Déconnecté de la réalité

Sans commentaire !


Extrait de : Déconnecté de la réalité, Sébastien Ménard, Journal de Montréal, 3 mars 2011

Jean Charest sait-il que des écoles doivent fermer leurs portes, en hiver, en raison de problèmes de chauffage ? Et a-t-il oublié que dans certaines régions, on est obligé de confier l'enseignement de l'anglais à des finissants du secondaire ?

Voilà quelques questions que se posent des enseignants et des observateurs du monde de l'éducation depuis que le premier ministre a livré le discours inaugural censé relancer son gouvernement, la semaine dernière.

Jean Charest a beau tenter de convaincre la population qu'il veut accorder plus d'importance à l'éducation, certaines des mesures qu'il propose pour y arriver en laissent plus d'un perplexe. Aux yeux de biens des gens oeuvrant sur le terrain, le premier ministre est carrément déconnecté de la réalité.

Un gadget essentiel ?

Comment peut-il par exemple annoncer que les 40 000 classes du Québec seront désormais dotées de «tableaux blancs intelligents» alors que plusieurs écoles manquent de l'essentiel ?

Chaque hiver, des établissements sont contraints de fermer leurs portes soudainement parce que leurs vieux systèmes de plomberie ou de chauffage ont flanché. C'est sans compter les institutions qui n'ont pas de dictionnaires décents à offrir à leurs élèves, souligne-t-on.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, répète que ce virage technologique vise à faire arriver les écoles «en 2011», alors qu'elles sont coincées avec des outils qui datent «de 1911», selon elle. Mais rien ne garantit que les enseignants sauront se servir de ces nouveaux tableaux blancs comme on devrait le faire au XXIe siècle. Au contraire.

Selon un rapport publié par le ministère de l'Éducation en novembre dernier, 51,2 % des profs du secondaire n'ont pas une maîtrise suffisante des nouvelles technologies pour les intégrer dans leur enseignement.

Plusieurs de ces tableaux blancs risquent donc d'être utilisés comme les tableaux verts de 1911. Et le tout aura coûté au moins 160 M$ aux Québécois, selon l'Agence QMI.

Enseigner avec un D.E.S.

L'autre annonce du premier ministre qui fait tiquer le réseau de l'éducation, c'est l'apprentissage intensif de l'anglais en 6e année, d'ici cinq ans.

À l'heure actuelle, il est déjà impossible de combler tous les postes d'enseignants d'anglais par des profs qualifiés.

Dans certaines régions du Québec, la pénurie est telle qu'il faut avoir recours à des diplômés du secondaire pour enseigner la langue de Shakespeare.

En 2009, au moins 12 écoles avaient dû embaucher des détenteurs d'un diplôme d'études secondaires pour offrir des cours d'anglais, au Québec. C'était la matière la plus durement affectée par une pénurie de profs qualifiés.

Comment Jean Charest compte-t-il renverser cette tendance ? Le temps nous le dira. D'ici là, le premier ministre devrait aller faire un tour sur le terrain pour constater que certaines de ses promesses n'ont aucun lien avec la réalité, suggèrent plusieurs observateurs du monde de l'éducation.


Avec 160 M$, on peut ...

Au lieu d'acheter des tableaux blancs intelligents, voici ce que Québec aurait pu payer avec 160 M$, indiquent nos sources :

·         4 000 000 de dictionnaires neufs

·         2 700 orthopédagogues de plus

·         530 cours d'école neuves

·         4 000 techniciens en éducation spécialisée additionnels

·         320 000 portables (presque un par élève au secondaire)