Les zones d'ombre de l'affaire Renault

Intéressant, à suivre …

Extrait de: Les zones d'ombre de l'affaire Renault, Julie de la Brosse, l’Expension.com, 13/01/2011


Après une période de flottement, Renault a enfin saisi la justice dans l'affaire d'espionnage qui le secoue. Mais le groupe n'a pas cité les 3 cadres soupçonnés en se contentant d'une plainte contre X. Une zone d'ombre de plus.

Des suspects qui récusent en bloc les accusations

Depuis plus d'une semaine, les noms des trois cadres de Renault circulent abondamment dans la presse. Ces derniers sont suspectés par le groupe d'avoir diffusé à l'extérieur des informations concernant la stratégie du groupe. Ils ont été entendus mardi par leur direction pour des entretiens préalables à leur licenciement. Est-ce une judicieuse ligne de défense, ou la démonstration de leur intégrité ? Toujours est-il que tous trois démentent catégoriquement les accusations qui les visent. Le plus haut placé d'entre eux, membre du comité de direction de Renault, Michel Balthazard "réfute totalement" ces accusations. Tout comme Bertrand Rochette, qui dit vivre "un vrai cauchemar". De son côté, Matthieu Tenenbaum, le directeur de programme adjoint du véhicule électrique, a indiqué par la voix de son avocat attendre "que lui soient exposés les faits qu'on lui reproche". Selon son avocat, seule une "lettre anonyme au conditionnel" serait à l'origine des accusations contre lui...

Renault pourrait-il donc s'être trompé en accusant ses trois cadres ? Seule la justice pourra le déterminer. Mais ce qui est sûr c'est que Renault joue la prudence. Le groupe vient de porter plainte contre X. Une pratique plutôt fréquente dans ce type d'affaires où le commanditaire reste souvent inconnu, mais qui peut aussi attester de la crainte du groupe de se faire attaquer pour dénonciation calomnieuse. Autre flou de cette affaire, les motifs de la plainte, qui ne pouvaient être plus larges. Comme si Renault ne savait toujours pas de quoi il était victime, il a déposé une plainte pour "espionnage industriel", "corruption", "abus de confiance", "vol et recel commis en bande organisée".

Des commanditaires difficilement identifiables

Très vite, la piste chinoise a été évoquée dans la presse. Le Figaro notamment a révélé en début de semaine que d'importantes sommes avaient été déposées sur les comptes de deux des trois cadres incriminés en provenance d'une grande société chinoise de distribution d'électricité. Mais ces accusations n'ont pas été reprises par Renault qui pour l'heure se garde bien de corroborer cette piste. L'entreprise, qui espère profiter de l'explosion du marché automobile en Chine, n'y a pas intérêt. La plainte qu'elle a déposée vise simplement la "fourniture d'éléments intéressant le secret économique français à une puissance étrangère" qui n'est pas nommée, le constructeur citant seulement des "personnes morales de droit privé", a indiqué Jean-Claude Marin, le procureur, en marge d'une conférence de presse ce jeudi soir.

L'évocation récurrente d'une "piste chinoise" irrite Pékin au plus point, qui a jugé ces accusations "totalement sans fondement, irresponsables et inacceptables". Pour éviter une querelle diplomatique avec la Chine, le gouvernement français joue lui aussi la prudence. Le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a rappelé mardi qu'"il n'y avait pas d'accusation officielle de la France et du gouvernement français à l'égard d'aucun pays aujourd'hui". Mercredi, Christine Lagarde a renchérit, en jugeant "hors de propos" de spéculer sur le pays qui pourrait être derrière cette affaire.

clip_image002

Renault aurait préféré garder l'affaire secrète

Selon plusieurs sources concordantes, le constructeur automobiles aurait souhaité que cette affaire ne sorte jamais dans la presse. Le groupe aurait préféré régler en interne cette question, avec l'aide d'une société de sécurité privée. Mais au moment de demander aux cadres de quitter leurs bureaux, l'information a fini par fuiter. Ces derniers ne voulaient peut-être pas régler à l'amiable cette affaire. A Bercy, Eric Besson aurait d'ailleurs été prévenu seulement deux heures avant que l'information ne soit publiée. Ce qui aurait provoqué une grosse colère de sa part, selon le Canard Enchaîné.

Mystère sur la gravité des informations volées

Depuis le début de l'affaire, Renault s'est voulu très discret quant au contenu des informations volées. Quoi de plus logique si elles sont stratégiques. Le problème, justement, c'est que leur caractère ultra-sensible n'est plus aussi évident. Alors que Renault admet enquêter sur l'affaire depuis plusieurs mois, le groupe semble incapable de préciser le type d'informations qui lui ont été dérobées.

A priori, cela concerne la voiture électrique. Mais ces informations sont-elles vraiment sensibles ? Oui, répondait Renault la semaine dernière, estimant qu'il s'agissait d'"actifs stratégiques" et que les faits incriminés étaient "très graves". Quelques jours plus tard, dans une interview au Monde, Patrick Pélata, le numéro deux du groupe, dédramatise pourtant la situation. Il assure qu'"aucune pépite technologique" n'a pu filtrer. Seules des informations sur l'architecture des véhicules électriques, les coûts et le modèle économique du programme ont pu fuiter. Mais là encore, toutes ces informations restent au conditionnel.

Des pots de vin peu crédibles

Pour l'heure, Renault n'a communiqué aucune information sur les pots de vin éventuels qu'auraient pu toucher les espions. Mais selon le Figaro de lundi, une société chinoise aurait alimenté des comptes ouverts en Suisse et au Liechtenstein par deux des trois cadres supérieurs de Renault mis en cause. 130.000 et 500.000 euros auraient été découverts sur ces comptes. Si ces sommes correspondent vraiment à ce qui a été touché par les cadres incriminés, cela paraît relativement faible étant donné leur position hiérarchique, et le salaire qui doit aller avec. Encore une question qui jette le trouble.