Secteur public: des bonis pour être polis

Ce n’est pas grave, c’est le peuple qui paie et comment peut-on donner des bonis à des monopoles d’État ?

Je veux vous dire, s’il y a une crise économique sérieuse, un jour au Québec, ne vous attendez pas à avoir de la compassion provenant du peuple !

Extrait de : Secteur public: des bonis pour être polis, Annie Dufour, Argent, 26 janvier 2011


Le secteur public donne de plus en plus de bonis à ses employés.

Une étude de l’Institut de recherche et d'informations socio- économiques (IRIS) révèle que depuis quatre ans, les bonis octroyés ont grimpé de 15% pour atteindre 105 millions $ dans six organisations du secteur public (Hydro-Québec, SAQ, Commission des services juridiques, Loto –Québec, secteur de la santé et des services sociaux, SAAQ).

 En outre, ils constituent une part grandissante de la rémunération totale de la masse salariale. De 2002 à 2009, ils ont presque doublé en proportion, passant d'environ 1,7% à 3,5%. «Est-ce que c'est justifié?» Personne ne le sait au sein de ces organismes.

Tous les gens que nous avons interrogés nous ont dit qu'ils ne s'étaient pas attardés à vérifier si les bonis avaient rempli leurs objectifs, comme par exemple, celui de motiver les gens, affirme le coauteur de l'étude, Simon Pépin-Tremblay. «Il n'y a pas non plus d'étude de faite pour mesurer les effets des bonis sur la performance.»

 Soyez polis, touchez des bonis!

 L'IRIS déplore le manque de paramètres vérifiables pour déterminer les bonis et le caractère léger de certains critères fixés. Ainsi, à l'aide juridique, vous pouvez toucher une prime en étant polie avec la magistrature.

 «C'est absurde, s'exclame Simon Pépin-Tremblay. Comment peut-on mesurer la politesse? En plus, la personne qui attribue les bonis aux avocats du système d'aide juridique ne les rencontre jamais.»

 Le système de bonification amènerait aussi des effets pervers en creusant le fossé salarial entre les cadres et les autres employés.

 «À la SAAQ, les cadres haut placés ont vu leur salaires croître quatre fois plus rapidement que les salariés qui reçoivent des bonis», explique le chercheur. Cela crée des frustrations et les bonis devraient être remis en question, conclut-il.

D’autant plus qu’ils coûtent cher en frais d’administration, jusqu’à 5% de la masse salariale selon l’OCDE.«On pourrait économiser jusqu’à 155 millions par an seulement dans ces six organismes en enlevant les bonis ou en les intégrant dans la rémunération fixe.»