La Chine en quête de suprématie technologique

Les autorités ont désormais une obsession : se mettre au plus vite au diapason des standards internationaux et procéder à une montée en gamme industrielle.

Leur objectif reste de sortir dès que possible de l’exportation à bas prix, car elles savent que la montée des coûts salariaux mais aussi celle du yuan, pour laquelle les États-Unis militent avec force, diminueront tôt ou tard leur compétitivité extérieure. Mieux vaut vendre des produits à forte valeur ajoutée, des voitures et des trains à grande vitesse, plutôt que des survêtements et des baskets !

Comment acquérir en un temps record des technologies que l’on ne maîtrise pas? Pendant des années, les Chinois ont fait l’éponge, apprenant au contact des entreprises internationales auxquelles ils ouvraient progressivement – mais jamais totalement – leurs marchés. «Les Chinois tolèrent les étrangers là où leur technologie est insuffisante, mais avec l’idée de s’en passer dès qu’ils le pourront, remarque Patrick Artus. Nous leur vendons des Airbus mais leur objectif, à terme, est de produire, voire d’exporter leurs propres avions!»

L’autre moyen, plus rapide, est de « croquer » purement et simplement ses concurrents. Il semblerait que la Chine ait choisi de privilégier cette stratégie.

Les acquisitions d’entreprises occidentales sont de plus en plus nombreuses, de Volvo aux Choco BN en passant par NFM Technologies ou les Moteurs Baudouin, pour citer deux exemples français récents.

L’argent n’est pas un problème, les Chinois pourraient s’offrir tout le CAC 40 s’ils se lâchaient ! «La plupart du temps, il s’agit d’acquérir des technologies étrangères, des réseaux de distribution ou des marques, observe Françoise Lemoine, spécialiste de la Chine au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

Le mouvement est lancé, et nous n’en sommes encore qu’au début».


Extrait de : La Chine en quête de suprématie technologique, Elsa Chalaux, consultante Chine, Usine Nouvelle, 22 janvier 2011

PAROLE D'EXPERT  La visite du président chinois Hu Jintao aux Etats-Unis en ce début d'année 2011 se résume notamment par quelques contrats pour le pays hôte. 45 milliards de dollars de commandes industrielles à la clé. Reste que la Chine travaille à une amélioration de ses compétences technologiques, pour moins de dépendance.

La multiplicité des outils mis en place par une Chine désireuse d’accéder à des technologies étrangères et la volonté politique d'augmenter les moyens alloués à la R&D répondent à un objectif : devenir un leader dans les secteurs industriels de pointe en s’affranchissant d’une trop forte dépendance technologique.

Le leitmotiv chinois de l’innovation indépendante

La Chine aspire à être auto-suffisante en matière de développement technologique. Martelé quasi-quotidiennement par les gouvernants chinois et abondamment relayé par les médias, cet objectif n’est pas récent. Il fait son apparition en 2006 dans le "Plan à moyen et long terme de développement de la science et de la technologie" . La Chine s’y fixe une échéance : jouer un rôle de leader dans les industries de pointe dès 2020. Dès lors, l' "innovation indépendante" (en chinois "zizhu chuangxin" ) devient le maître mot.

Le vaste chantier de la remise à niveau en R&D

Si la part du PIB consacré à la R&D est encore relativement faible par rapport aux pays de l'OCDE, les objectifs affichés sont de relever ce ratio de 1,7% actuellement à 2,5% à horizon 2020.

Récemment la Chine semble avoir passé la vitesse supérieure, lançant en juin 2010 une vaste campagne d’identification de "talents" chinois .

1.      Équipements,

2.      IT,

3.      biotechnologie,

4.      nouveaux matériaux,

5.      aéronautique et astronautique,

6.      océanographie,

7.      protection de l'environnement,

8.      ressources énergétiques,

9.      technologies agricoles,

10.  transports

sont quelques uns des secteurs prioritaires pour ce plan qui concernerait plus de 5 millions de personnes d'ici 2020.

L'acquisition de technologies et savoir-faire étrangers : une stratégie aux multiples visages

L’acquisition de technologies étrangères se notamment fait via des joint venture sino-étrangères et des demandes de formation technico-industrielle à l'occasion de la signature d’un contrat.

Elle est souvent l’enjeu de coopérations scientifiques et technologiques bilatérales ou de projets de recherche internationaux. Elle donne lieu à des politiques d’attraction des centres de R&D étrangers ou des politiques visant à favoriser le retour des "cerveaux" chinois expatriés et la venue d’experts étrangers.

Ainsi le recrutement récent du Pr. Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008, par l'université Jiaotong  de Shanghai illustre bien la façon dont la Chine peut tirer parti d’un sentiment de manque de reconnaissance des élites scientifiques françaises.

Plus récemment, le recours au rachat ou à la prise de participation dans des sociétés étrangères s'intensifie. Les exemples ne manquent pas : les moteurs Baudouin repris par le chinois Weichai, le rachat de Volvo Automobile par Geely - le premier constructeur automobile privé chinois - ou encore le rachat de la société autrichienne FACC, spécialisée dans les matériaux composites, par le géant de l’aéronautique chinoise AVIC …

Quant aux pratiques de reverse engineering (acquisition et ré-appropriation de technologies étrangères) ou de creative adaptation ("amélioration" de technologies étrangères existantes), si elles sont contestables, elles ont été mises en œuvre dans nombre d’autres pays.

Finalement, si spécificité chinoise il y a, elle réside davantage dans la multiplication de mesures et de moyens légaux  conçus pour favoriser les occasions de capter de nouvelles technologies et optimiser – au bénéfice de la partie chinoise - toute interaction avec les entreprises étrangères.