Faut-il écouter les leçons de l’Allemagne ?


Extrait de : Faut-il écouter les leçons de l’Allemagne ?,  Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, 08 février 2011

En proposant un pacte de compétitivité, l'Allemagne veut convertir ses partenaires européens à l'austérité qu'elle s'impose depuis dix ans. Dans sa chronique pour Radio Nova, Guillaume Duval estime que si tous les pays appliquaient ce « modèle », les conséquences pour la zone euro seraient catastrophiques. Avec, à la clé, une chute de l'activité et un rebond du chômage.

·         Austérité (court terme) : réduction des dépenses, augmentations du chômage

·         Sans austérité (long terme) : risque d’être continuellement dans un cycle de déficit structurel, jusqu’à limite de faire défaut de paiement.

Vendredi dernier, Angela Merkel a proposé aux dirigeants européens un pacte de compétitivité. Une perspective qui n'a pas eu l'air d'enchanter beaucoup d'entre eux. Mais tout d'abord de quoi s'agit-il au juste ?

Après avoir failli précipiter la zone euro dans une très grave crise, le gouvernement allemand a fini par se rendre compte au printemps dernier que, pour que l'euro survive, il fallait accepter d'aider les pays en difficulté. Faute de quoi les conséquences seraient dramatiques, non seulement pour ces pays mais aussi pour l'Allemagne. Cette aide n'est cependant pas bien généreuse : il n'a pas été question jusqu'ici d'annuler les dettes ou de donner de l'argent à ces pays. Il s'agit uniquement de leur prêter de l'argent, et cela à des taux élevés : 5 % pour la Grèce et 5,9 % pour l'Irlande.

Par contre, les pays (surtout le peuple) ne vont pas se laisser faire, ce qu’elle dit, et ce que peuple va faire, c’est deux choses totalement différent.

On le voit très bien en Grèce, les syndicats et les jeunes vont mettre l’économie à terre au point qu’ils vont l’obliger à restructurer sa dette et de la sortir de l’euro. Les jeunes n’accepteront pas le diktat des financiers surtout à 40 % de chômage.

Où est le problème alors ?

Bien qu'elle soit peu coûteuse, cette aide a suffi à rendre furieuse une partie de l'opinion publique allemande, excitée par les populistes locaux. D'où la volonté d'Angela Merkel d'obliger en contrepartie les pays de la zone euro à copier les politiques d'austérité très strictes menées en Allemagne depuis dix ans. Il s'agirait notamment que tous les Etats se dotent progressivement d'une retraite à 67 ans, qu'ils mettent fin aux systèmes d'indexation des salaires sur l'inflation ou encore qu'ils inscrivent une « règle d'or » interdisant les déficits dans leurs constitutions…

Mais après tout le « modèle allemand » n'a-t-il pas fait la preuve de son efficacité ?

Si l'économie allemande exporte autant et est restée très industrielle c'est dû surtout à des caractéristiques structurelles de long terme avec les fameuses grosses PME exportatrices et une spécialisation productive favorable dans le haut de gamme et les biens d'équipement. L'effort important de limitation des coûts de production mené depuis dix ans en Allemagne a eu surtout comme conséquence un développement spectaculaire de la pauvreté et de la précarité et une explosion des inégalités. Cette austérité d'enfer a aussi beaucoup appauvri nos voisins : en 1995, un Allemand était en moyenne 15 % plus riche qu'un Français, aujourd'hui il l'est juste autant. Et comme cette austérité s'est traduite par un investissement très faible dans les infrastructures tant matérielles qu'immatérielles du pays, notamment au niveau de l'éducation, rien n'indique que l'Allemagne soit réellement mieux placée pour aborder l'avenir. Elle est déjà dans une situation critique sur le plan démographique.

Peut-être, mais en attendant l'Allemagne dégage des excédents extérieurs importants et a de faibles déficits publics…

Oui, mais c'est là justement toute l'ambiguïté du débat sur le « modèle allemand ». Ces résultats positifs n'ont été possibles jusqu'ici que parce que, pendant que les Allemands se serraient la ceinture, la Grèce, l'Espagne, l'Irlande… tiraient l'économie européenne, et en particulier allemande, en consommant nettement plus qu'ils ne produisaient grâce à un endettement croissant et excessif.

Si tous les autres pays européens appliquent réellement la même politique que l'Allemagne nous courons ensemble à la catastrophe, car plus personne ne tirera l'économie européenne. L'activité économique plongera et le chômage augmentera encore…

Son raisonnement est exact, premièrement il faut arrêter l’hémorragie de la délocalisation et la désindustrialisation.

Le problème comme le G20, d’ailleurs, ils ne sont pas capables de s’entendre, trop de têtes et tout le monde veulent avoir raison.

Il faudrait avoir un libre-échange plus équitable, peu importe la méthode, et peut-être faire deux zones d’Euro, une à faible compétitivité et l’autre à la vitesse supérieure.

Évidemment, les industriels allemands et les Chinois ne voudront pas, car ils risquent d’avoir plus de compétiteurs dans le marché.

Entre temps, les Chinois cumulent plus de 39 milliards de balances commerciales positives par mois et les Américains impriment de l’argent, beau modèle économique !