Troisième facteur, la défiscalisation des entreprises

Comme je vous ai mentionné, la mondialisation est un sujet très délicat dans la sphère médiatique, surtout si elle a une tangente négative.

Plus de 40 % de mes lecteurs sont des étrangers du Canada, je vais expliquer le contexte.

·       Radio-Canada : Est  une société d'État de radio et de télé financée par le gouvernement canadien, environ 1.1 milliards par année.

·       Émission :  «Tout le monde en parle» diffuser à 20 h le dimanche, cote d’écoute plus de
1 million de personnes, un peu M. tout le monde l’écoute.

·       Le concept : Certaines personnalités sont invitées à parler de différents sujets, souvent on invite des gens qui vienne juste de publier un livre, il explique le contenu et le pourquoi du livre.

Donc pour préparer son émission on la préenregistre, on a donc invité  Mme Brigitte Alepin qui est diplômée d’Harvard qui vient juste de publier un livre «La Crise fiscale qui vient», l’enregistrement se fait aucun problème.

Voilà ! la situation se corse : l'entrevue va être complètement coupée au montage.

Voici quelques extraits du livre :  

Une «tempête parfaite

 

« C'est le début d'une longue vague qui risque de frapper plusieurs pays, dont le Canada », avertit la fiscaliste Brigitte Alepin dans son livre La Crise fiscale.

 

Une tempête parfaire

 

En ce début de XXIe siècle, le monde tremble sous une «tempête parfaite »: aux crises religieuses, politiques, financières et environnementales s'ajoutent maintenant des crises fiscales, comme il y en a une en Irlande, une en Grèce et, probablement, une aux États-Unis.

 

C'est le début d'une longue vague qui risque de frapper plusieurs pays, dont le Canada.

 

En moins de dix ans, les régimes d'imposition ont été attaques par la mondialisation et la défiscalisation des entreprises, par la popularité grandissante des paradis fiscaux et du commerce électronique, et par la multiplication des fondations de charité.

 

Chacun de ces facteurs suffirait à lui seul a ébranler les régimes d'imposition. Réunis, ils les poussent à la faillite.

 

Vers une défiscalisation ?

 

En moyenne, les pays de l'OCDE ont réduit leur taux d'impôt sur les sociétés de 40 % ces vingt dernières années. Durant la dernière décennie, la concurrence fiscale s'est en­core intensifiée sous l'influence de la mobilité croissante des multinationales.

 

Ainsi, entre 2000 et 2007,24 des 30 pays de l'OCDE ont abaisse les taux de l'impôt sur les sociétés, mais aucun ne les a relevés. En conséquence, les taux moyens d'imposition des sociétés dans l’ensemble des pays de l'OCDE sont passés de 33,6 % en 2000 à 27,6 % en 2007.

 

Au Canada, ces taux ont chuté de 50 % depuis l'an 2000 (de 29,9 % en 2000 a un taux de 15 % prévu pour 2012). C'est la plus importante réduction d'impôt de l'histoire du Canada et la plus importante de tous les pays de l'OCDE. Si la défiscalisation des sociétés maintient son rythme actuel et que les pays continuent d'agir chacun pour soi dans cette compétition mondiale, il n'y a aucune raison de croire que cette « course vers le fond »(race to the bottom, dixit plusieurs grandes organisa­tions dont l'ONU) n'aboutira pas à une défiscalisation totale des grandes entreprises d'ici quelques décennies.

 

La mondialisation

 

Une autre lacune des idéologies prônant la mondialisation, c'est leur grande difficulté a arrimer les régimes d'imposition a cette nouvelle réalité économique. Dans un monde fi­bre d'entraves économiques, les multinationales peuvent magasiner leur régime d'imposition et choisir le pays qui leur offre les taux d'imposition les plus avantageux.

 

Au fil des ans, cette dynamique a plongé les pays dans une concurrence féroce et a engendré une chute dramatique des taux d'imposi­tion applicables aux multinationales.

 

C’est la classe moyenne qui va écoper !

 

« Si on met tout ça ensemble, ça fait un manque à gagner qui est énorme. Si on enlevait 10 à 15 % de revenus à une multinationale qui a un chiffre d’affaires de 260 milliards $, comme le Canada, elle ferait face à un énorme problème. C’est la même chose pour les États. Je pense que si on ne fait pas quelque chose, on s’en va vers un scénario de crise », prévient Mme Alepin.

 

Cette crise, c’est la classe moyenne – celle des contribuables particuliers – qui la subira.

 

Car les gouvernements, dit-elle, ont les mains liées et sont incapables d’aller chercher ces milliards de dollars.

 

« Puisqu’on ne peut pas aller le chercher ce manque à gagner, les gouvernements sont pognés. Qui va payer ? Où va-t-on aller le chercher ? Pas chez les pauvres, ils ne paient pas d’impôts. Finalement c’est la classe moyenne qui va écoper, encore et plus que jamais », prédit-elle.

La crise fiscale qui vient

Donc, elle vient juste de dire à plus de 1 millions de téléspectateurs qui a toute les difficultés à rejoindre les deux bouts, qui vont encore se faire plus taxer, car les multinationales qui génèrent actuellement des trillions de profits à cause de la mondialisation font en plus du chantage fiscal aux pays pour payer moins d’impôts.

Vous pouvez constater dans quel remous médiatique que cette émission aurait pu créer, d’autant plus que durant cette même période le Ministre Harper tente de réduire les impôts des sociétés à 15 %, tandis que les partis d’opposition s’y opposent.

En fait, elle vient juste de dire au peuple qu’il est en train de se faire arnaquer par les multinationales à cause de la mondialisation.

Voici l’explication de Guy A. Lepage, pour laquelle on a retiré l’entrevue.


Extrait de : Pas assez «pertinent» pour Guy A. Lepage et la SRC, Mathieu Turbide, Journal de Montréal, 12/02/2011

Brigitte Alepin dénonce les riches qui ne paient pas d'impôt et la classe moyenne qui en souffre, mais aux yeux de Tout le monde en parle et de Guy A. Lepage, ce n'est pas «pertinent». Vous n'entendrez pas un mot de l'entrevue qu'elle a donnée, jeudi, à Tout le monde en parle.

«On nous a dit que ce n'était pas pertinent et que l'entrevue serait complètement coupée au montage», a indiqué la fiscaliste de réputation internationale.

Déçue, Brigitte Alepin avoue qu'elle ne comprend pas cette décision. «J'étais convaincue que c'était ma meilleure entrevue à vie», dit-elle.

«Louise Portal, qui était là, a dit que j'étais comme un ange qui venait porter un message important aux Québécois», raconte Mme ALepin, encore un peu ébranlée par la décision de l'émission-phare de Radio-Canada.

«Je suis vraiment surprise, a réagi Louise Portal. C'est très décevant pour elle. C'est une femme tellement intéressante et très articulée. J'ai trouvé ça très intéressant. La fiscalité, c'est un sujet difficile et pourtant, elle l'a très bien expliqué, en tout cas à mes oreilles à moi.»

«Exceptionnel»

Le producteur délégué de Tout le monde en parle, Guillaume L'Espérance, a admis que c'était une décision «exceptionnelle».

«On a jugé que c'était mieux pour l'émission de couper cette entrevue. Je n'en dirais pas plus", a expliqué sèchement le producteur de l'émission, Guillaume L'Espérance. Lorsqu'on lui a demandé de s'expliquer davantage, il a ajouté qu'«il n'y a pas de scandale, mais que ce n'était pas à la hauteur».

M. L'Espérance a nié avoir subi des pressions pour retirer l'entrevue de Brigitte Alepin, dont le livre est édité par VLB, une maison d'édition du Groupe Ville-Marie, propriété de Quebecor. «Nous n'avons subi aucune pression, d'aucune façon. C'est notre décision.»

L'animateur Guy A. Lepage, qui se vante souvent d'être respectueux et honnête dans le montage de son émission, a tenu à préciser sur le réseau Twitter que c'était sa décision. «Ça arrive parfois», a-t-il annoncé, hier après-midi, avant d'expliquer froidement par la suite :

«La raison : sujet pointu mal maîtrisé sur la crise fiscale. Ce genre de sujet, ça passe ou ça casse. Désolé Mme Alepin».

Mal maîtrisé?

La diplômée de Harvard est l'une des deux seules personnes au monde à avoir développé le sujet de la crise fiscale et de la défiscalisation des entreprises.

Elle n'apprécie pas se faire dire qu'elle «maîtrise mal» son sujet.

«Ça fait sept ans que j'étudie ce sujet. J'ai été acceptée à Harvard sous la condition de développer le thème de la défiscalisation des entreprises», fait-elle remarquer..

Ce que Guy A. Lepage n’ose pas dire, c’est qu’il vient juste de tomber sur un sujet tabou, en fait un sujet extrêmement délicat !

Imaginer, s’il avait diffusé cette entrevue et actuellement M. le ministre Harper tente de faire avaler à la population une baisse d’impôt pour les entreprises.

 Et au même moment  Mme Alepin  annonce à des millions de téléspectateurs que les multinationales font du chantage fiscal, je pense qu’il aurait eu
un téléphone du premier ministre en Fou furieuxDiable

 N’oubliez pas que Radio-Canada est une société d’État.

Pendant que Guy A. Lepage la coupe au montage, Brigitte Alepin a été sollicitée pour des entrevues par le magazine français Le Nouvel Observateur, de même que par le magazine Alternatives économiques, l'une des revues économiques francophones les plus en vue.

D'ailleurs, le sujet abordé par Mme Alepin est brûlant d'actualité. Hier, alors que Le Journal de Montréal publiait des extraits exclusifs du livre de Brigitte Alepin, notamment au sujet des crédits d'impôt accordés aux fondations privées, La Presse publiait une pleine page de publicité demandant au gouvernement fédéral d'accorder de nouvelles exonérations fiscales aux sociétés fermées qui font des dons aux fondations et aux organismes de charité.

La lettre est notamment signée par Hélène Desmarais, épouse de Paul Jr, co-chef de la direction de Power Corporation, et par John Rae, vice-président de Power Corporation, propriétaire de La Presse.

* C'est la troisième fois en sept ans que Tout le monde en parle décide d'éliminer totalement un invité. La première fois, le chanteur Pierre Lapointe, alors peu connu, avait été coupé. Puis, en 2005, l'ex-enquêteur Guy Ouellette - aujourd'hui député libéral - avait subi le même sort. On avait jugé que son «entrevue n'avait pas levé».


Pauvre Mme Alepin, le sujet est loin d’être facile à passer dans les médias traditionnels, il y a beaucoup de gens très riches dans le monde qui profitent de cette mondialisation sauvage.

Avec leurs paniers de trillions de profits, ils ne veulent certainement pas le perdre, même si ça détruit les pays industriels, par contre, vous avez tout à fait raison !

Vous savez, on peut très bien reprendre son texte sur la mondialisation et remplacer le terme impôt par masse salariale ou salaire, et ça fonctionne très bien.

La mondialisation

 

Une autre lacune des idéologies prônant la mondialisation, c'est leur grande difficulté a arrimer les salaires a cette nouvelle réalité économique. Dans un monde libre d'entraves économiques, les multinationales peuvent magasiner leur masse salariale et choisir le pays qui leur offre les plus bas salaires.

 

Au fil des ans, cette dynamique a plongé les pays dans une concurrence féroce et a engendré une chute dramatique des salaires applicables aux multinationales.

Bon ! pour tous ceux qui font des doctorats et des maîtrises sur la mondialisation, ajouter dans votre panier de services :

Les multinationales à cause de la mondialisation :
font du chantage fiscale aux pays pour payer moins d’impôts.

Je vais citer M. Jarislowsky qui est un milliardaire en passant:

À moins de vouloir perdre notre niveau de vie, nous devons agir afin de neutraliser l'effet du déséquilibre salarial, en passant du libre-échange au libre-échange équitable.

 

Selon moi, il s'agit de la seule façon d'éviter d'autres années de recul pour l'Occident.

Il a tout à fait raison, si on ne corrige pas la situation devant un déséquilibre flagrant entre les pays émergents et les pays industriels, les pays modernes risquent d'être sur une décente continuelle vers l'appauvrissement.


Je vous invite à lire ce carnet supplémentaire: Free Trade distort corporate tax