L’Allemagne capable de concurrencer la mondialisation

L’Allemagne capable de concurrencer la mondialisation

Sujet : Mondialisation, délocalisations, dumping


L’Allemagne capable de concurrencer la mondialisation

Ajoutons ce dernier élément.

Les partisans de la mondialisation et des délocalisations s’appuient sur l’exemple de l’Allemagne pour illustrer le fait que la mondialisation peut tout à fait permettre aux anciens pays industriels de rester compétitifs et de dégager d’importants excédents de leur commerce extérieur.

L’argument, là encore, ne nous paraît pas probant :

·         Le succès du commerce extérieur allemand, en premier lieu, repose sur le fait que les produits allemands bénéficient d’une image de marque qui conduit les consommateurs à accepter d’acquitter un prix élevé (« l’effet qualité l’emporte sur l’effet prix »). 

·         Il reste à démontrer que cet avantage pourra subsister sur le long terme, lorsque les producteurs des pays émergents auront pu, le temps passant, construire eux-aussi des effets de marque.

J’arrive à la même conclusion que lui, dans combien de temps que l’Allemagne pourra avoir suffisamment de valeur ajoutée, pour justifier son prix?

Dans combien de temps, que les Chinois ne pourront pas construire des voitures haut de gamme, peut-être dans cinq ans, ou plus dix ans, ou des machines-outils aussi performantes, mais à moindre prix.

Regardez l’exemple de la Corée du Sud avec la marque  Hyundai vis-à-vis des voitures japonaises.

·         Le succès allemand est fondé également sur la politique de contraction salariale qui a été conduite par l’Allemagne cette dernière décennie (alors que le coût salarial allemand était en 2000 encore supérieur à ce qu’il était en France, il est aujourd’hui nettement inférieur ; cf. ce document de l’INSEE). Cette politique constitue une application de la concurrence par le dumping, engendrée par la mondialisation, au détriment des salariés (cf. le paragraphe suivant). La généralisation de cette politique à toute l’Europe se traduirait pour la majorité de la population, par une régression sociale significative.

Il a en partie raison, si les pays avaient moins joué à la cigale en distribuant de la richesse en cumulant des déficits, ils auraient été capables de s’ajuster à la compétitivité actuelle des pays émergents, mais à moyen long terme, il aurait perdu quand même.

·         Il faut prendre en compte, en outre, le fait que l’Allemagne construit sa compétitivité en procédant elle-même à des délocalisations massives dans les pays à bas coût, notamment dans les pays d’Europe centrale nouveaux adhérents de l’UE. Les produits sous-traités sont packagés et marketés sous marque allemande tout en ayant été fabriqués pour l’essentiel dans les pays à bas coûts. Là encore l’Allemagne utilise les techniques offertes par la mondialisation au détriment des salariés des autres pays européens.

L'Allemagne et le dumping social de l'union européenne

On constate à quel point que les Allemands ont fait des sacrifices pour rester compétitifs.

·         Enfin l’essentiel des excédents allemands résulte des échanges commerciaux de l’Allemagne avec ses voisins européens. Le succès isolé de l’Allemagne, au détriment des pays européens qui ne se sont pas adaptés au même degré à la nouvelle donne économique, ne signifie donc pas que les pays « développés » pourront collectivement tirer parti de la mondialisation.

Tout le problème de l’Euro en voulant intégrer des pays n’ayant pas le même niveau de productivité sous une monnaie unique, ils pénalisent tous ceux qui n’ont pas assez de compétitivité pour profiter de la mondialisation, normalement ces pays auraient pus d’évaluer leurs monnaies pour compenser leurs faibles compétitivités.

Le dossier des délocalisations soulève cette dernière question. Si les conséquences de la mondialisation sur l’emploi dans un pays comme la France paraissent fortement négatives, peut-on soutenir que les consommateurs ont toutefois profité de la baisse des prix des produits fabriqués à bas coût ? Les ouvriers devenus chômeurs sont-ils du moins des consommateurs heureux ?

L’appréciation de l’évolution des prix des produits en question est rendue délicate par le fait que, grâce aux progrès techniques, les industriels ont pu introduire dans leurs productions des améliorations qui profitent au consommateur (à prix égal la qualité des voitures, par exemple, s’est améliorée et les prestations se sont étendues).

Même si nous n’avons pas de données chiffrées à faire valoir, il nous paraît cependant possible d’affirmer, en écho à ce que ressentent la plupart des consommateurs, qu’à l’évidence les producteurs n’ont pas intégralement répercuté dans leurs prix la très importante baisse des coûts de production engendrée par les délocalisations intervenues ces deux dernières décennies, augmentant par là-même, de façon sans doute significative, leur taux de profit.


Cet article en particulier a été séparé en multiples  carnets à cause de sa longueur et de sa pertinence à chacun d’eux.

1.       Mondialisation, délocalisations, dumping

2.       Les conséquences de la mondialisation : délocalisations, désindustrialisation, chômage

3.       La mondialisation un argumentaire grossièrement mensonger

4.       L’Allemagne capable de concurrencer la mondialisation

5.       Les conséquences de la mondialisation : dumping social, fiscal et environnemental

6.       Une petite minorité a imposé la mondialisation

Source : Mondialisation, délocalisations, dumping, Tribune libre de Paysan Savoyard, FDESOUCHE, 5 décembre 2010