L'ennemi du budget Bachand ? Le cygne noir

Sur le blogue de M. Vézina, il fait référence au phénomène du «cygne noir»,  ce qui mérite votre attention.


Extrait de : Vézina : L'ennemi du budget Bachand ? Le cygne noir, René Vézina, Affaires, 17-03-2011

Au Québec, les dépenses publiques ainsi que le déficit seront plus élevés que prévu en 2011-2012, mais le ministre des Finances, Raymond Bachand, dit maintenir le cap sur le retour à l’équilibre budgétaire dans deux ans.

Le calcul est simple : si les dépenses augmentent, il va falloir que les revenus augmentent aussi. Sinon, finie la belle ambition.

Pour tenir ce pari, M. Bachand compte sur des recettes fiscales accrues du secteur des ressources naturelles, par exemple, dont les redevances sont appelées à augmenter. Encore faudra-t-il qu’on les exploite, ces ressources, à commencer par le gaz naturel, mais enfin.

Il doit aussi espérer que la croissance économique s’accélère. Plus de revenus, tant corporatifs que privés, signifierait plus d’impôts et de taxes. Il n’est pas le seul à le penser : mercredi, la TD signalait qu’elle relevait ses prévisions de croissance pour le pays en 2011.

Malheureusement, nous venons d’entrer dans l’ère du cygne noir.

Le cygne noir – ou Black Swan- n’a rien à voir avec le film du même nom. Il s’agit d’un phénomène décrit par l’auteur et gestionnaire de fonds Nassim Taleb dans le livre du même nom. En gros, il explique que des événements aux conséquences brutales se produisent maintenant à un rythme accéléré parce que la planète est tissée plus serrée que jamais.

Ce qui se passe au bout du monde finit par causer de violentes perturbations ici.

Il devient alors illusoire de penser établir des prévisions qui tiennent.

Ce phénomène est une réalité déconcertante, voici des variables qui peuvent influencer l’économie dans la prochaine année.

1.      Si les États-Unis maintiennent leurs modes protectionnistes, quels sont les impacts sur nos exportations.

2.      Si la bataille monétaire continue, quels sont les impacts sur nos exportations.

3.      Si certains États européens doivent restructurer leurs dettes, quels seront les impacts sur les dettes souveraines ?

4.      S’il y a une montée contre le libre-échange actuel, quels seront les impacts économiques ?

5.      Si certains pays européens envisagent sérieusement sortir de l’Euro, quels seront les impacts économiques ?

6.      À cause du surplus de liquidité mis en circulation, quels sont les risques d’avoir une inflation ?

7.      Les actifs toxiques sont encore présents dans les banques, quels seront les impacts financiers sur les pays ?

Et je peux en ajouter au moins une autre dizaine ….

Alors, quand quelqu’un vous prédit qu’en 2013, il va s’en sortir à cause de la reprise économique, il est un vrai devin, car le monde économique est dans une vraie tourmente, et personne ne sait comment ça va vraiment finir.

Au cours des dernières années, nous avons vécu l’éclatement de la bulle techno, les attentats du 11 septembre 2001, d’autres assauts terroristes, la crise immobilière américaine, les folies financières qui ont entraîné la récession, les révoltes en Afrique du nord et au Moyen Orient, et maintenant le drame japonais.

À chaque fois, les marchés boursiers ont planté et l’économie a souffert.

Des événements du genre se passaient auparavant mais leur impact était limité. Ils nous touchent aujourd’hui de plein fouet. Et il y en aura d’autres. Les économies finissent par se relever mais dans l’intervalle, elles encaissent le choc.

Comment, alors, établir des prévisions qui tiennent ? Comment penser que la Nature, les terroristes ou les dictateurs vont se calmer de manière à ce que les finances publiques québécoises retrouvent la santé ?

Il nous faudra beaucoup de détermination… et de chance pour que le plan présenté dans le budget Bachand tienne la route.

Autrement, une collision avec un cygne noir risque de survenir, et elle sera meurtrière pour les prévisions optiomistes du ministre des Finances.


 

  1. gravatar

    # by F. Boiteau - 18 mars 2011 à 13 h 43

    Bachand sait très bien que peu importe si le déficit est combattu d'ici 2013, ce ne sera plus sa responsabilité, car son gouvernement ne sera probablement plus en place à ce moment et donc le parti au pouvoir sera blâmé.

    Aussitôt que j'ai entendu "horizon 2013" pour la fin du déficit, je savais qu'il ne s'agissait que d'une mesure leur permettant de dire, au cycle électoral suivant, qu'ils auraient pu contrôler le déficit si on ne les avait pas retiré du pouvoir.

    Avec la mémoire collective de la politique qui dure environ 6 mois, ils réussiraient à obtenir beaucoup de votes de cette façon...