Trop élevé, le salaire minimum ?

Extrait de : Trop élevé, le salaire minimum ?, Yvon Laprade, Rue Frontenac, 10 février 2011

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) ne se fera pas d’alliés auprès des travailleurs qui sont au salaire minimum. Dans un rapport intitulé « Le salaire minimum : l'autre perspective », l’organisme patronal désapprouve les augmentations du salaire minimum et soutient que chaque hausse de 10 % « coûte jusqu'à 321 300 emplois » à travers le pays.

La FCEI tente de faire valoir, en s’inspirant des conclusions du rapport, que les hausses décrétées par les gouvernements provinciaux, dont le Québec, obligent les propriétaires de PME à « réduire les heures de travail et de formation, voire à supprimer des emplois ».

La Fédération affirme en outre que cette mesure constitue un frein à la croissance de l’économie.

« Au moment où l'économie est en mode de reprise graduelle, la dernière chose que les gouvernements devraient envisager est une politique qui entrave davantage la création d'emplois », soutient la vice-présidente de la FCEI, Martine Hébert.

9,65 $ au Québec

Au Québec, le taux du salaire minimum augmentera de 15 cents pour se situer à 9,65 $ à compter du 1er mai 2011, comme l’a annoncé en décembre 2010 la ministre du Travail, Lise Thériault. Le taux du salaire minimum payable aux salariés payés à pourboire grimpera de 10 cents pour atteindre 8,35 $.

Rappelons que depuis 2003, le salaire minimum au Québec a été majoré de 2,35 $. Il se situait à 7,30 $ il y a huit ans. Un peu moins de 300 000 travailleurs, dont 185 000 femmes, bénéficient de cette mesure sociale.

Les restaurateurs et propriétaires de commerce de détail ne s’opposent pas aux récentes augmentations.

Gaston Lafleur, président du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), a déjà déclaré que la décision du gouvernement de relever le salaire minimum est « responsable et conforme au contexte socio-économique à l'intérieur duquel le Québec évolue actuellement ».

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ), affirme de son côté que ces majorations reflètent « la capacité de payer des petites et moyennes entreprises québécoises ».

Réduire la pauvreté

Martine Hébert, vice-présidente de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. 

Or, selon la FCEI, la décision des gouvernements de relever le taux du salaire minimum serait « loin d'aider le gouvernement à atteindre son objectif visant à réduire la pauvreté ».

« L’augmentation du salaire minimum alourdit sensiblement les coûts salariaux imposés aux petites entreprises, ce qui ne leur laisse aucun autre choix que de diminuer leurs effectifs », dit la Fédération.

Elle propose des solutions de rechange pour ne pas compromettre « la capacité des PME à créer des emplois ».

« Il est temps que les gouvernements provinciaux soient tenus responsables de l'inefficacité de leurs politiques relatives au salaire minimum », insiste la vice-présidente de la FCEI, Martine Hébert.

Le rapport propose aux gouvernements de « privilégier des mesures plus pratiques et efficaces, telles que l'allégement fiscal et des initiatives de formation », pour aider les employés à faible revenu.

« Les PME tiennent à s'assurer que leurs employés peuvent garder une plus grande portion de leur revenu et parfaire leurs compétences afin d'assumer des fonctions mieux rémunérées », conclut la FCEI.

À titre de comparaison, le salaire minimum est de 8 $ l’heure en Colombie-Britannique et de 11 $ l'heure au Nunavut.


Salaire minimum : l’autre perspective 

FCEI Salaire minimumSommaire

Le présent rapport tente d’évaluer le nombre d’emplois au Canada touchés par les hausses du salaire minimum. La FCEI estime qu’une hausse de 10 % du salaire minimum dans toutes les provinces coûte entre 92 300 et 321 300 emplois. Ces pertes d’emplois peuvent prendre la forme de gels de l’embauche, d’une croissance de l’emploi au ralenti ou de mises à pied pendant les ralentissements économiques. Elles touchent bien entendu les travailleurs au salaire minimum, mais également les travailleurs qui gagnent plus.

Estimation de la perte totale d’emplois pour une hausse du salaire minimum de 10 %dans toutes les provinces

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Les hausses du salaire minimum peuvent se traduire par une augmentation considérable des coûts salariaux d’une petite entreprise, étant donné que les employeurs se sentent alors souvent obligés de hausser le salaire de tous les employés.

Ils doivent également faire face à des charges sociales plus élevées, notamment les cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC)/Régime de rentes du Québec (RRQ), à l’Assurance-emploi (AE) ou au Régime d’assurance parentale du Québec (RAPQ) et à l’indemnisation des accidents du travail.

Pour les travailleurs au salaire minimum, les retenues fédérales et provinciales réduisent la valeur de toute hausse salariale. Dans l’ensemble, les hausses du salaire minimum ne contribuent guère à réduire la pauvreté, car la plupart des travailleurs au salaire minimum sont jeunes et vivent avec des membres de leur famille dans un ménage autre qu’à faible revenu.

Les propriétaires de PME souhaitent que le gouvernement explore des moyens plus efficaces d’aider les travailleurs à faible revenu, par exemple des allègements fiscaux et un accès accru à l’éducation et à la formation. Ils souhaitent également que les gouvernements provinciaux soient tenus responsables des effets néfastes de leurs politiques en matière de salaire minimum.


Profil du salaire minimum

En 2010, le salaire minimum au Canada s’échelonnait entre 8,00 $ l’heure en Colombie-Britannique et 10,25 $ l’heure en Ontario.

Taux de salaire minimum selon la province, 2010

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Portrait d’ensemble des travailleurs au salaire minimum au Canada

En 2009, il y avait 817 000 travailleurs au salaire minimum au Canada, soit environ 5,8 % de la main d’œuvre totale du pays. C’est à Terre-Neuve-et-Labrador que la proportion de travailleurs au salaire minimum est la plus élevée, soit 9,3 % de la main-d’oeuvre totale; le plus faible pourcentage est enregistré en Alberta, soit 1,3 %.

Travailleurs au salaire minimum, selon la province (% de la main-d’œuvre totale)

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Selon le groupe d’âge (% du total des travailleurs au salaire minimum)

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Selon le niveau de scolarité (% du total des travailleurs au salaire minimum)

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Selon le type d’emploi (% du total des travailleurs au salaire minimum)

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Les travailleurs au salaire minimum sont plus susceptibles de travailler dans le secteur des services (ils représentent 22,5 % du total de la main-d’oeuvre dans le secteur des services d’hébergement et de restauration)

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En outre, la majorité des travailleurs au salaire minimum :

Ø  n’appartiennent pas à des ménages pauvres;

Ø  vivent avec leurs parents ou avec d’autres membres de la famille;

Ø  quittent leur emploi dans la première année (47 %);

Ø  ne sont pas le principal soutien de famille.

Revue de la littérature

La majorité des études antérieures (Formby et coll., 2010; Mascella et coll., 2009; Sabia, 2008; Burkhauser et Sabia, 2007; Leigh, 2007; Neumark et coll., 2006; Gunderson et Ziliak, 2004; Neumark et Wascher, 2002; Vedder et Gallaway, 2001; Burkhauser et coll., 1996; Card et Krueger, 1995) démontrent que les hausses du salaire minimum ne réduisent pas la pauvreté, étant donné que la plupart des travailleurs qui en bénéficient ne vivent pas dans des ménages pauvres.

En outre, une proportion importante des travailleurs à faible salaire gagnent déjà plus que le salaire minimum.

D’autres études, par exemple Neumark et coll. (2005), montrent que lorsque le salaire minimum augmente, les retombées négatives sur l’emploi (pertes d’emplois et réduction du nombre d’heures de travail) sont plus grandes que les effets positifs sur la rémunération.

Les données montrent que les emplois au salaire minimum sont de courte durée pour la plupart des travailleurs. La politique en matière de salaire minimum est donc un instrument peu efficace pour aider les travailleurs à faible revenu.

Cependant, plus un travailleur conserve un emploi peu rémunéré longtemps et plus la probabilité qu’il le quitte est mince (Theodos et Bednarzik 2006).

Pour le petit nombre de travailleurs à faible revenu plus âgés qui occupent des postes peu rémunérés de façon permanente, les programmes de formation et d’éducation peuvent faciliter davantage la transition vers des postes mieux rémunérés.

Incidence des coûts salariaux sur les employés

Retenues d’impôt provincial sur le revenu, 2010 (% du revenu brut du travailleur au salaire minimum)

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Il se peut que les retenues salariales en pourcentage du revenu brut augmentent pour les travailleurs à faible revenu après une hausse du salaire minimum. Rien ne garantit que ceux-ci tireraient un avantage important d’une hausse du salaire minimum.

Autres méthodes explorées pour stimuler les salaires des travailleurs à faible revenu

L’accroissement du salaire minimum pour aider les travailleurs à faible revenu n’est que l’un des outils à la disposition des autorités politiques. Il existe de nombreuses autres stratégies pour répondre aux besoins de ces travailleurs, par exemple des allègements fiscaux ciblés (l’accroissement des exemptions personnelles de base et pour conjoint) et le perfectionnement des compétences par des occasions d’éducation et de formation.

Exemptions personnelles de base en 2010, selon la province ($)

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Encourager et récompenser la formation en cours d’emploi

La véritable question consiste à se demander comment on peut aider les travailleurs à dépasser le stade de l’emploi au bas de l’échelle. La grande majorité des emplois au salaire minimum requièrent peu de compétences et ne sont pas conservés longtemps. Un grand nombre d’entreprises cherchent à recruter des travailleurs possédant des compétences moyennes ou élevées pour combler des postes qui exigent habituellement une formation d’apprenti ou en cours d’emploi.

Idée 1 : crédit de formation de l’AE pour les PME – L’OCDE considère que la formation informelle en cours d’emploi est le moyen le plus efficace de stimuler la croissance de l’emploi (OCDE, 1998).

Idée 2 : crédit d’impôt provincial pour la formation fondé sur les cotisations sociales provinciales ou les déclarations au titre de l’indemnisation des accidents du travail.

Idée 3 : crédit d’impôt pour la formation payable aux employés lié à l’atteinte d’objectifs de formation – Cette formule favoriserait la création pour les employés de programmes de formation ciblés à court terme dont les employeurs définiraient quelques objectifs précis.

Conclusion

Les propriétaires de petite entreprise cherchent à offrir des salaires concurrentiels qui aideront leur entreprise à attirer et à retenir des employés compétents. Bien que l’amélioration du niveau de vie des travailleurs à faible revenu et de leur famille soit un objectif louable, un large éventail d’études montrent clairement que les hausses du salaire minimum ne contribuent pas à réduire la pauvreté.

Malgré tout, de nombreux gouvernements continuent à mettre en oeuvre des hausses importantes du salaire minimum sous prétexte de combattre la pauvreté, une stratégie qui nuit aux travailleurs à faible revenu et empêche un grand nombre d’employeurs de retenir leur personnel. Parallèlement, les gouvernements soutirent davantage d’impôts des travailleurs à faible revenu et des petites entreprises. Il est donc temps de recadrer le débat.


Lectures complémentaires :

19/08/10

Bulletin de la prospérité du Québec (2), coût de la main-d’œuvre, en effet, un salaire minimum trop élevé a pour effet de réduire la demande pour les emplois faiblement qualifiés ou de pousser une partie de ces emplois vers le travail au noir. Selon l’économiste Pierre Fortin, une augmentation de 1 point de pourcentage du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen, entraînerait une perte d’environ 8 000 emplois au Québec avec des effets plus néfastes lorsque le salaire minimum augmente au-delà de 48 % du revenu moyen. À l’échelle canadienne, le Québec s’est donné le salaire minimum le plus élevé relativement au salaire médian provincial, ce qui le situe au quatrième rang parmi les quatre provinces de référence, note D.

17/12/09

Le subtil dosage du salaire minimum, Aussi regrettable que cela puisse paraître, le salaire minimum réduit le nombre d’emplois disponibles, cause du chômage et nuit aux travailleurs les moins qualifiés!

Dans les faits, ce n’est pas parce que les salaires sont faibles que les gens sont pauvres, c’est parce qu’ils sont peu qualifiés. La seule véritable solution à l’amélioration du niveau de vie passe par l’instruction et l’expérience.

Economists have long studied the effect of increases on the minimum
wage on poverty. These studies are nearly unanimous in their finding
that raising the wage floor has no effect on poverty rates.