La réglementation de la finance

Extrait de : «Les bonus ne sont pas la cause de la crise financière, mais l’un de ses effets», Mathilde Farine, Le Temps, 20 janvier 2011


Le Prix Nobel d’économie Robert Engle estime que les établissements ont réduit leur appétit au risque.

A l’occasion des 100 ans des Hautes Etudes commerciales de l’Université de Lausanne cette année, Robert Engle, Prix Nobel d’économie 2003, a été invité à participer à une conférence qui aura lieu aujourd’hui et vendredi. Un premier événement qui inaugure une série de manifestations cette année. Interrogé par Le Temps, le professeur de finance de l’Université de New York évoque les leçons de la crise et analyse la situation de la zone euro.

Le Temps: Quelles ont été les leçons de la crise?

Robert Engle: Beaucoup de choses ont changé, notamment dans la réglementation de la finance. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank se met en place rapidement. Le G20 a aussi exprimé son désir de procéder à de tels changements de manière globale. Il semble que toutes les agences de régulation dans le monde discutent de la réponse à apporter à la crise.

Qu’en est-il des banques?

Le changement a été moins important, mais leur appétit au risque s’est réduit. Aux Etats-Unis, il y a une raison structurelle à cela. La nouvelle réglementation contient une disposition, la règle Volcker, qui limite le négoce pour compte propre des banques. Le risque peut ainsi se déplacer de ces institutions vers des hedge funds, ce qui le rend moins systémique.

Le retour des bonus n’est-il pas un signe que les leçons n’ont justement pas été apprises?

Les bonus ne sont pas la cause de la crise financière, mais plutôt l’un de ses effets. La cause se trouve dans le fait que les banques ont pu faire des bénéfices exorbitants parce qu’elles ont pris des risques importants. Elles aimeraient pouvoir contrôler le système des bonus. Elles craignent de perdre des employés clés en les diminuant. Elles doivent donc se coordonner. Lorsque la réglementation deviendra plus efficace pour réduire les risques, les bonus deviendront aussi moins importants.

Comment jugez-vous la situation dans la zone euro?

Le problème perdurera tant qu’il n’y aura pas de volonté plus forte de soutenir les membres plus faibles de la zone. Faut-il attendre que la zone euro soit au bord du gouffre pour que cela se produise? Personne, probablement, ne souhaite un éclatement de la zone euro. Mais il est possible que l’on se rapproche d’une telle situation avant que les Etats membres acceptent une plus grande coordination des politiques budgétaires.

Quelle forme devrait prendre cette aide?

En cas de récession, il faudrait mettre en place une sorte de transfert contracyclique de fonds, pour les membres plus faibles. En retour, ces derniers devraient s’engager sur la voie de l’austérité.

Une restructuration de la dette de certains pays a-t-elle du sens?

Oui, mais ce serait compliqué. Lorsqu’une entreprise veut restructurer sa dette, elle réunit les porteurs d’obligations et négocie. Ces derniers savent que, en cas d’échec, c’est la faillite. Ici, quelle est la menace? Si la Grèce, par exemple, fait défaut, elle ne pourra pas rester dans la zone euro, elle n’aura plus d’accès au capital, etc. Si la Banque centrale européenne (BCE) finit par acheter toute la dette grecque, alors des négociations seront possibles.

Comment jugez-vous la politique de la BCE à cet égard?

Elle rachète les obligations des pays en difficulté parce que personne d’autre n’a de stratégie. La Réserve fédérale s’est lancée dans l’assouplissement quantitatif pour la même raison: si le Congrès fonctionnait de manière efficace, il y aurait mieux à faire.