Bouchard croit pouvoir convaincre l'industrie d'augmenter les redevances

Au Québec, nous avons un débat sur le gaz de schiste, voici 2 articles :

1)      Le premier article est Renaud Lapierre, ex sous-ministre de l'Énergie pose des questions à Lucien Bouchard .

2)      Le deuxième article : La réponse de Lucien Bouchard qui est le nouveau président du conseil de l'Association pétrolière et gazière du Québec.


Extrait de : Gaz et pétrole au Québec: cinq questions à M. Lucien Bouchard, Daniel Turp, La Presse, 20 février 2011

À M. Lucien Bouchard, nouveau président de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ)

Parmi tous ceux qui se sont exprimés sur votre arrivée surprise, à titre de nouveau président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, nous sommes de ceux qui croient que le défi que vous acceptez de relever est crucial pour le Québec et qu'en l'absence d'interlocuteurs gouvernementaux crédibles pour gérer ce dossier au sein du gouvernement libéral, vous constituez un dernier recours.

Cette constatation, bien entendu, découle du fait que nous comptons sur vous pour rester fidèle à votre feuille de route à la fois comme fin négociateur pour l'État et comme homme public, longtemps au service des citoyens du Québec.

Plusieurs passages importants du communiqué de presse annonçant votre nomination et, particulièrement, ceux où l'on vous fait parler semblent confirmer que vous entendez exécuter ce mandat dans le sens de vos engagements antérieurs envers les Québécois. Citons-en quelques mots : «contribution réelle à l'enrichissement public», «un atout très important pour le financement des missions de l'État» et «dans le meilleur intérêt de notre collectivité».

Forts de ces assurances, nous sommes convaincus que vous accepterez de répondre franchement et sans ambiguïté à plusieurs questions restées en suspens ou tout simplement ignorées tant par l'industrie que vous représentez maintenant que par le gouvernement de Jean Charest. Comme les questions liées aux impacts environnementaux, à la sécurité publique et à l'acceptabilité sociale sont déjà largement couvertes et qu'elles ont de nombreux porte-parole, nous nous contenterons de vous poser une première question qui, comme ancien ministre de l'Environnement du Canada, devrait vous interpeller, d'autant plus que vous n'êtes pas sans savoir que les citoyens du Québec ne font plus confiance au gouvernement actuel pour les protéger sur ces aspects :

1)      Êtes-vous prêt à convaincre les entreprises que vous représentez de respecter les normes d'exploitation mondiales les plus sévères en la matière, indépendamment des exigences qui seront probablement moins sévères que le gouvernement libéral leur imposera?

Il faut faire attention sur les termes les plus sévères, car ça peut devenir tellement sévère que l’exploitation n’est plus rentable.

S'agissant de l'autre aspect fondamental de ce potentiel de développement de nos ressources énergétiques, à savoir la propriété de ces ressources et le partage des bénéfices pouvant découler de leur exploitation, tous les intervenants et les experts indépendants ont conclu que le gouvernement Charest a bradé pour un prix ridicule l'émission des permis d'exploration de nos ressources. Or, maintenant que ces permis ont été presque tous distribués, il est malheureusement impossible de corriger cette erreur stratégique en utilisant la méthode employée, notamment, en Colombie-Britannique, où l'État, grâce à un appel de propositions, a engrangé des milliards. Que faire alors?

Nous sommes persuadés que, comme premier ministre du Québec, vous n'auriez jamais accepté qu'une telle injustice soit faite aux véritables propriétaires de ces ressources que sont les Québécois eux-mêmes ni permis qu'un tel cadeau soit offert aux entreprises, notamment, par le démantèlement de la filiale Gaz et Pétrole d'Hydro-Québec. Aussi est-il légitime de souhaiter que vous répondiez à quelques autres questions, dont la suivante :

2)      Êtes-vous disposé à convaincre les entreprises que vous représentez de recéder à l'État, à l'instar de la situation qui prévaut en Norvège, 50% de la propriété des permis d'exploration contre un engagement ferme de celui-ci de rembourser à celles-là 50% des coûts qu'elles ont supportés jusqu'à ce jour?

Parce que nous doutons que, malgré votre fort ascendant sur ces entrepreneurs, vous puissiez les convaincre de corriger cette situation inique pour les véritables propriétaires de cette ressource, nous osons poursuivre notre questionnement avec ce qui suit :

3)      Prendrez-vous le parti de les convaincre que reviennent dans les coffres de l'État 51% des revenus nets générés par l'exploitation de ces ressources?

4)      Si ces entreprises refusent, vous sentez-vous prêt à leur faire comprendre qu'elles doivent indiquer précisément le niveau minimal qu'elles considèrent que ces revenus nets devraient revenir à la collectivité?

Et si, par un immense hasard, ces entreprises croient suffisantes les modestes redevances de la loi actuelle ou celle qui découlerait des intentions que les libéraux laissent entrevoir :

5)      Auriez-vous l'obligeance de nous rassurer que vous interviendrez auprès des entreprises pour les convaincre à ne s'engager à exploiter commercialement ces ressources (gaz ou pétrole) que lorsque le prix courant permettra à l'État de récolter un niveau de revenus minimum visé par ce dernier et qui serait encadré dans la loi?

Très logique en soi.

Nous estimons que les réponses à ces questions donneront la vraie mesure de vos engagements lors de votre nomination. Comme négociateur aguerri, vous savez mieux que quiconque que toute négociation réussie doit satisfaire chaque partie. Nous vous invitons donc à éviter de penser que le gouvernement actuel, auquel près de 80% des citoyens ne font plus confiance, est l'une des parties, mais plutôt à considérer que, dans le présent cas, c'est la population du Québec qui constitue la partie à satisfaire.

Renaud Lapierre, ex-sous-ministre de l'Énergie et ex-membre du Conseil d'administration de la Société québécoise d'initiative pétrolière (SOQUIP)

Daniel Turp, ex-député du Bloc québécois et du Parti québécois

Vice-président et président de la Commission politique du Parti québécois et candidat à la présidence du Parti québécois.

En fait, la réponse va être relativement simple de la part des entreprises privés, est-ce va être économiquement viable dans la conjoncture géographique dee l’Amérique du Nord.

Si,oui, ils vont le faire, sinon, ils vont passer tout droit.


Extrait de : Bouchard croit pouvoir convaincre l'industrie d'augmenter les redevances , Ian Bussières, Le Soleil, 25 février 2011

(Québec) Dans sa première entrevue depuis qu'il a été nommé président du conseil d'administration de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Lucien Bouchard a déclaré hier soir qu'il croyait pouvoir convaincre ses membres d'augmenter les redevances versées à l'État québécois pour l'exploitation du gaz de schiste.

L'ancien premier ministre du Québec a fait ces déclarations à l'animatrice Anne-Marie Dussault lors de l'émission 24 heures en 60 minutes sur les ondes de RDI. «Au nom de l'intérêt public, il faut s'assurer que la population québécoise ait sa juste part [...] Les redevances à 12 %, il faut changer ça et l'aligner sur ce qui se fait ailleurs», a-t-il déclaré.

«Les membres de mon association devront accepter de se moduler sur ce qui se passe ailleurs. Je vais me tourner vers eux et je vais les convaincre de ça», a-t-il poursuivi. Il n'a pas écarté non plus d'augmenter les redevances jusqu'à 51 % comme en Norvège. «Si c'est ça qu'il faut faire, faisons-le!» a-t-il lancé, ajoutant que les compagnies gazières devraient s'attendre à payer au Québec des redevances du même niveau que celles qu'elles paient ailleurs.

Lucien Bouchard s'est toutefois prononcé contre la nationalisation du gaz de schiste, y préférant un partenariat avec l'industrie, et contre un moratoire sur l'exploration, soulignant que le seul endroit dans le monde où un moratoire avait été appliqué était l'État de New York, et uniquement pour les nouveaux puits.

«Le grand problème, c'est qu'on pense qu'un moratoire serait une panacée. Pourquoi le Québec serait le seul endroit au monde à ne pas exploiter ses ressources?» a-t-il demandé.

Le président de l'APGQ a aussi rappelé que le Québec payait 2 milliards $ par an pour importer du gaz naturel d'Alberta et que le développement de la filière du gaz de schiste pourrait contribuer à remplacer ces achats, ainsi que le mazout qui est un carburant très polluant