Japon, Libye, Portugal… les marchés me fichent le cafard

Quel humour et quelle maîtrise de la langue écrite par Cécile Chevré de Money Week.

J’avoue des gens comme moi qui consulte le monde entier et voient tous les foutus problèmes économiques à chaque jour, l’humour est une thérapie saine pour garder un certain équilibre mental.


Extrait de : Japon, Libye, Portugal… les marchés me fichent le cafard, Par Cécile Chevré, MoneyWeek, le 25 mars 2011

Savez-vous cher lecteur quelle est l’angoisse matinale de votre rédactrice ces derniers temps ? Celle de la page blanche. Heureusement pour moi, et pour vous, Simone a su brillamment prendre la relève toute cette semaine.

Pourquoi l’angoisse de la page blanche ? Il se passe pourtant plein de choses dans l’actualité. Un peu trop même. Tout semble déjà avoir été dit, écrit, commenté, ruminé…

      Le Japon et le nucléaire ? Aussi farouchement soucieuse de l’Homme et de l’environnement que je sois, je ne vois pas comment nous pourrions nous passer de nucléaire dans les années qui viennent. Nous vous avons prévenu que le pétrole et le gaz allaient remonter. C’est ce qui s’est passé. Le gaz naturel a bondi et le pétrole s’affiche au-dessus des 105 $.

Chère inflation…

Les troubles au Moyen et Proche-Orient ? Alors là, je dois dire, que contrairement à Jean-Claude Périvier de Défis & Profits, je ne les avais pas vus venir. Du moins pas sous cette forme. Car l’exacerbation des tensions sociales, ça, nous l’avions senti dès le début de la crise.

Des tensions qui étaient devenues d’autant plus probables que la politique de la Fed ne peut que mener à l’augmentation des prix des matières premières – et en particulier des plus sensibles (pour les estomacs de millions d’individus) d’entre elles, les matières premières alimentaires. Nous n’avons pas fini de faire l’amer constat des conséquences de la politique laxiste de la Fed.

Parlons-en justement de la politique de la Fed. Voulez-vous parier qu’à peine le quantitative easing 2 (QE2) terminé, la Fed se lancera dans un QE3 ?

Soyons sérieux un instant : comment pourrait-elle faire autrement ? Croyez-vous une seule seconde que les marchés auraient affiché de telles performances depuis deux ans si la Fed n’injectait pas en permanence des liquidités ?

Et notre bonne BCE ? Elle fait la même chose. Pensez-vous que sans son aide – en ce moment, elle rachète pour 75 millions d’euros d’obligations souveraines par semaine ! – les Etats européens arriveraient à se maintenir bon an mal an à flot ? Certainement pas.

Cette Fichue Europe Sans Fric qui ne finit pas de faire parler d’elle

Le Portugal va devoir faire appel au renflouement européen, ce FESF, Fichue Europe Sans Fric. Il va devoir s’y résoudre après avoir juré, craché, qu’il n’en aurait pas besoin.

Oui, mais le pays n’a plus un sou vaillant. Sa dette s’élève à 85% de son PIB mais augmente très vite : en cause, une croissance atone cette année (un peu plus de 1%) et qui pourrait rapidement passer dans le rouge.

Où trouver l’argent dont le pays a besoin ? Le gouvernement a déjà augmenté les impôts (dont la TVA) et il peut difficilement le faire encore. Il lui reste l’émission de nouvelles dettes.

Sauf que le rendement de ses obligations à 10 ans s’affiche maintenant à 7,63%. Et franchement, à un tel niveau, plus personne n’est pas assez crédule pour penser que le Portugal pourra supporter un tel niveau. Le pays croule sous le poids de sa dette, il ne peut plus rembourser, c’est aussi simple que cela.

Le Portugal va devoir rembourser une partie des emprunts contractés précédemment. Plus de 4 milliards en avril et près de 5 milliards en juin.

Et puis l’Irlande… dont le rendement à 10 ans a dépassé les 9%. 9% ! Avez-vous déjà fait l’expérience d’un emprunt, peut-être immobilier ? Si oui, vous savez à quel point un taux à 9% est insupportable. Surtout si au fond, vous êtes complètement incapable de vivre sans vous endetter.

Quelles conséquences sur les marchés ?

Et c’est là que je déprime devant mon écran d’ordinateur. En constatant chaque matin à quel point la capacité d’oubli des marchés est importante. Les conséquences, il y en a aucune ou presque.

Certains, plus optimistes que moi, y voient une capacité de « rebond » – mot affreux sorti de je ne sais quel cerveau de spécialiste du management.

Ouvrons les journaux… Que de louanges pour ces chers marchés. Ils digèrent bien la catastrophe japonaise, la guerre en Libye, la menace sur les Etats européens… Ils digèrent de la mauvaise nouvelle comme Gargantua sa collation de 11h.

Quitte à frôler l’indigestion ?

Ne nous leurrons pas. Les marchés semblent avoir la capacité à faire fi de n’importe quelle succession de mauvaises nouvelles mais cela ne veut pas dire qu’ils seront en mesure de faire face aux conséquences profondes des déséquilibres grandissants de notre économie. Vigilance donc