La Chine est-elle en train de racheter l'Europe ?

Extrait de : La Chine est-elle en train de racheter l'Europe ? , Roland Hureaux , Marianne 2, 18 Février 2011

Dans la crise de la dette souveraine, la Chine se pose en bienfaiteur des Etats européens aux prises avec leurs créanciers. Pour le chroniqueur associé Roland Hureaux, la Chine accroît de plus en plus son contrôle sur l'économie européenne, bénéficiant par ailleurs d'un euro fort, qui lui garantit la compétitivité de ses exportations.

Crise de la dette souveraine : après la Grèce, après l’Irlande, le Portugal ?

Que nenni : la Chine vient de proposer son aide au Portugal ; forte de ses 2800 milliards de réserve de change, elle est disposée à prêter à l’Etat portugais (à « racheter de la dette souveraine », comme on dit dans le jargon).

Elle serait également prête à se porter secours à l’Espagne laquelle, quand ses difficultés éclateront,   compte tenu de sa taille, sera la véritable épreuve de l’euro.

Jusqu’à quel point la Chine s’est-elle déjà engagée en Europe ? Cela est un secret bien gardé. On parle de 7 % de la dette publique, soit 630 milliards d’euros. Elle s’efforce ainsi de transformer une partie de ses réserves, aujourd’hui majoritairement en dollars, en d’autres monnaies, principalement l’euro.

La Chine peut aussi aider les pays en difficulté en achetant des actifs : elle a déjà pris pied dans le port du Pirée. Si la mode qui consiste à tenir les monuments historiques pour un patrimoine comme un autre, qu’il faut rentabiliser, et si les difficultés de certains pays de la zone euro s’aggravent, comme c’est inéluctable, pourquoi ne pas lui vendre un jour le Parthénon ou l’Escorial ?

En venant au secours de l’euro, la Chine réalise une bonne opération sous trois rapports.

1)      D’abord elle prend une revanche politique et historique sur une Europe qui l’a, considère-t-elle, longtemps humiliée.

2)      Ensuite, elle peut ainsi acquérir des actifs intéressants, notamment certains actifs stratégiques, comme récemment le néerlandais Draka, spécialiste de la fibre optique, indispensable aux industries de défense.   La commission en a autorisé l’achat par le groupe chinois Tianjin Xinmao, ce que n’aurait sûrement pas fait le gouvernement américain.

3)      Surtout la Chine a intérêt plus que tout autre pays au monde, plus que les Etats-Unis eux-mêmes, à ce que l’euro n’éclate pas. Pourquoi ?

Les produits chinois pénètrent facilement dans une zone euro à la monnaie surévaluée : les prix chinois y apparaissent d’autant plus compétitifs. Ils le seraient encore, mais moins, si l’euro était dévalué.

Or que serait l’effet d’un éclatement de l’euro ? Sur l’Allemagne, faible : le mark reprendrait la place de l’euro, sans doute au même cours ou à un cours légèrement supérieur : n’était-il pas entendu, dès le départ, que l’euro serait le mark repeint ? Pour ce pays qui représente 22 % du PIB de la zone, peu de choses changeraient, non pas vis-à-vis du reste de l’Europe, mais vis-à-vis du reste du monde.

En revanche, les monnaies de tous les autres pays, sauf peut-être les Pays-Bas et l’Autriche, soit environ  70 % la zone, se déprécieraient d’un taux variable mais que l’on peut situer entre 10 et 40 % selon les pays. C’est donc plus des deux tiers de la zone euro, le principal marché du monde, qui deviendrait moins accessible aux produits chinois. Un motif à lui seul suffisant pour que la Chine vienne au secours de l’euro.

Exactement, il a raison, souvenez-vous ma solution un peu loufoque pour sauver l’euro, sortez l’Allemagne de l’Euro et l’Europe dans son ensemble, va mieux s’en tirer, car elle pourra d’évaluer l’Euro selon sa vraie compétitivité.

Pourquoi, pensez-vous que les Chinois achètent encore les bonds américains?

Pour deux bonnes raisons :

Premièrement, ils maintiennent les États-Unis en mode survie par endettement tout en écoulant leurs marchandises.

Deuxièmement, elle est beaucoup plus pernicieuse, le temps joue à leur avantage, à chaque fois, qu’il y a une délocalisation le pays industriel s’affaiblit,
et la Chine se renforcit.

Quand vous créez 1000 emplois en Chine, vous détruisez mille emplois ailleurs. Quand vous recevez plus de 229 milliards d’investissements juste cette année,
vous avez 229 milliards d’investissements de moins dans les pays industriels.

N’oubliez pas, les politiciens chinois n’ont pas les mêmes contraintes que nos politiciens modernes, ils ne pensent pas à court terme, leur plan de match
est de 10 à 25 ans d’avance, leur but ultime est de devenir
 le manufacturier du monde.

Même s’ils perdent toutes les réserves américaines en laissant
 les Américains s’auto détruire par l’endettement :

Ø  le but ultime ce n’est pas les réserves qui les intéressent, mais les usines.

Je vous invite à lire le prochain carnet, comment une délocalisation peut avoir des effets néfastes sur l’ensemble de l’industrie.

Jusqu’où ce concours ira-t-il ? Sans doute très loin. Les idéologues qui s’accrochent à l’euro, les hommes politiques qui ont misé leur crédibilité dessus sont prêts à tout pour que l’euro continue en dépit des tensions croissantes auxquelles la divergence des économies le soumet. Peut-être sont-ils même prêts à vendre le continent aux Chinois ? En tous les cas à accepter une prise de contrôle étendue de l’économie européenne par les Chinois.

Nous nous souvenons d’une dictée d’autrefois, peut-être de Georges Duhamel, qui racontait comment un village avait soudain attiré l’attention du monde extérieur en raison d’une magnifique fontaine historique. Les cars de touristes affluant, il y eut des problèmes de circulation. A quoi se résolut alors le conseil municipal ? A détruire les fontaines.

Apologue symbolique si l’on songe que l’euro avait à l’origine pour but de renforcer de l’Europe, mais que,  étant devenu une fin et non plus un moyen, il se peut que les promoteurs sacrifient les intérêts les plus essentiels de l’Europe à sa survie.

Les intérêts oligarchiques politiques maintiennent cette position, mais en tant que peuple, vous devez faire rappeler à vos politiciens qu'ils sont imputables à leurs peuples, non aux groupes d'intérêts.