La faillite inéluctable des états

Extrait de : La faillite inéluctable des états, par Charles Sannat, blog de Paul Jorion, 18 février 2011

Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer a dit un jour que « toute vérité franchit trois étapes :

1.      D’abord, elle est ridiculisée.

2.      Ensuite, elle subit une forte opposition.

3.      Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence ».

Souvenez-vous, nous sommes en janvier 2007.


Une nouvelle crise.Une nouvelle crise – Georges Ugueux

Tous les éléments de la crise à venir sont déjà là, mais les cassandres sont rapidement taxés de déclinologues, de pessimistes stupides, incapables d’imaginer la puissance des interventions des autorités monétaires et des banques centrales. Les États sont relativement peu endettés.

Les dettes souveraines sont donc bien sûr l’actif à détenir en priorité.

Certitude illustrée par l’expression du « Fly to quality » c’est-à-dire la fuite vers la « qualité ». Chaque secousse boursière entraîne des arbitrages massifs des marchés actions vers les obligations d’Etat réputés « invulnérables ».

Nous étions dans la première étape décrite par Schopenhauer. Celle où l’on ridiculise ceux émettant des doutes sur la solidité et la pérennité financière des grands Etats.

Puis est venue la grande crise de 2008. Celle qui nécessita des milliards d’euros et de dollars de plans de relance, de création monétaire, de dépenses sociales. Les déficits se creusèrent rapidement d’une façon jamais imaginée par l’ensemble des observateurs économiques. Pris sous le double feu de rentrées fiscales en berne et de dépenses de soutien massives, le trou ne pouvait être qu’abyssal.

Fin 2010, l’idée d’une faillite généralisée des Etats occidentaux ne subit plus qu’une opposition molle. « Non, non, quand même, un Etat ne fait jamais vraiment faillite, quand même, d’ailleurs la croissance repart aux Etats-Unis, c’est tout de même la première économie mondiale ». Exact. Retenez ce chiffre 2.9% c’est le taux de croissance de l’économie américaine en 2010. Retenez-le bien, nous y reviendrons.

La croissance ne soigne pas la crise

Malgré ces 2.9% (qu’il faut bien retenir !) le chômage ne baisse pas, mais alors pas du tout. Certains esprits chagrin, qui regardent le véritable chiffre du chômage aux USA (celui publié par la Fed et qui comptabilise aussi les personnes véritablement en recherche d’emploi mais ne recevant plus d’indemnisation) osent même affirmer que ce taux atteint le record de plus de 17.4% !! Tout de même.

Malgré ces 2.9% (de croissance), environ 43 millions d’Américains ne mangent chaque jour que grâce aux « Food Stamps » qui sont des « timbres de nourriture » donnés aux plus pauvres et permettant d’acheter dans des magasins l’alimentation nécessaire. C’est une version moderne des soupes populaires qui évite les images choc de files d’attente interminables de tous ces chômeurs miséreux et affamés. Bref les « food stamps » c’est un croisement entre les tickets de rationnement et les tickets restaurants.

Partons maintenant au royaume de la perfide albion. Nos amis Anglais ont eu la brillante idée d’élire un nouveau Premier Ministre « conservateur » Monsieur Cameron. Ce dernier affirme que « Si vous ne traitez pas la dette, vous n’aurez jamais de croissance. » Son principal opposant le « travailliste » Ed Miliband répond : « Si vous n’avez pas de croissance, vous ne viendrez pas à bout de la dette ».

Voilà un beau débat. Comment sortir de cette crise ? Peut-on retrouver de la croissance ? En dépensant plus dans des plans de relance pour stimuler l’économie comme le préconise l’ami travailliste ? Pourquoi pas… mais avec 11% de déficit, difficile de dépenser plus sans faire immédiatement faillite.

Alors le Premier Ministre conservateur explore la seule piste laissant théoriquement encore un peu d’espoir… celle de la rigueur. On coupe toutes les dépenses. Pas un peu. Vraiment beaucoup. Les fonctionnaires on dégraisse (490 000 en moins tout de même jusqu’en 2015). Les frais de scolarité ? On triple, quadruple ou quintuple. Les enseignants ? On supprime. Les parents n’auront qu’à s’organiser pour faire classe à leurs enfants. Remarquez au train où vont les choses là bas, des parents disponibles ce n’est pas ce qui va manquer dans les prochains mois.

Fortes dettes + récession = insolvabilité

Est-ce bien ou mal ? Peu importe en terme éthique (bien que le débat soit passionnant). Mais en terme économique est-ce que cela va marcher ? Est-ce que la cure d’austérité va déclencher une « saine » croissance ?

La réponse à cet instant est claire et sans appel. Non. Le Royaume-Uni est ré-entré en récession. Pas officiellement car il faut trois trimestres de « croissance négative » comme dirait Madame Lagarde pour considérer officiellement une économie en récession. Nous ne sommes qu’à un trimestre. Le premier. Or qui dit récession, dit, baisse des rentrées fiscales… et ça pour payer des dettes ayant atteint des niveaux monstrueux ce n’est pas la meilleure des nouvelles. Car en résumé fortes dettes + récession = insolvabilité.

Oui mais regardez. Retournons aux Etats-Unis d’Amérique. Vous vous souvenez de notre chiffre de 2.9% de croissance (celui qu’il ne fallait pas oublier !) ? Et bien justement voilà une raison d’espérer. Les Américains ont décidé, contrairement aux Anglais de laisser « filer » les déficits pour stimuler la croissance. Et ça marche, 2.9% de croissance ! Eh bien au risque de doucher quelques belles espérances cela ne marche pas. Pourquoi ? Trois chiffres :

Les 2.9% de croissance représentent un montant d’augmentation du PIB américain de 541 milliards de dollars. Pour créer ces 541 milliards de dollars de nouvelles richesses, les autorités politiques et monétaires ont créée… 1 700 milliards de dollars de nouvelles dettes.

En clair pour créer 1 dollar de croissance,
il faut 3.14 dollars de nouvelles dettes.

Dès lors deux constats.

- La dette s’accroît plus vite que la richesse créée avec ces nouvelles dettes.

- L’économie mondiale n’est plus capable de créer de la croissance sans dette.

La « rilance » le dernier espoir de l’humanité ?

Et en 2011-2012, nous rentrerons dans la dernière étape de la vérité selon Arthur Schopenhauer. La faillite des Etats sera « considérée comme ayant été une évidence ». Le monde s’apercevra de l’insolvabilité généralisée des Etats occidentaux. Soit parce que les plans de relance auront créé une dette trop importante… soit parce que les plans de rigueur auront créé des dettes trop importantes, le résultat final étant sensiblement le même en données corrigées des dégât sociaux et humains entraînés par les plans d’austérité.

Les deux voies nous mènent droit à l’insolvabilité. Le seul avantage des plans de rigueur, c’est qu’ils permettent de gagner du temps.

Tout le monde a pu constater que les plans de relance menaient à la catastrophe. Les plans de rigueur disposent de 12 à 24 mois pour convaincre ou montrer qu’ils ne marcheront pas mieux….

Il reste la voie française. Celle de Madame Lagarde. La voie de la « Rilance ». Mi rigueur-mi relance, mi-ange, mi-démon. La Rilance voilà le dernier espoir de l’humanité. Un peu mince n’est-ce pas


La trahison de la finance de Georges Ugueux

Ceux et celles qui m’ont accompagné dans ma vie professionnelle bancaire et financière savent que la finance est pour moi une passion. Je la crois indispensable et utile. Elle peut soulever les montagnes.

C’est ce rôle éminent qui m’a toujours passionné. J’ai vécu la crise financière comme un choc.

Certains de mes soupçons sur la manière dont la bulle financière s’était construite et sur les modes de rémunération qui l’accompagnaient se trouvaient non seulement confirmés, mais sur une échelle que je n’imaginais pas. J’ai vu venir la crise et tenté d’en avertir des amis et des clients. Certains ont écouté, d’autres y ont vu une exagération. Et pourtant, j’étais en dessous de la vérité.

La trahison de la finance

Le fil d’Ariane de ce livre est né de cette immense déception de voir la finance se trahir et trahir l’économie. Au fur et à mesure du développement de ce qui est la plus importante crise financière depuis 1929, j’ai tenté d’y voir clair, de comprendre mieux les mécanismes mais surtout de regarder vers l’avenir. C’est pour cela que, jeune universitaire juriste et économiste, j’ai choisi la finance comme activité professionnelle. Je n’ai pas été déçu.

Mon souhait est que les leçons des erreurs commises soient tirées avec honnêteté et courage et que la finance, et singulièrement la banque, puissent pleinement jouer leur rôle social et économique. Cette parole est celle d’un acteur et d’un spectateur de l’intérieur de la finance, mais il cherche aussi à prendre de la distance par rapport au quotidien. Elle est aussi une parole d’homme qui cherche à être un élément de la solution. Que ce soient un livre, un blog, une conférence ou même une conversation singulière, j’ai choisi d’être un témoin actif et d’utiliser mes connaissances pour démystifier la finance. J’assume ce choix, même s’il m’a valu et me vaudra des commentaires difficiles.

Les informations que j’utilise viennent de plusieurs parties du monde, même si les informations américaines sont plus importantes. J’ai moi-même cherché des sources européennes plus importantes. Il semble que soit les choses se passent plus discrètement, soit le débat sur la réforme de la finance est plus articulé et détaillé aux États-Unis. Il est possible aussi que ce soit dû au fait que l’origine de la crise se situe a New York. Mais les banques européennes ont beaucoup perdu.

C’est Aldous Huxley qui définissait la vraie liberté comme celle qui permet à un acteur de l’intérieur d’agir et d’exprimer en fonction de ses convictions. Ce n’est pas un exercice facile tant le conformisme et la complaisance sont aisés à suivre. Je revendique cette liberté qui me vaudra sans doute l’attribut de populiste, voire pire.

Le populisme n’est pas la démagogie :
il s’adresse à ceux et celles qui cherchent à savoir.

 Je le revendique. Ces réflexions s’adressent principalement à ceux et celles qui, en dehors de la finance, cherchent à comprendre cette crise et ses implications pour l’avenir. Si mes collègues financiers et banquiers me font le plaisir de le lire, qu’ils me pardonnent de n’avoir été ni exhaustif ni technique. Ce n’était pas mon propos.

Je crois profondément à la pédagogie et à la vulgarisation : ce sont les formes suprêmes de la connaissance. Il n’est point besoin de jargon pour expliquer la finance. La candeur et la transparence sont les meilleurs outils pour convaincre. Face à l’immense scepticisme qu’a amassé la finance, c’est un travail urgent et de longue haleine. Tous ceux et celles qui partagent cette connaissance ont le devoir d’y participer. Parmi eux, je ne suis qu’une voix, humaine et faillible, même si mes intentions sont claires


Georges Ugeux

La finance au-delà des mythes et des mystificateurs :

Le blog de Georges Ugeux sur le Monde.fr

PDG de Galileo Global Advisors, une mini banque d'affaires internationale a New York. De 1996 a 2003, il a été Executive Vice President International du New York Stock Exchange.