Deuxième facteur : le libre-échange

Conséquence de l'économie de libre marché, déréglementation et la dictature des marchés.

Un autre sujet tabou, les médias ont horreur de parler des conséquences désastreuses du libre-échange sur les pays industriels, pour ne pas attirer la foudre des élites politiques, des banques et des gros industriels.

Certaines élites américaines ont fait la promotion du libre-échange, pour démontrer que le monde entier allait devenir prospère.

Évidemment, ce ne fut pas le cas, pourquoi ?

Le libre-échange est une utopie dysfonctionnelle, car les deux intervenants qui font la promotion du libre-échange ont des objectifs différents.

1)     Premier intervenant : l’État

Les États vont prendre à partir des années 1980 deux types de décisions pour développer les échanges commerciaux internationaux :

a)     Ils vont d’abord décider d’accentuer la libéralisation du commerce extérieur. Les cycles de négociation du GATT, devenu OMC, ne concernent plus cette fois les seuls occidentaux mais la majorité des pays. Ces négociations aboutissent à la poursuite de la politique d’abaissement des droits de douane et des barrières non tarifaires d’une part ; et à l’ouverture de secteurs jusque-là protégés de la concurrence internationale (comme le textile) d’autre part.

b)     Les États participant à la mondialisation vont décider d’autre part de libéraliser les mouvements internationaux de capitaux. Jusqu’aux années 1980 il existait dans la plupart des pays un « contrôle des changes » : toute opération de change de monnaie (par exemple la conversion de francs en marks) ne pouvait s’effectuer qu’avec l’accord des autorités publiques, l’objectif du contrôle des changes étant d’empêcher les sorties massives de capitaux hors du territoire national et de protéger la valeur de la monnaie nationale

Dans les années 1980, conformément aux principes de l’économie libérale, les États (occidentaux du moins) qui pratiquaient un contrôle des changes ont décidé de le supprimer et de libéraliser les mouvements de capitaux.

2)     Les multinationales

Les politiques de libéralisation vont tout d’abord conduire au phénomène des délocalisations.

Une partie importante des industries utilisant une main-d’œuvre nombreuse vont être délocalisées dans les pays à bas coûts.

La délocalisation présente pour les entreprises un quadruple avantage :

1)      les salaires directs versés dans les pays destinataires sont nettement plus faibles (une délocalisation en Chine permet couramment de diviser le coût salarial par dix) ;

2)      la protection sociale, qui augmente le coût salarial, y est faible ou inexistante ;

3)      le droit du travail y est peu contraignant ou inexistant ;

4)      il en est de même des contraintes environnementales.

Un second phénomène s’ajoute la délocalisation stricto sensu (sous-traitance à une filiale d’une production jusque-là située sur le sol national), l’importation de biens produits dans des pays à bas coûts par des entreprises étrangères

Ces importations viennent évincer les productions nationales devenues non compétitives.

Depuis une décennie, on constate que la délocalisation concerne désormais également des emplois qualifiés. C’est ainsi que les activités de recherche-développement des entreprises font désormais également l’objet de délocalisations.

Les deux intervenants qui prônent la mondialisation n’ont pas les mêmes buts

1.      Normalement le politicien est imputable à son peuple travaillant sur une limite géographique (province, États, pays).

2.      Tandis que le CEO de la multinationale est imputable aux actionnaires, donc maximisez le profit sur un terrain de jeu mondial.

Et oups, on a un sérieux problème,
une divergence d’objectif entre les deux.

Ø  Le premier veut faire travailler son peuple;  

Ø  Le second est maximiser son profit pour satisfaire les actionnaires.

On ne délocalise plus pour faire simplement du profit, mais pour faire le maximum de profit, on constate que des compagnies qui sont saines financièrement se délocalisent pour maximiser le rendement de leurs actionnaires.

Donc, les objectifs du libre-échange de nos deux protagonistes sont loin d’être harmonieux.

On pousse même le ridicule à garder les centres de recherche et développement dans les pays industriels pour utiliser les subventions et les crédits d’impôts, et on transfère la production dans les pays émergents, sans que celle-ci fît l’effort de la financer.

Depuis quelque temps la Chine exige même un transfert technologiquepour ouvrir leurs marchés, donc le peuple industriel paie le développement et la Chine se l‘accapare ou la copie (1) tout simplement.

Il est impossible que les pays industriels aient des chances de gagner à ce jeu, un ingénieur dans un pays industriel gagne facilement 70,000 $, tandis que l’ingénieur chinois gagne dix fois moins et est aussi brillant et entreprenant, donc c’est perdu d’avance si on ne rééquilibre pas la situation.

En Europe, le terme de Dumping Social est connu du public, en Amérique c’est un terme quasi méconnu, surtout au Canada parce qu’il y a très peu de débats sur le libre-échange, de plus, les industriels et les financiers s’assurent que les débats n’ont pas lieu

Le libre-échange est une des causes principales du chômage élevé et persistant et des déficits structurels des pays industrialisés.


Lectures complémentaires :

1.      Mondialisation, délocalisations, dumping

2.      Brown Introduces Legislation to Keep Manufacturing Jobs in Ohio

3.      « Sommes-nous en train de devenir Chinois sans le savoir ? »

4.      65 % des Américains considèrent que leur pays n’est pas bien placé pour la mondialisation

5.      Crisis jolts globalization process

6.      Bombardier se tourne de plus en plus vers les pays à faibles coûts

7.      La stratégie de la terre brûlée - Mondialisation

8.      Face à la Chine, les entreprises inégales - Mondialisation