Quelle calamité nous attend si l'on réduit les déficits ?

Extrait de : Quelle calamité nous attend si l'on réduit les déficits ?,  Bill Bonner, Chronique Agora, 18 Février 2011

L'immobilier US stagne toujours ; voilà quatre mois que l'indice NAHB ne bouge pas.

Les importations alimentaires ont augmenté au taux annualisé de 30% ces trois derniers mois. Le carburant augmente de 60%. Selon la Banque mondiale, les stocks de nourriture sont à des niveaux "dangereusement bas"...

"Les industriels sont mis sous pression" par la hausse des prix des métaux, titre un article.

Les ventes de détail américaines de juillet étaient inférieures aux attentes.

Que dire ? Les signes sont mitigés. Les perspectives sont embrouillées. L'économie sous-jacente est dans l'ornière.

Mais les autorités sortent de plus en plus d'argent brûlant pour essayer de l'en sortir. C'est une Grande correction, en d'autres termes.

Alors prenons une fois de plus du recul pour observer l'ensemble du tableau.

Steven Rattner, écrivant dans le Financial Times, déclare que les Etats-Unis sont en route pour "un cauchemar budgétaire".

Il place les obligations non-provisionnées de la Sécurité sociale et de Medicare aux environs de 50 000 milliards de dollars. Ce qui fait beaucoup d'argent, même de nos jours.

Obama’s trimming won’t end a fiscal nightmare

 

Let’s get real. The “earmarks” that politicians love to talk about amount to $16bn this year.

 

The present value of the US unfunded entitlement obligations is $50,000bn.

The Bowles-Simpson commission, which garnered bipartisan support, at least hinted at the right path of how to cut this huge figure.

 

Contained within its 65 pages are many sensible proposals, weighted about 80 per cent towards spending reductions and 20 per cent towards tax increases.

 

Yet the results were immediately denounced by leaders of both parties, particularly the Democrats.

 

Extrait de: Obama’s trimming won’t end a fiscal nightmare, Steven Rattner , FT, February 15 2011

Il note également -- comme nous l'avons fait -- que les initiatives de réduction de déficit décidées par Obama sont petites et pathétiques.

En deux mots, les démocrates ne veulent pas réduire les dépenses discrétionnaires pour les infrastructures, l'éducation, la santé et autres buts louables en apparence. Les républicains quant à eux ne veulent pas réduire les dépenses destinées à maintenir la sécurité des Etats-Unis -- également un but louable, quand on le formule de la sorte.

Personne ne veut toucher aux allocations de la Sécurité sociale ou de Medicare.

Cela ne laisse pas grand'chose. C'est comme si les autorités essayaient de dépecer une chaise en rotin. Il n'y a pas de viande à couper.

▪ Selon nos calculs, les autorités américaines perçoivent environ 2 000 milliards de dollars de recettes fiscales. Elles dépensent environ 3 600 milliards de dollars. Voilà comment on obtient un déficit budgétaire record de plus de 1 600 milliards cette année.

Les dirigeants américains dépensent environ 1,80 $ pour chaque dollar de revenus, le plus grand déséquilibre depuis la Deuxième guerre mondiale.

Nous pouvons comprendre la volonté de s'endetter en temps de guerre. "Achetez des obligations", disent les affiches ; "soutenez nos troupes", clament les slogans. Prêter de l'argent aux autorités semble être une bonne chose ; l'alternative -- une défaite -- serait franchement pénible.

Mais quelle est l'urgence en ce moment ? Si les autorités ralentissent leur machine à dépenser, quelle calamité s'ensuivra ? Quels maux sont si gigantesques qu'il faille mettre en danger l'intégrité financière du pays ? Les soldats étrangers vont-ils emplir les bars et maisons closes américains ? Faudra-t-il extrader Bush et Cheney comme criminels de guerre ? Faudra-t-il payer des réparations et perdre l'Alaska ?

Non ? Alors quoi ?

Pour autant que nous puissions en juger, si nous réduisons les déficits aujourd'hui, nous risquons un retour à la santé mentale. C'est-à-dire que sans la stimulation des déficits budgétaires, l'économie devrait fonctionner sur une base plus raisonnable. Les autorités ne pourraient dépenser que ce qu'elles peuvent se permettre.

Les gens ne pourraient pas dépenser l'argent qu'ils ont obtenu des autorités... après que les autorités l'aient emprunté à quelqu'un d'autre. Il y aurait donc moins d'argent dans l'économie de consommation menant à tous les "problèmes en D" -- déflation, désendettement, défaut et dépression.

En d'autres termes, sans l'activisme des autorités, les choses pourraient faire ce qu'elles devraient faire.

·         Les dettes seraient passées en pertes et profits, remboursées ou restructurées.

·         Les entreprises dépendant de la demande nourrie par la dette couleraient.

·         Les gens qui ne peuvent joindre les deux bouts sans aide du gouvernement finiraient par faire faillite et pourraient reprendre le cours de leur vie.

C'est à ça que sert une correction -- à réparer les erreurs du passé... et notamment les erreurs causées par un excès de crédit facile.

Au lieu de ça, les autorités semblent fermement décidées à adopter la conduite la plus remarquablement idiote -- quoi que nous en pensions à la Chronique Agora. Plutôt que de laisser l'économie privée s'adapter aux nouvelles circonstances... elles mettront le gouvernement américain en faillite pour essayer de poursuivre ces folies.

Mais nous ne sommes qu'un vieux croûton qui calomnie les autorités, n'est-ce pas ? Des gens idiots n'envisageraient jamais de faire une telle chose. Pour ça, il faut des gens intelligents bardés de diplômes. Parce qu'il n'est pas si facile de surmonter le bon sens. Il faut beaucoup de cellules grises pour faire une chose aussi sotte.