Le dossier de l'équité salariale serait loin d'être réglé

Extrait de : Le dossier de l'équité salariale serait loin d'être réglé, Michel Munger, Argent, 18 janvier 2011

Le coût de l'équité salariale pour les employeurs représente un ajustement salarial moyen de 6,5%, ou un poids équivalent à 1,5% de la masse salariale.

Voici l’exemple classique de petit politicien carriériste non responsable, c’est bien beau de donner l’équité salariale à son peuple, mais as-tu pensé, si tu décision avait un impact sur la compétitivité de tes entreprises.

Évidemment pas, trop préoccupé à gagner des votes que d’avoir un minimum de bon sens économique, résultat on se retrouve avec la masse salariale la plus élevée du Canada.

C'est que selon l'Institut économique de Montréal (IEDM), les charges sociales imposées aux employeurs, aussi appelées taxes sur la masse salariale, sont de 20 à 30 % plus élevées au Québec par rapport à l'Ontario, selon les méthodes de calcul. Par rapport à l'Alberta, l'écart est d'environ 50 %.

Respectivement, ce sont les plus récents chiffres compilés par le Conseil du patronat du Québec (CPQ) et la Commission de l'équité salariale.

Peu importe quelle donnée est la plus précise, la Commission lance mardi une campagne d'information pour les travailleuses touchées. Leurs employeurs avaient jusqu'au 31 décembre dernier pour se conformer à la loi.

Marie Rinfret, nouvelle présidente de la Commission, indique sur les ondes d'Argent que les femmes qui se croient victimes de discrination doivent se prévaloir de leurs droits et porter plainte si nécessaire. De 1997 au 31 mars 2010, 5000 plaintes ont été déposées et 4200 ont été traitées.

Pourtant, l'enjeu est loin d'être réglé si l'on croit les propos tenus il y a quelques jours par Louise Marchand, prédécesseure de Marie Rinfret. Mme Marchand estimait que moins de 60% des entreprises respectaient la loi.

«Il n'y a pas d'outils de reddition de comptes, précise toutefois Marie Rinfret. C'est pour cela que nous partons en campagne. Nous voulons que les employées vérifient s'il y a eu un affichage des résultats de l'exercice dans leur entreprises.»

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat, est plus optimiste sur les résultats obtenus. «La grande majorité des employées est sûrement couverte. Il peut y avoir de petites entreprises qui ne sont pas rendues à l'équité salariale. Ça ne représente pas nécessairement 40% des employés.»

M. Dorval croit que la loi est suffisamment complexe pour rendre le travail d'évaluation difficile pour une PME qui ne bénéficie pas d'une direction des ressources humaines.

Marie Rinfret ne nie pas que l'exercice nécessite beaucoup de travail. «C'est une loi complexe. C'est une discrimination ancrée dans nos habitudes. On demande aux employeurs d'évaluer chaque caractéristique des emplois féminins et masculins qui sont différents, de les comparer et de donner un salaire égal. Ce n'est vraiment pas facile.»

Un dossier sensible

C'est sans oublier que les plaintes de relations de travail peuvent parfois mener à des représailles comme le congédiement. «C'est un risque, admet Mme Rinfret. Cependant, toutes les demandes d'information seront traitées seront traitées de façon confidentielle. En cas de représailles, la commission peut intervenir.»

Yves-Thomas Dorval, du CPQ, voit un autre risque en matière d'équité, soit celui des plaintes non fondées. «Dans certaines entreprises, ça va amener des relations difficiles. Les employeurs sont un peu à la merci [de cette menace].»

M. Dorval espère aussi que le gouvernement va revenir sur sa décision d'imposer une réévaluation aux cinq ans. «Aujourd'hui, nous sommes dans une société très différente. L'exercice qui conduisait à l'équité a amené les entreprises à régler le problème. Je ne vois pas pourquoi les entreprises créeraient une nouvelle problématique [en faisant une nouvelle fois de la discrimination].»

Parce qu’au Québec, on ne se préoccupe absolument pas du fardeau règlementaire qu’on impose aux entreprises, aussi longtemps qu’on gagne des votes. La bureaucratisation de l'équité salariale, vidéo sur l’implantation de l’équité salariale.

«Peut-on seulement demander une note qui engage un officier de la compagnie à affirmer qu'il n'y a pas un problème d'équité, suggère-t-il. Présentement, on demande de remplir d'autres types de formulaires. Probablement que 95% de cette paperrasse se retrouvera [entreposée].»