A l’affût de la crise de la dette en l’Europe

Un excellent article de la revue Suisse, un peu long par contre, alors j’en ai retiré quelques extraits.

Une nation dont l’économie – et donc les revenus – ne croît pas à plus de 1,9% par an, mais qui doit faire face à des intérêts annuels de 6,7% – et donc à un service de la dette augmentant en conséquence – verra inexorablement sa solvabilité menacée.

Extrait : A l’affût de la crise de la dette en l’Europe, Pierre-Alexandre Sallier, Le Temps, 17 janvier 2011

Louis Bacon, légendaire patron de Moore Capital, ne confiait-il pas à ses clients, que «l’écroulement potentiel de l’Union monétaire» représentait le placement «le plus intéressant»?

Ceci en raison de la difficulté à écouler ces titres rapidement et en masse, ces emprunts se retrouvent aujourd’hui aux mains des banques des pays de la zone euro, de ses compagnies d’assurances ou de sa banque centrale.

Peur sur le système bancaire

 «Les obligations des pays PIGS détenus par les banques atteignent 30% du produit intérieur brut en France, 18% en Allemagne… mais aussi 30% en Irlande et 25% au Portugal», alerte Stephen Jen, chef économiste chez BlueGold. Connue pour ses coups de poker sur les marchés, la firme, dont le principal fonds a en charge 1,8 milliard de dollars, a généré un rendement de 13% l’an dernier, selon Bloomberg.

Un Lehman à l’européenne?

Cofondateur de Gavekal – aux côtés du financier et idéologue libéral Charles Gave –, Anatole Kaletsky brandit le risque d’une «spirale infernale similaire à celle ayant précédé la chute de Lehman Brothers aux Etats-Unis en 2008». L’implication des banques de la zone euro dans les prêts à ses Etats apparaît telle que toute imposition d’un remboursement partiel par les pays en crise ferait paniquer leurs actionnaires et créanciers.

Les responsables européens se sont pourtant entendus: l’option d’une restructuration des emprunts – hantise des marchés – ne se concrétisera pas avant 2013. Dubitatif, Stephen Jen avertit pourtant du possible défaut d’un pays de la zone euro avant cette date. «Ce genre d’événements arrive toujours de façon imprévue; l’astuce des politiques étant de vous convaincre d’un agenda préétabli… avant de vous surprendre». Car à ses yeux, ce n’est pas son déficit public per se qui menace un pays comme le Portugal. Mais les taux d’intérêt dissuasif auquel il se finance et sa croissance. Le calcul de coin de table? Une nation dont l’économie – et donc les revenus – ne croît pas à plus de 1,9% par an, mais qui doit faire face à des intérêts annuels de 6,7% – et donc à un service de la dette augmentant en conséquence – verra inexorablement sa solvabilité menacée.

A moins que ses partenaires de la zone euro ne lui proposent des financements plus avantageux. Problème, «ces prêts du FESF [ndlr: le Fonds de stabilité européen] sont prioritaires dans le remboursement, ce qui fait que plus ce dernier prête aux pays PIGS et plus le risque encouru sur leurs emprunts pèse sur les seules épaules des investisseurs», constate Stephen Jen. Ce qui explique pourquoi, en dépit des plans d’aide, les taux exigés par les marchés restent si élevés.

Risque sur tout le système

Les Européens se sont pourtant entendus, en décembre, sur un mécanisme permanent d’aide, qui doit prendre le relais en 2013. «Si l’on attend le mois de mars, les choses pourraient échapper à tout contrôle», rétorque l’économiste.

Son homologue chez BlueGold reste dubitatif. Son calcul? La taille maximale du fonds de secours tolérée par les pays y contribuant le plus – Allemagne et France en tête – est de 700 milliards d’euros. Au-delà, certains de ces sauveteurs perdraient le privilège de voir leurs propres emprunts bénéficier du statut «AAA», c’est-à-dire sans risque. Ceci forcerait des dizaines d’institutions à s’en séparer.

L’impossible redressement

Le pessimisme du représentant de Blue Gold tient au carcan qu’imposerait la monnaie unique – «un concept erroné» – à tout redressement des économies grecques ou portugaises. «Ces pays avaient deux solutions: dévaluer ou accepter de l’inflation» estime l’économiste. La première est impossible, sauf à quitter l’euro. Et la seconde, est «combattue par l’Allemagne». Résultat, à ses yeux le Portugal, ou la Grèce, «ne pourront que basculer dans une période de déflation».