Les pays en développement ont surmonté la crise

Extrait de : Les pays en développement ont surmonté la crise, Jean-Pierre Robin, le Figaro.fr, 13/01/2011

Selon la Banque mondiale, les économies émergentes et la plupart des pays pauvres devraient afficher une progression en moyenne deux à trois fois plus rapide que «les pays à revenu élevé».

Pour l'immense majorité des pays en développement, y compris les plus pauvres , la crise financière de 2008 n'est plus qu'un lointain souvenir. Et même pour certains d'entre eux, dont la Chine et l'Inde, il est vraisemblable qu'ils connaissent actuellement un volume d'activité supérieur à ce qu'il aurait été si l'économie mondiale avait pu éviter le sinistre financier qui a suivi la faillite de la banque Lehman Brothers du 15 septembre 2008.

Tel est le message que lance la Banque mondiale, dans son nouveau rapport annuel sur les perspectives économiques 2011, Global Economic Prospects. L'organisation financière internationale, la cousine du FMI spécialisée dans l'aide au développement, considère que l'économie internationale dans son ensemble bénéficiera d'une croissance de 3,3 % en 2011, en léger repli après les 3,9 % enregistrés en 2010, l'activité devant progressivement s'accélérer cette année et atteindre un rythme de 3,6 % en 2012.

Les perspectives se présentent de façon très contrastées, en faveur des pays en développement qui devraient afficher une progression en moyenne deux à trois fois plus rapide que «les pays à revenu élevé», autrement dit l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon.

Glabal Economic ProspectPour le premier groupe l'expansion devrait s'élever à 6 % cette année (après 7 % en 2010) et 6,1 % en 2012. L'Afrique subsaharienne en particulier, connaîtra elle aussi une augmentation rapide, de 5,3 % cette année et 5,5 % l'an prochain. Pour les économies avancées en revanche la croissance ne sera que de 2,4 % cette année (après 2,8 % en 2010) et elle pourrait atteindre 2,7 % en 2012.

«Dans la plupart des pays en développement, le PIB a retrouvé le niveau auquel il aurait été si le cycle 'boom and bust' (surchauffe et récession, ndlr) ne s'était pas produit», notent les experts de la Banque mondiale.

Pour la Chine et l'Inde, qui à aucun moment n'ont connu de récession malgré la chute brutale du commerce international à l'hiver 2008-2009, le redémarrage a été particulièrement rapide et puissant. Selon les dernières indications connues, de novembre 2010, la production industrielle chinoise était ainsi supérieure de 32,8 % au niveau qui était le sien en août 2008 note la Banque mondiale.

Pour sa part, l'Inde a enregistré un surcroît de production industrielle de 22,1 % sur le même laps de temps. A l'inverse, dans les «pays avancés» l'activité industrielle se trouve actuellement encore en retrait de 11,3 % par rapport aux sommets atteints avant la crise.

«La forte expansion de la demande intérieure dans les pays en développement tire l'économie mondiale; toutefois les difficultés qui persistent dans le secteur financier de certains pays à revenu élevé continuent de menacer la croissance et nécessitent l'adoption immédiate de mesures gouvernementales», estime Justin Yifu Lin, l'économiste en chef de la Banque mondiale, non sans une certaine sévérité. Ce constat met en exergue la relative autonomie des pays en développement, qui peuvent désormais afficher un rythme d'activité soutenu, indépendamment des déconvenues subies par les pays anciennement industrialisés.

La demande intérieure des pays du Sud constitue dorénavant le principal moteur de l'économie mondiale.Ils ont joué un rôle de déclencheur: «En Europe, la reprise s'est faite avant tout par les exportations (à destination des pays émergents)», souligne de son côté Andrew Burns, responsable de l'équipe chargée de l'analyse des impacts macro économiques à la Banque mondiale.

Par ailleurs la plupart des pays en développement bénéficient à nouveau d'entrées de capitaux importantes. Les investissements directs venus de l'étranger dont ils ont bénéficié en 2010 ont représenté 410 milliards de dollars, en progression de 16 %.

Tout semble montrer que la crise financière n'a pas interrompu le processus de mondialisation et de localisation des activités industrielles en leur faveur. «Dans toute crise certaines entreprises et certaines industries subissent plus le choc que d'autres. On assiste à un phénomène mis en avant par l'économiste Schumpeter de renouvellement des tissus industriels. Par ailleurs les pays en développement deviennent de plus en plus compétitifs et le niveau de valeur ajoutée de leurs productions augmente», note Andrew Burns.

La question se pose donc: les économies émergentes ont d'une certaine façon bénéficié de la crise dans la mesure où cette dernière a conduit à une transformation accélérée des forces en présence.

Seule ombre au tableau, «la hausse de plus de 10 % des prix des denrées de base observée au cours des derniers mois impose une lourde charge aux ménages de pays où règnent déjà une grande pauvreté et la malnutrition. Par ailleurs, si les prix mondiaux des aliments continuent d'augmenter parallèlement à ceux d'autres produits de base essentiels, il n'est pas exclu que la situation observée en 2008 se reproduise», fait remarquer Andrew Burns. Il, fait allusion aux émeutes de la faim qui avaient marqué le premier trimestre 2008.