Entrepreneuriat : Quand la culture se traduit en richesse

Quand la culture se traduit en richesse

Je reçois mensuellement le bulletin d’informations du Conseil du patronat du Québec, le contenu du mois de mars mérite notre attention.

Mes commentaires à l’intérieur.


Le mot du président

Quand la culture se traduit en richesse

Quoique l’entrepreneuriat représente un des éléments clés de la création de richesse, le Québec risque de se trouver en panne d’entrepreneurs d’ici quelques années à peine.

On estime que, d’ici 2018, seulement 3 000 entrepreneurs de la tranche d’âge de 30 à 44 ans contribueront à prendre la relève des quelque 25 000 entrepreneurs qui prendront leur retraite.

Non seulement nous avons un problème de démographie, de déficit structurel, de compétitivité et en plus il va manquer d’entrepreneur pour prendre la relève,
on n’est pas sorti du bois.

Il est urgent de mettre en place une stratégie globale et concertée de l’entrepreneuriat afin de corriger cette situation critique et de jeter les bases du Québec de demain.

Dans un mémoire déposé au Forum national sur l’entrepreneuriat, qui s’est tenu à Québec le 1er mars, le Conseil du patronat soumet une douzaine de recommandations sur les mesures qui pourraient être mises en place au cours des prochaines années.

Au-delà des mesures économiques proposées, le Conseil estime que, pour développer une stratégie vraiment efficace de l’entrepreneuriat, il faut d’abord travailler activement à l’émergence d’une forte culture entrepreneuriale au Québec.

En effet, l’entrepreneuriat doit aussi être vu comme un état d’esprit, une façon de penser, l’aptitude à se prendre en main, à prendre des risques ainsi qu’à passer des idées aux actes.

C’est aussi pouvoir fournir un effort soutenu et faire preuve de persévérance.

Dans cette optique, un important travail de communication doit être entrepris, tant par le gouvernement que par les entreprises, pour valoriser la création de la richesse et le monde des affaires. Il est temps qu’on s’arrête davantage aux succès et aux bons coups d’entrepreneurs responsables et, ainsi, ne plus laisser toute la place aux cas de malversations ou d’inconduites qui font si souvent la une des journaux.

Le moment est aussi venu d’inciter les Québécois à changer radicalement leur rapport avec l’argent et la richesse. Les vieux moules du « né pour un petit pain », « le gouvernement y pourvoira » ou « faisons payer les riches » doivent être définitivement détruits au profit de conceptions sociales réalistes qui mettent en valeur la responsabilisation et l’initiative.

Pour être en mesure de redistribuer la richesse dans notre société, il faut d’abord la créer.

Ce qui devrait être d’une logique la plus élémentaire, mais au Québec nos politiciens ont préférés d’utiliser les taxes, les impôts et le surendettement pour se permettre un État-providence, d’où le pourquoi de la dette publique de plus de 226 milliards et nos déficits structurels, pour une population de 7.8 millions d’habitants.

Et cette création passe nécessairement par l’entrepreneuriat.

Ce qui devrait être aussi une autre logique la plus élémentaire, pas d’entrepreneur, pas d’entreprise, pas d’employés, pas de recettes fiscales, pas de revenus
pour payer les services.

Il est également primordial de mettre notre système d’éducation à contribution pour susciter une passion de l’entrepreneuriat chez les jeunes et engendrer des vocations.

En offrant des ‘jobs full protégées’ contre le risque, on tue l’entrepreneurship

 

Dans une lettre ouverte publiée aujourd'hui dans La Presse, Sylvie Bovet, l'héritière de la célèbre chaîne de boutiques de vêtements pour hommes, affirme que les jeunes ont perdu le sens de l'audace et le goût du risque.

 

"Ma génération manque parfois d'énergie ou de volonté pour foncer", dit-elle.

 

Avant, dit-elle, les gens d'affaires partaient des entreprises à partir de rien...

 

Ils se relevaient les manches et travaillaient... C'était l'époque des bâtisseurs...

 

Aujourd'hui, les jeunes attendent des subventions... Ils ne risquent pas leur chemise...

 

On ne travaille pas pour léguer un héritage à ses successeurs, ou pour participer à la croissance économique de sa société et créer de l'emploi...

 

On travaille pour assurer son propre bien-être, point.

 

"Notre but est de s'offrir le plus de confort possible..."

 

"On veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un gros salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à faire les sacrifices que cela implique, écrit-elle.

 

Quand vient le temps de mettre l'épaule à la roue, nous répondons la plupart du temps: absent. C'est comme si le sens du devoir et des responsabilités nous échappait."

 

Source : La flamme s'est éteinte, Sylvie Bovet, 17 mars 2010

J’ai un ami qui est un vieux policier, il me disait que beaucoup de jeunes n’y viennent pas par vocation, mais en fonction des avantages que l’on offre, bon salaire, sécurité d’emploi, bon fonds de pension, etc. …

Quelle jeune veut se casser la tête à partir une entreprise, quand on lui offre sur un plateau d’argent, un bon salaire, des assurances maladies, des semaines de vacances, une non-imputabilité, un fond pension qu’aucune firme privée ne peut lui offrir, plus une sécurité d’emploi, on crée malheureusement un peuple dépendant.

Nous estimons qu’une foule d’activités pourraient être mises en oeuvre pour atteindre cet objectif : faire profiter les jeunes, par exemple, du témoignage et de l’expérience d’entrepreneurs chevronnés, multiplier les visites d’entreprises et les stages en milieu de travail, et offrir des cours ou des cheminements optionnels en entrepreneuriat.

Une constellation d’éléments de toute nature concourront certainement à la création de nouvelles entreprises ainsi qu’au développement, à la croissance et à la pérennité des entreprises existantes. Mais l’émergence d’une culture entrepreneuriale est sans contredit une des principales composantes de cet écosystème d’entrepreneurs, de cet environnement propice à l’entrepreneuriat que nous souhaitons créer au Québec.

Yves-Thomas Dorval

Président

Conseil du patronat du Québec


ENSEMBLE DES RECOMMANDATIONS

1)      Poursuivre — et même intensifier les efforts investis dans l’offre de services efficaces pour soutenir l’émergence et le maintien de l’entrepreneuriat au Québec, et également tout mettre en oeuvre pour susciter une passion de l’entrepreneuriat chez les jeunes et générer des vocations d’entrepreneurs.

2)      Encourager l’éclosion d’une culture entrepreneuriale au Québec en valorisant la création de la richesse et le monde des affaires dans le discours public, et en mettant le système d’éducation à contribution pour sensibiliser les jeunes et former de futurs entrepreneurs.

3)      Miser sur le jumelage enseignant-entrepreneur pour sensibiliser les élèves québécois à l’entrepreneuriat. Au primaire et au secondaire, encourager la visite d’entreprises, les exposés d’entrepreneurs et la réalisation de projets de nature « entrepreneuriale ». Au cégep et à l’université, créer un cours ou un cheminement optionnel en entrepreneuriat et favoriser l’émergence de centres d’entrepreneuriat. Offrir en outre des stages en entreprise, dès le niveau secondaire.

4)      Devant la difficulté qu’éprouvent les jeunes entrepreneurs à trouver du financement pour leurs projets, mettre en place des moyens pour accroître leur accès aux fonds disponibles. On pourrait notamment créer des crédits d’impôt pour les Anges financiers qui soutiennent le démarrage de petites entreprises qualifiées, et offrir aussi aux étudiants des cégeps des bourses pour le démarrage d’entreprise.

5)      Faciliter la mise en place de réseaux d'aide et de services professionnels formés de pairs, de mentors et de « coachs » aptes à accompagner les entrepreneurs dans toutes les étapes de leur projet de création ou de transfert d’entreprise.

6)      Inventorier les divers organismes ou structures voués au développement des entreprises ou à l’intervention auprès des entrepreneurs et harmoniser leurs efforts. Dans toute la mesure du possible, éviter de créer de nouvelles structures, et plutôt greffer, le cas échéant, des innovations aux structures existantes, qu’elles soient gouvernementales ou non.

7)      Accroître notre compréhension du phénomène de l’entrepreneuriat en encourageant, par exemple, la création de chaires de recherche pour effectuer la recherche scientifique qui permettra d’identifier plus précisément les obstacles physiques et psychologiques à l’entrepreneuriat au Québec.

8)      Faire connaître davantage les ressources existantes en créant, par exemple, un portail dédié à l’entrepreneuriat. Évaluer l’investissement global fait dans ces diverses initiatives de soutien (gouvernementales, privées ou conjointes) et voir s’il pourrait être optimalisé.

9)      Faciliter le transfert d’entreprises en mettant en place des mesures pour assurer la relève entrepreneuriale. Une de ces mesures consisterait à créer des conditions fiscales facilitant le transfert harmonieux d'entreprises à la relève, notamment par un meilleur traitement des gains en capital. Englober les employés-clés d’une entreprise dans la définition de relève.

10)  Poursuivre les efforts d’allégement réglementaire et bureaucratique afin de faciliter l’émergence d’un plus grand entrepreneuriat ainsi que la pérennité des entreprises existantes.

11)  Simplifier et alléger le régime fiscal — tant pour les entreprises que pour les particuliers —, car une fiscalité trop lourde nuit considérablement à l’entrepreneuriat.

12)  Mieux exploiter le potentiel entrepreneurial de certains groupes en cherchant, par exemple, à attirer une plus forte proportion d’immigrants qui sont animés de valeurs entrepreneuriales.

Source : Forum national de l’entrepreneuriat, CPQ, Mars 2011