a reconnu l’opportunité, n’aura guère d’effet sur l’extension de ses pouvoirs.

Peut-être qu’il y aura de l’agitation politique s’il apparaît que la Réserve fédérale favorise un parti ou un groupe d'entreprises, en particulier si on trouve les preuves d’une contrepartie partisane. En revanche, limiter le pouvoir de la Réserve fédérale nécessitera un long et pénible processus politique. Et se borner à balayer l’appel à éliminer la Réserve fédérale du député Ron Paul comme l’idée absurde d’un extrémiste, c’est limiter arbitrairement la recherche d’une politique publique optimale.

La théorie autrichienne de la conjoncture est en train de connaître un nouveau départ. Le rôle central du taux d'intérêt en tant que prix — pour transmettre toute l’information qu’un tel prix condense — doit absolument conduire à se demander pourquoi on devrait donner aux hommes de l’état le pouvoir de le fixer.

Je soupçonne que la plupart des économistes qui croient au rôle de la Réserve fédérale s’opposeraient à l’idée de laisser les hommes de l’état imposer le prix des pommes de terre, du pétrole, du sel, ou des services dentaires. Or, ça ne les gêne pas du tout de laisser les hommes de l’état imposer le prix des fonds prêtables, alors que ce prix-là affecte la plupart des autres prix dans l'économie.

Il se peut que les arguments en faveur d'une banque centrale finissent par l’emporter ; Thomas Sowell, chercheur à la Hoover Institution, n’a-t-il pas dit :

« Il n'y a pas de solutions, il n’y a que des compromis » ?

Il n’en reste pas moins que la proposition de Ron Paul mérite qu’on la traite sérieusement.


La version originale de cet article a été publiée sur le site de la National Review, sous la signature de Gary Wolfram, avec pour titre : Your Money Back. Gary Wolfram occupe la chaire William Simon d’économie et de politique publique à Hillsdale College. Il blogue sur www.hillsdale-econ.com.La traduction est de François Guillaumat.


 

 

  1. gravatar

    # by Sébas - 28 janvier 2011 à 07 h 11

    Ahhhhhhhhhhhhhhh

    Là tu parles !!!
    Je n'ai lu que le titre, et un large sourire est apparu...
    (you make my day!)

    Je retourne lire. Je vais écrire quelque chose, seulement si je trouve des trucs "débiles".

  2. gravatar

    # by Anonyme - 30 janvier 2011 à 00 h 46

    I had a good time here but will return to google now.