Vers un choc économique

Commentaires à l’intérieur.


Extrait de : Vers un choc économique, Claude Picher, La Presse, 26 février 2011

 «Vers un choc à la pompe.» Telle était la manchette de La Presse de mercredi, alors que les prix pétroliers s'envolaient, dans la foulée des événements qui bouleversent le monde arabe.

Ce titre n'est aucunement exagéré: les automobilistes québécois doivent s'attendre à de mauvaises nouvelles au cours des prochains jours, et très probablement tout au long de 2011.

Mais, derrière les déboires des automobilistes se dessine une tragédie autrement plus grave. C'est toute l'économie québécoise qui subira le choc des prix pétroliers, ce qui risque de se traduire au bout du compte par un nouvel appauvrissement collectif. C'est bien la dernière chose dont on a besoin!

Le Québec est lourdement dépendant de ses importations pétrolières. En fait, le pétrole brut est, de loin, le principal produit d'importation. En 2010, selon des chiffres que vient de publier l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), les importations québécoises de pétrole ont atteint 11,1 milliards de dollars, en hausse de 22% par rapport aux 9,1 milliards observés en 2009. Le deuxième produit d'importation est l'automobile, avec 7,2 milliards.

L'ensemble des importations québécoises frise les 76 milliards. Autrement dit, la dépendance des Québécois envers leurs voitures représente à elle seule 24% de leurs importations, ce qui n'est quand même pas rien.

Dans ces conditions, on comprend que la hausse des prix pétroliers est la principale cause de la détérioration rapide de la balance commerciale. Historiquement, le Québec a toujours dégagé d'importants surplus dans ses échanges internationaux.

Pour la première fois de son histoire, en 2004, il a dégagé un déficit de 600 millions. Puis, ce fut la dégringolade: déficit de 6 milliards en 2005, le double deux ans plus tard, près de 17 milliards en 2008. La situation s'est quelque peu améliorée en 2009, avec un déficit de 12 milliards. Il faut dire qu'en 2008, le prix du baril de pétrole a grimpé jusqu'à 145$US, alors qu'en 2009, il s'est maintenu entre 40$US et 80$US. Ces quelques chiffres montrent à quel point la balance commerciale est liée aux prix pétroliers.

En 2010, les exportations frisent les 59,2 milliards, en légère hausse de 2% par rapport aux résultats de 2009. Cette progression est largement insuffisante pour compenser la hausse de 8% des importations. Il en résulte un déficit de 16,4 milliards. C'est légèrement inférieur au record de 2008, mais attendons voir, avec la flambée des prix, ce qui s'en vient en 2011.

L'abrupte dégradation de la balance commerciale a des conséquences graves.

Le poids du Québec comme puissance exportatrice est en constante érosion. En 2009, le Québec représentait 16,1% des exportations internationales du Canada; l'an dernier, cette proportion est tombée à 14,8%. Quand on sait que le Québec compte pour près de 22% de la population canadienne, il apparaît de plus en plus saugrenu de parler de «puissance exportatrice»!

Comment tuer l’économie Québécoise, relativement simple

Créé un environnement d’affaire qui est inférieure aux provinces ou États avoisinantes, ce que le Québec a très bien réussis depuis des décennies (59 e position).

Attire de moins en moins les compagnies à valeur ajoutée.

Alors que ces investissements ont augmenté de 30 % de 2004 à 2007, ils ont diminué de 42,1 % de 2007 à 2009.

La crise économique a brisé la tendance qui s’était installée en diminuant fortement l’attraction d’investissements étrangers.

De plus

Beaucoup plus grave sera l'impact des prix pétroliers sur le niveau de vie des Québécois. Le calcul du produit intérieur brut (PIB) tient compte du commerce international. Chaque dollar de produit exporté contribue à créer de la richesse au Québec; à l'inverse, chaque dollar de produit importé équivaut à utiliser l'argent des Québécois pour créer de la richesse ailleurs. Un déficit commercial de 16,4 milliards, cela représente dans les comptes nationaux 16,4 milliards de moins au PIB. C'est déjà énorme (5% du PIB), mais cette proportion est certainement appelée à prendre de l'importance à mesure qu'augmenteront les prix pétroliers. Tout

cela est de bien mauvais augure.

Terminons sur une note plus optimiste.

Une chance, une chance qu'il y a les États-Unis!

Malgré les pénibles difficultés économiques au sud de la frontière, malgré le chômage élevé et les millions de propriétaires qui perdent leur maison, les États-Unis demeurent, très très loin devant tous les autres, le premier client du Québec. L'an dernier, à eux seuls, les Américains ont acheté pour plus de 40 milliards de produits québécois, exactement le même montant que l'année d'avant. Ce chiffre représente 68% de toutes les exportations québécoises. C'est considérable. Comme les exportations américaines au Québec se situent à 22 milliards, il en résulte un surplus de 18 milliards.

Oui, mais attention, les États-Unis sont aussi dans un sérieux pétrin, pour chaque dollar qu’il a produit, il s’est endetté de 3 $,  lui aussi, il est au bout du rouleau.

Ajouter le mode protectionniste américain, plus la valeur de notre dollar, plus la mondialisation, on risque bientôt d’exporter que de la matière première.

Oui, mais il nous reste des avions !

Exacte,  mais  il faudrait savoir combien de contenus réellement  Canadien que nous avons, ou ce n’est qu’un simple «packaging canadien».

En fait, nous exportons de la matière première aux autres
pour qu’ils produisent des biens dont l’on a besoin.

Sans ce surplus, le commerce international du Québec serait dans une situation désespérée. Avec pratiquement tous ses autres partenaires, il accumule les déficits: 5,7 milliards avec la Chine, 3,4 milliards avec l'Algérie, 3,2 milliards avec le Royaume-Uni, 2,1 milliards avec le Mexique et le Kazakhstan. À l'exception de la Chine, tous sont des fournisseurs de pétrole. Ça promet pour 2011.