Statut économique et démographique du Japon

Trois articles sur le Japon

1.      Le Japon qui se fait décoté - Moody's abaisse la note du Japon

2.      Le Japon devient la troisième économie mondiale

3.      Le problème de démographie du Japon, le pays qui vieillit le plus rapidement au monde.


Extrait de : Moody's abaisse la note du Japon, Le Point.fr, 22/02/2011

Tokyo, qui vient de perdre sa place de deuxième économie mondiale au profit de la Chine, paie son déficit budgétaire et sa dette colossale.


Japon : La fronde anti-chinoise
D'ailleurs, les Chinois achètent de plus en plus de terrain chez leur voisin. Au Japon, rival historique de la Chine, on supporte de moins en moins cette nouvelle richesse chinoise

L'agence de notation financière Moody's a abaissé, mardi, la perspective de la note du Japon de "stable" à "négative" à cause de l'incapacité des autorités à réduire le déficit budgétaire et la dette colossale du pays.

L'agence pourrait donc bientôt diminuer cette note attribuée à la dette à long terme du pays, fixée aujourd'hui à Aa2, soit la troisième meilleure possible sur le total de 19 que compte l'échelle de Moody's. Elle a jugé que les politiques économiques et budgétaires menées à Tokyo "pourraient ne pas suffire pour atteindre l'objectif de réduction du déficit fixé par le gouvernement ni pour contenir l'augmentation inexorable de la dette".

Les autorités publiques de la troisième puissance économique mondiale sont endettées à hauteur de quelque 200 % de son produit intérieur brut, la proportion la plus élevée parmi les pays développés. Moody's a souligné dans un communiqué que "la crise financière mondiale avait violemment heurté l'économie japonaise" et rendu plus difficile la tâche des autorités pour consolider les finances publiques. Le budget de l'État nippon repose aujourd'hui pour près de moitié sur la vente de nouveaux bons du Trésor.

Pays vieillissant

"Sur le long terme, le gouvernement n'envisage pas une croissance économique supérieure à 1 ou 2 %" chaque année, a relevé l'agence, qui a pointé "les difficultés démographiques" d'un pays vieillissant. "En conséquence, une réforme fiscale est nécessaire" pour juguler le déficit public, a-t-elle conclu. Le Premier ministre de centre gauche, Naoto Kan, veut lancer une réforme fiscale d'ampleur, qui pourrait comprendre une hausse de la taxe sur la consommation aujourd'hui fixée à seulement 5 %, afin de contenir la dette.

Mais "la division du Parlement - où l'opposition conservatrice contrôle la Chambre haute - et les défis politiques accrus auxquels fait face M. Kan menacent de réduire ces efforts à néant", a prévenu Moody's. Le Premier ministre est confronté à un véritable casse-tête pour faire adopter par le Parlement son budget et plusieurs lois s'y rapportant avant le 1er avril, début de l'année budgétaire. Outre une opposition vindicative, il fait face à une fronde au sein des élus de son propre mouvement, le Parti démocrate du Japon. Moody's a précisé que les autorités nippones ne risquaient pas d'affronter une crise de la dette "à court ou moyen terme", à l'inverse de plusieurs pays européens endettés.

Pas de risque de faillite immédiat

Japon - Bonds - 1

Quelque 95 % des bons du Trésor sont en effet détenus par des investisseurs japonais, ce qui réduit les risques de faillite de l'État. L'agence a aussi mis en avant "le bénéfice structurel de la balance des paiements du Japon" et "sa position d'investisseur net vis-à-vis de l'étranger", autant d'éléments qui le protègent des "chocs extérieurs". "Mais la pression (sur cet endettement) pourrait monter à long terme, ce qui doit être pris en compte dans la notation", a-t-elle prévenu. Hiroshi Watanabe, économiste à l'institut de recherche Daiwa, a estimé que la décision de Moody's allait "probablement conduire à un abaissement de la note".

"C'est vrai que le Japon est énormément endetté, mais il n'y a pas de risque de faillite immédiat", a-t-il toutefois nuancé, soulignant que la note de l'archipel restait "largement dans la catégorie investissement".

Fin janvier, une autre agence de notation, Standard and Poor's, a abaissé d'un cran la note de la dette du Japon, à AA- (la quatrième meilleure possible sur un total de 22, selon sa propre échelle), pour des raisons similaires à celles de Moody's. L'endettement colossal du Japon provient en bonne partie des plans de relance à répétition lancés lors de la "décennie perdue" des années 90, mais la récession économique mondiale de 2008-2009 a aggravé le problème.


Le Japon devient la troisième économie mondiale, Le Point.fr - Publié le 14/02/2011 à 07:32 - Modifié le 14/02/2011 à 14:32

Affecté par la fin de plusieurs programmes de soutien, le Japon, deuxième économie mondiale depuis 1968, passe derrière la Chine

Japan - China

Le Japon a cédé sa place de deuxième puissance économique mondiale à la Chine en 2010, une année où l'archipel a pourtant vu sa croissance redémarrer en dépit d'une faiblesse de la consommation et des exportations au dernier trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) du Japon, en terme nominal, s'est élevé en 2010 à 5 474,2 milliards de dollars, contre 5 878,6 milliards de dollars pour celui de la Chine, selon des statistiques publiées lundi par le gouvernement nippon.

L'archipel a donc perdu le rang de deuxième puissance économique mondiale, qu'il occupait depuis 1968 derrière les États-Unis que la Chine pourrait même détrôner d'ici à 2025, selon des estimations de la Banque mondiale et de diverses institutions financières. Le PIB par habitant du Japon reste cependant plus de dix fois supérieur à celui de la Chine, selon le FMI. "En tant que nation voisine, nous saluons la progression rapide de l'économie chinoise", a déclaré Kaoru Yosano, ministre japonais délégué à la Politique économique et budgétaire. "Cela peut structurer le développement de l'économie régionale, c'est-à-dire de l'Asie orientale et de l'Asie du Sud-Est", a-t-il ajouté, soulignant qu'il voulait "améliorer les relations amicales entre le Japon et la Chine sur le plan économique".

La Chine affiche depuis des années un taux de croissance approchant ou dépassant les 10 %, son PIB ayant encore augmenté de 10,3 % en termes réels en 2010. L'économie du Japon s'est de son côté relevée en 2010 d'une sévère récession subie lors de la crise mondiale. Son PIB, qui s'était contracté de 1,2 % en termes réels en 2008 et de 6,3 % en 2009, a crû de 3,9 % en 2010, mais cela n'a pas permis à l'archipel de conserver sa deuxième position.

La consommation nippone en berne

Fin 2010, le PIB du Japon restait inférieur à son niveau d'avant la crise. L'économie nippone a été tirée, lors des neuf premiers mois de l'année, par les exportations vers les pays émergents, notamment vers la Chine, son premier partenaire commercial, et par des subventions gouvernementales temporaires qui ont dopé la consommation.

Le PIB japonais s'est, en revanche, contracté de 0,3 % lors du quatrième trimestre par rapport au troisième, soit 1,1 % en rythme annualisé. À l'automne, la consommation a pâti d'une augmentation de la taxe sur le tabac et de la fin de programmes de soutien. Les autorités ont en effet cessé de subventionner l'acquisition de véhicules "écologiques", puis ont réduit les aides offertes pour l'achat de télévisions, réfrigérateurs et climatiseurs peu gourmands en énergie. Les autorités publiques ont par ailleurs diminué leurs dépenses d'investissement, alors que le Japon doit se serrer la ceinture pour limiter sa dette colossale estimée à quelque 200 % de son PIB. Moteur de l'activité jusque-là, les exportations se sont réduites, elles aussi, au quatrième trimestre, handicapées par la flambée du yen, qui affleure depuis l'été 2010 son plus haut niveau en quinze ans face au dollar et en neuf ans vis-à-vis de l'euro, nuisant à la compétitivité des firmes japonaises à l'étranger.

Naoki Murakami, économiste à Monex Securities, a cependant estimé que la croissance nippone devrait "reprendre le chemin de la reprise" dès le premier trimestre 2011, évitant au Japon de retomber dans la récession, grâce à une demande plus forte venant de l'étranger, notamment des États-Unis. L'économie de l'archipel pourrait, en outre, bénéficier de l'effet de mesures de relance de près de 6 000 milliards de yens (53,5 milliards d'euros) adoptées fin 2010 par la majorité de centre-gauche pour lutter contre la déflation. "L'activité manufacturière se reprend depuis le trou d'octobre 2010, et la consommation privée, qui était atone, se porte mieux depuis le mois de décembre", a expliqué Naoki Murakami. Selon cet économiste, l'activité au Japon restera cependant dépendante des commandes étrangères, la baisse des prix, ininterrompue depuis près de deux ans, freinant les dépenses des ménages et l'investissement des entreprises


Extrait de: Into the unknown, A special report on Japan , The Economist, Nov 18th 2011

Japan is ageing faster than any country in history, with vast consequences for its economy and society. So why, asks Henry Tricks, is it doing so little to adapt?

FOR a glimpse of Japan’s future, a good place to visit is Yubari, a former mining town on the northern island of Hokkaido, which four years ago went spectacularly bust with debts of ¥36 billion ($315m). It is a quiet spot, nestled in a valley at the end of a railway line. When the coal mines were working 40 years ago, 120,000 people lived there. But the mines have long since closed, and now there are only 11,000 people left, almost half of them over 65.

The town hall is like a morgue, with few lights on. In the past four years the number of civil servants has been cut in half, their salaries have shrunk by a third and they now have to mop their own floors, they complain. The town has embarked on an 18-year austerity drive to repay its debts. The public library has already closed down. This autumn six primary schools merged into one.

Even so the townspeople look anything but defeated. A group of 80-year-olds chatting in one café is the backbone of the local photography club. Delighted to have an audience, they show off black-and-white pictures taken in the 1950s, with children swirling around the school playground on ice skates.

Like Yubari, Japan is heading into a demographic vortex. It is the fastest-ageing society on Earth and the first big country in history to have started shrinking rapidly from natural causes. Its median age (44) and life expectancy (83) are among the highest and its birth rate (1.4 per woman) is among the lowest anywhere. In the next 40 years its population, currently 127m, is expected to fall by 38m. By 2050 four out of ten Japanese will be over 65.

Like Yubari, Japan is also deeply in debt. But whereas Yubari’s fiscal problems arose from a huge public-spending splurge aimed at wooing back its young people (at one point it had an international film festival and 17 cinemas), Japan at the start of its journey into the demographic unknown already has one of the highest debt-to-GDP ratios in the world.

Japan is already full of Yubaris. Between 2000 and 2005 the number of people living in small towns and villages across Japan fell by 10m. Only shimmering cities like Tokyo continue to swell, but even they will start to look old within a few decades.

What matters most for Japan’s economic growth prospects is the decline in its working-age population, those aged 15-64, which has been shrinking since 1996.

For about 50 years after the second world war the combination of a fast-growing labour force and the rising productivity of its famously industrious workers created a growth miracle. Within two generations the number of people of working age increased by 37m and Japan went from ruins to the world’s second-largest economy.

Japon - Démographie

In the next 40 years that process will go into reverse (see chart 1). The working-age population will shrink so quickly that by 2050 it will be smaller than it was in 1950. Unless Japan’s productivity rises faster than its workforce declines, which seems unlikely, its economy will shrink. This year it was overtaken by China in size.

Japon - Démographie - 1

The impact will become even clearer in 2012 when the first members of the 1947-49 baby-boom generation hit 65. From then on, some believe, demography will seriously aggravate Japan’s other D-words—debt, deficits and deflation.

Unless the retirement age rises in lockstep with life expectancy, ageing will automatically push up pension costs, further straining public finances. Shigesato Takahashi, a senior government demographer, says it will “rock the foundations” of Japan’s social-security system. It may also entrench deflation. A shortage of workers might push up wage costs, but companies will be loth to invest in new factories.

This will make Japan a test case of how big countries across the world should handle ageing and population decline. Western Europe’s working-age population is already shrinking, though not as fast as Japan’s. East Asia, too, will watch Japan intently. Its industrial-growth model has closely resembled Japan’s in its post-war boom, rising on the same tide of an expanding workforce and export-led productivity gains.

Japan has been called the lead goose in that V-formation. For now, as Florian Coulmas, a population expert at Tokyo’s German Institute for Japanese Studies, puts it, Japan is “the oldest goose”. But South Korea’s and China’s working-age populations too will soon start to shrink.

One of the unfortunate side-effects of ageing in Japan is that it will be the young who suffer the most. Although unemployment levels may remain among the lowest in the rich world, many of the jobs will be lowly ones. The children of the baby-boomers are currently entering their 40s, which creates a secondary bulge at the middle-manager level of Japanese business. Because of a seniority-based pay system, this puts a huge strain on business costs, leaving less money to provide young people with training and good jobs.

It is sometimes said that Japan’s risk appetite mirrors that of its baby-boomers. In the prime of their working lives they wanted to conquer the world with their products. Now, in their 60s, they want a quieter life. The same seems to go for the country as a whole.

Yet to support them in their retirement, and provide the generations that follow them with the economic opportunities they need, Japan cannot afford to drift. When there is no ambulance to answer a pensioner’s anguished telephone call, as sometimes happens in Yubari, the consequences become all too clear. When couples find they cannot afford to care for a bedbound parent, let alone a young child, demography becomes a social disaster.

Sirens wailing

This special report will argue that Japan must tackle this issue head on. It needs a grand plan for an ageing population. “From a business standpoint, right now the threat [of ageing] overwhelms the opportunity,” says Yoshiaki Fujimori, head of GE in Japan. “Most people are aware of it, but they don’t know how to cope with it.” Boosting productivity to counter the effects of a shrinking workforce will require a cultural revolution, especially in business. Embracing the markets opening up in Asia will mean overcoming 150 years of mistrust of Asia (heartily reciprocated).

There are two reasons for guarded optimism, though. One is that, unlike a lot of rich countries, Japan has not forsaken its industrial heritage. It has a cohesive workforce and it can still come up with innovative products.

The other reason for hope is political. Japan made a huge bid for fresh thinking last year when it ended the one-party rule that had, in effect, been in place since 1955. The Democratic Party of Japan (DPJ) that won the 2009 election, now led by Naoto Kan, has bungled much of its first year in office, but its victory alone was a clear indication of voters’ growing impatience with politics as usual. Now the party will need to show that it can deliver.


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 23 février 2011 à 06 h 48

    thanks for this tips