Grands travaux: fini, «l'immobilisme» montréalais


Extraits : Grands travaux: fini, «l'immobilisme» montréalais, Maxime Bergeron, La Presse, 31 mars 2011

(Montréal) «Pour ceux et celles qui regardent attentivement, il y a 37 grues en ce moment dans le ciel de Montréal. Et dans quelques semaines, il y en aura 48.»

Le maire Gérald Tremblay était en verve, hier matin, en prononçant le discours inaugural d'un forum de la chambre de commerce sur les grands projets montréalais. Les chantiers sont de plus en plus nombreux, a-t-il martelé, et visiblement, il en a marre d'entendre dire que sa ville ne bouge pas.

Je pense que M. Tremblay nous prend pour des imbéciles, tous des projets publics
par endettement.

Ce n’est pas avec de tels projets que Montréal va devenir riche, typique de ce maire tout est beau, mais la ville est continuellement en déficit structurel
et tombe en ruine entre-temps, enfin !

«Plus personne n'ose parler d'immobilisme aujourd'hui à Montréal, il n'y a plus d'arguments valables», a lancé le maire devant le parterre de 500 invités réunis au Palais des congrès.

Il est vrai que la métropole grouille d'activité. Les projets résidentiels entamés ou prévus à court terme ajouteront des milliers de nouveaux appartements en copropriété au parc résidentiel. Les grands hôpitaux ont sur la table des projets totalisant 10 milliards de dollars, selon les chiffres du maire. L'Université de Montréal, l'ETS et McGill caressent des plans ambitieux pour le centre-ville et Outremont. Sans compter le Quartier des spectacles, l'échangeur Turcot et plusieurs autres travaux d'infrastructure.

Endettement de la population et endettement de la province à
13 milliards par année, on peut tout se permettre.

Jacques Vincent, coprésident du promoteur Prével, est venu témoigner de la vigueur du marché immobilier. Les deux premières phases de son gigantesque projet Le Séville, aux abords de l'ancien Forum, se sont vendues en à peine quelques heures ces derniers mois. Des gens ont même campé - et en sont venus aux poings - pour mettre la main sur un appartement!

«Il y a un optimisme des consommateurs important à Montréal depuis quelques années, a souligné M. Vincent. Jamais je n'aurais pu croire un jour que des gens coucheraient dehors pour acheter un de nos condos.»

Surtout les étrangers !

Le sud-ouest du centre-ville a été sous les projecteurs pendant le forum. Cadillac-Fairview a confirmé le lancement d'un projet mixte de 400 millions aux alentours du Centre Bell (voir autre texte), tandis que la Société immobilière du Canada a confirmé le début de la construction de 2000 logements aux Bassins du Nouveau havre dès l'été prochain. Le Quartier de l'innovation, au croisement du centre-ville et de Griffintown, commence aussi à prendre forme.

Balafres urbaines

Montréal bouge, donc. Mais de gros écueils continuent d'entraver sa croissance, a rappelé Christian Yaccarini, président de la Société de développement Angus, qui ambitionne de transformer le Red Light avec un vaste complexe immobilier (au déplaisir de certains).

M. Yaccarini déplore la présence de trop nombreux stationnements à ciel ouvert au centre-ville. Sa société a tenté d'en acheter plusieurs, mais les propriétaires de ces parkings demandent des prix exorbitants pour céder leurs terrains. Or, les règlements actuels de zonage ne permettent pas de construire des immeubles assez hauts pour justifier leur coût d'achat, a-t-il déploré.

«Si tu paies le terrain 150$ ou 200$ le pied carré, sur quatre ou cinq étages, c'est impossible de rentabiliser», a fait valoir Christian Yaccarini.

À défaut de changer les règles de zonage, il suggère à la Ville de «tripler» l'impôt foncier si les proprios de stationnements n'ont pas développé - ou vendu - leur terrain d'ici sept ans. «Ça se fait par exemple dans le domaine de l'environnement, on dit aux entreprises: dans cinq ans, vous devez avoir atteint tel type de rejet, sinon on va vous taxer», a-t-il avancé.

Michel Leblanc, président de la chambre de commerce, a interpellé les autorités municipales à ce sujet pendant une de ses interventions au micro. «Toute personne qui marche rue Sainte-Catherine voit ces terrains de stationnement, et si on les voit encore dans 20 ans, des décisions n'auront pas été prises.»

Tours de bureaux 

Par ailleurs, même si l'immobilier résidentiel et les infrastructures vivent un véritable boom, aucun promoteur n'a prévu construire à court terme une tour de bureaux au centre-ville.

Plusieurs promoteurs caressent des projets - dont Canderel et Magil Laurentienne -, mais rien n'est confirmé pour l'instant.

Étrange, la vigueur d’une ville provient de l’effervescence du secteur privé.

Étrange, le secteur privé ne semble pas y s’intéresser, peut-être notre politicien carriériste M. Tremblay n’a encore rien compris …

 Oups ! j’oubliais, tout est beau pour M. Tremblay.

Comme La Presse Affaires l'a indiqué cette semaine, il y a 26 fois plus de bureaux en construction au centre-ville de Calgary que dans le coeur de Montréal. Aucun gratte-ciel d'envergure n'a vu le jour depuis plus de 10 ans dans la métropole. Les loyers peu élevés sont souvent cités pour justifier cette absence de projets.

Le maire Gérald Tremblay a dit s'attendre à un déblocage imminent, hier. «J'ai très hâte qu'on ait une tour à bureaux. Je prédis qu'on en aura une d'annoncée au cours de la prochaine année.»