Beaucoup de R-D au Québec, commercialisation déficiente

Les entreprises québécoises sont celles qui font le plus de R-D au Canada, selon Statistique Canada. De 2000 à 2007, leurs dépenses en R-D en pourcentage du PIB ont été systématiquement supérieures à celles des sociétés des autres provinces. Les avantages fiscaux généreux au Québec expliquent en partie cette situation.

L'aide à la commercialisation

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Mario Girard, président de la Fondation de l'entrepreneurship, traite de  l'aide  à la commercialisation en compagnie d'Isabelle Bettez, pdg de 8D Technologies.

Le hic, c'est que les entreprises québécoises éprouvent souvent des difficultés à commercialiser leurs innovations, selon Claude Demers, président de l'Association de la recherche industrielle du Québec. "

Par exemple, aux États-Unis, c'est difficile de vendre aux filières industrielles dans les secteurs militaires et de la sécurité civile ", dit-il.

Autre problème lié à la commercialisation : l'insuffisance " d'intelligence économique ".

Trop d'entreprises fabriquent encore des produits sans savoir vraiment qui les achètera à l'étranger (pays, secteurs, entreprises), et surtout à quelles conditions (prix, caractéristiques des produits).

Pourquoi on investit plus en R/D qu’en commercialisation, ça fait gagner plus de votes.

Investir 1 million en R/D ça fait travailler facilement au moins 15 individus, ingénieurs, consultants, professeur est …, on fait travailler les gens en région, les chercheurs,
les consultants.

Investir 1 million en commercialisation, peut-être 4 personnes qui se promènent dans les foires mondiales pendant un an.

Combien de milliards qui ont été investis en R/D où les produits sont restés sur les tablettes sans avoir le financement nécessaire pour la commercialisation,
une grande partie j’en suis sûr.

Typique d’un politicien qui ne connaisse rien en affaire, mais utilise l’argent des contribuables pour mousser leurs votes.

Nous sommes la province qui donne plus de recherche et développement au Canada et pourtant nous sommes la province la plus pauvre, peut-être il faudrait changer de modèle et pensez moins au vote potentiel.

Un produit n’a aucune valeur marchande, s’il n’est pas commercialisé.


Dépenses en R&D

5.3.1 Pertinence

Québec - Recherche et Développement

Les dépenses en recherche et développement (R&D) constituent un indicateur de l’effort qui est déployé en vue d’innover et de prospérer. Lorsque plus de ressources sont consacrées à la R&D, il existe plus de chances de faire des percées technologiques et de faire bénéficier toute l’économie de leurs retombées.

5.3.2 Comparaison

Québec = A (indicateur 17)

Le Québec dépensait 2,6 % de son PIB en R&D en 2007 (dépenses intra-muros en R&D (DIRD)) ce qui le classait au premier niveau au Canada et en septième position sur les 33 provinces et pays comparés.

Brevets d’invention

5.4.1 Pertinence

Québec - Brevet d'invention

Même si les brevets ne rendent pas compte de toute l’activité d’innovation, ils demeurent l’un des rares indicateurs mesurables et comparables. Selon l’Institut de la statistique du Québec :

« Compte tenu de leurs liens évidents avec l’activité inventive, les brevets sont utilisés depuis fort longtemps par les économistes comme indicateurs du développement technologique. […]

Les entreprises brevetteraient en effet une large proportion de leurs inventions, et il semblerait également qu’une bonne part des inventions brevetées poursuivraient effectivement le cycle de l’innovation jusqu’à devenir des produits ou des procédés réellement utilisés. »14

Le nombre de brevets obtenus dans un État reste cependant une mesure partielle de l’activité inventive et de l’innovation qui s’y déploient :

« Lorsque la recherche appliquée est réalisée par les entreprises, ou pour le compte de cellesci, la diffusion des résultats en est plus restreinte. Les entreprises ne souhaitent pas d’habitude divulguer et partager des résultats susceptibles de leur apporter un avantage compétitif significatif en regard de leurs concurrents dans leurs marchés. Le secret industriel constitue la stratégie majoritaire; la prise de brevets est largement minoritaire sauf dans les domaines pharmaceutiques et biotechnologiques. »15

Enfin, le rapport entre le nombre d’inventions brevetées et les dépenses en recherche et développement constitue un indicateur de l’efficience de ces dépenses en matière de brevets obtenus.

5.4.2 Comparaison

Québec = C (indicateur 18)

Comme on l’a vu, le Québec dépensait 2,6 % de son PIB en R&D en 2007 comparativement à 2,3 % pour l’Ontario et 1,9 % pour le Canada. Malgré cet effort important, la capacité du Québec d’obtenir des brevets d’invention auprès du United States Patent and Trademark Office (USPTO), relativement à ses dépenses, était inférieure à celle de l’Ontario et à celle du Canada dans son ensemble.

Environnement d’affaires

Québec - Environnement d'Affaire

    Source : Bulletin de la prospérité du Québec 2010, Conseil du patronat du Québec, Août 2010


Voici un exemple d'une étude française, sur la notion du capital de risque

Monsieur Le Ministre,

Le chapitre des CCEF de Nouvelle Angleterre, récemment constitué, a examiné, à la demande de la Mission Economique de Boston et avec l’aide de l’Attaché scientifique auprès du Consulat général de France, le Plan Innovation soumis à consultation nationale, à la lumière de notre expérience de la création d’entreprises innovantes tant en France qu’aux Etats-Unis. Dans la perspective de votre venue à Boston le mois prochain, nous avons jugé utile de vous soumettre les observations et les suggestions concrètes suivantes :

L’innovation doit être appréhendée dans l’intégralité de son cycle économique et les mesures d’aide à l’innovation correspondre à chacune de ses étapes successives. L’innovation n’est en effet pas une fin en soi d’un point de vue économique, mais un vecteur de croissance. Il est bien établi qu’en France, le problème est moins celui de l’innovation que celui de sa valorisation.

La créativité et la volonté d’entreprendre des Français ne sont pas en cause mais trop peu d’innovations aboutissent à un succès commercial au niveau européen ou mondial, à la création d’emplois dans notre pays et de revenus à l’exportation.

Pour quelles raisons et comment remédier à cette situation ?

1)      La nécessité d’une gestion appropriée du risque inhérent à l’innovation :

La création d’une entreprise innovante se heurte à deux obstacles principaux : l’absence de trésorerie à court terme et l’absence de « parachute » financier en cas de difficultés de l’entreprise. Elle se heurte aussi à l’insuffisance des incitations financières accordées aux collaborateurs de l’entreprise autres que les fondateurs.

- 1ère suggestion : Le statut de « Jeune Entreprise Innovante » proposé par le Plan Innovation pourrait intégrer un « Contrat Emploi Jeune Société Innovante » qui permettrait l’adaptation de l’application des lois du travail à la structure précaire de ces sociétés, à leur exigence de flexibilité et à l’absence de masse critique.

En contrepartie, la faillite d’une entreprise innovante ne devrait pas pénaliser ses employés, qui ont courageusement pris le risque de la précarité, au regard du régime d’indemnisation du chômage (en préservant, par exemple, les droits qu’ils ont acquis dans l’emploi qu’ils occupaient antérieurement).

- 2ème suggestion : Afin de dynamiser le financement des jeunes entreprises innovantes en phase de démarrage, nous suggérons l’abondement par l’Etat de fonds privés d’amorçage, agréés par un organisme d’Etat mais gérés par des professionnels du capital risque (et qu’il n’est pas nécessaire en revanche d’adosser à de grands établissements financiers). L’exemple du programme SBIC (Small Business Investment Companies), gérées par des opérateurs privés détenteurs d’une licence accordée par la Small Business Administration (SBA) aux Etats-Unis pourrait être adapté et appliqué au financement des jeunes sociétés innovantes.

Les SBIC investissent dans de petites sociétés innovantes en obligations garanties par l’Etat ou autres titres participatifs avec un fort effet de levier puisque, pour un coût annuel de 135 M $ pour le budget de l’Etat fédéral, ce mode d’intervention génère 4,5 Mds $ par an de dotations en capital.

- 3ème suggestion : Pour bénéficier du statut de « Jeune entreprise innovante » une société devrait être systématiquement astreinte à distribuer une partie de son capital à ses employés (et non pas seulement aux cadres dirigeants) afin de motiver des candidats de valeur dont le profil complète celui des fondateurs tant  que l’entreprise n’a pas les moyens financiers de les rémunérer au prix du marché. Une telle participation au capital de l’entreprise (sous forme de bons de souscription par exemple) associerait étroitement les salariés à son succès en contrepartie du risque et de l’investissement personnel en temps de travail consenti.

2)      Surmonter les difficultés du passage à la commercialisation et à l’internationalisation :

Nombre de sociétés innovantes échouent par manque de moyens et d’expérience lors de l’introduction de leursproduits sur le marché. De plus, pour la plupart d’entre elles, le marché français est trop étroit pour assurer une croissance soutenue et l’autofinancement des dépenses de R & D, conditions préalables à l’accession de l’entreprise au rang de leader européen ou mondial. A ce stade, l’entreprise innovante doit être en mesure d’assumer les coûts afférents à la commercialisation de ses produits. Celle-ci requiert par ailleurs des compétences commerciales et de management autres que celles scientifiques et techniques requises par l’innovation proprement dite.

- 4ème suggestion : Afin d’allouer à la commercialisation les ressources nécessaires, nous suggérons la création de Fonds communs de placement à la commercialisation de produits innovants (FCPC) identiques aux FCPI, mais dont la vocation serait d’investir dans des entreprises innovantes parvenues à la phase d’exploitation commerciale. Ces fonds permettraient entre autres le recrutement d’une équipe commerciale et marketing expérimentée.

- 5ème suggestion : Favoriser la création à l’étranger d’incubateurs export spécialisés dans le démarrage et le développement de la distribution de produits français à l’étranger et recenser les quelques rares incubateurs existant déjà.

- 6ème suggestion : Afin de simplifier les procédures et de concentrer nos efforts sur les phases de commercialisation, pourquoi ne pas promouvoir un portail Internet regroupant non seulement les aides et soutiens financiers adaptés au financement des jeunes entreprises innovantes en phase de commercialisation (prêts spécialisés, aides COFACE, prêts export, etc.) mais également les acteurs capables d’aider les entreprises à ce stade de développement.

- 7ème suggestion : Réserver aux PME-PMI un accès privilégié à certains marchés publics, comme aux Etats-Unis où chaque administration est tenue d’accorder aux PME une certaine proportion de ses achats.

3)      Prendre en considération l’ensemble du cycle de vie des entreprises innovantes :

Si un chercheur ou un scientifique créatif a plus de chances de voir son idée percer au sein d’une petite structure, en revanche, les entreprises matures sont mieux armées pour l’exploration des marchés internationaux, l’industrialisation et la commercialisation d'un produit à grande échelle.

- 8ème suggestion : Inciter fiscalement les fondateurs et premiers investisseurs à la cession de leur entreprise innovante, par exemple avant le dixième anniversaire de la création de l’entreprise (comme c’est le cas en Grande-Bretagne), afin de favoriser le renouvellement du management et d’assurer la transition nécessaire de l’innovation à la production et à la commercialisation.

- 9ème suggestion : Promouvoir le « portage » des entreprises innovantes par l’incitation fiscale (1) à l’investissement des grands groupes dans les entreprises innovantes et (2) l’acquisition d’entreprises innovantes.

Aux États-Unis, il est établi que :

a)      les Universités et leurs centres de recherche offrent le meilleur environnement pour la recherche fondamentale ;

b)      les entreprises innovantes pour la recherche appliquée et  l’introduction d’un produit sur le marché ;

c)      les grands groupes pour la fabrication et la vente en grande série.

En participant au capital des entreprises innovantes, les grandes entreprises ou grosses PME accélèrent la valorisation de l’innovation :

·         Soit en externalisant l’innovation dans des structures indépendantes dynamiques dont elles contribuent au financement (c’est par exemple la politique du fabricant de micro-processeurs Intel qui est aujourd’hui le plus important investisseur dans le monde des start-up spécialisées dans les technologies de l’information. Intel favorise également le départ de ses salariés à l’origine d’un projet innovant tout en leur assurant une dotation en capital).

·         Par leurs conseils au créateur du projet sur les grandes orientations du marché et en crédibilisant la jeune entreprise lors des premières ventes.

·         En assurant une veille technologique, préalable à l’acquisition d’une jeune entreprise innovante qui valide ses perspectives commerciales.

- 10ème suggestion : Dans la même logique, les centres de recherche et universités français encourageraient le départ des scientifiques et chercheurs vers les entreprises innovantes sans limiter leur participation au capital des entreprises innovantes.

L’innovation serait donc sous-traitée à des structures indépendantes (entreprises innovantes) mais finance par l’industrie. L’innovation se situe en effet entre la recherche fondamentale et la production. Chaque acteur économique doit assumer dans ce processus le rôle qu’il exécute le plus efficacement.

Loin des discours officiels qui laissent parfois entendre que la qualité des dossiers serait en cause, ces témoignages nous ramènent aux réalités du terrain et nous rappellent que ce trou de financement est un véritable obstacle à la multiplication des entreprises à fort potentiel de croissance et par conséquent au développement de l’emploi.

Dans l’espoir que ces considérations puissent servir à la réflexion engagée par votre ministère, nous vous prions de recevoir, Monsieur Le Ministre, l’expression de notre considération distinguée.