L'exploitation du gaz ou du pétrole de la fosse Old Harry


Extrait de : Trois milliards $ espérés par an : trop tôt pour parler de manne, Annie Saint-Pierre, le Journal de Montréal, 25/03/2011 06h33

Ce n'est pas demain la veille que le Québec percevra les milliards de dollars tant espérés de l'exploitation du gaz ou du pétrole de la fosse Old Harry, dans le golfe du Saint-Laurent. Beaucoup trop d'inconnues demeurent.

Plusieurs experts en énergie ont lancé un appel au calme après l’annonce de l’entente entre le Québec et Ottawa sur la propriété du fond marin du golfe du Saint-Laurent. C’est le cas du professeur Jean-Thomas Bernard, expert en ressources naturelles à l’Université Laval. « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Il n’y a pas encore eu un seul forage, on ne sait même pas si c’est du gaz naturel ou du pétrole qu’il y a là », a dit M. Bernard.

Évidemment, il reconnaît favorablement l’étape qui vient d’être franchie avec cette entente pour le Québec. Entente qu’ont obtenues les provinces de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, il y 25 ans déjà.

Potentiel

M. Bernard concède que certaines estimations ont cependant été véhiculées au cours des dernières années, après des travaux très préliminaires faits par la société d’exploration Corridor Ressources.

Si Old Harry est deux fois plus grand que Hibernia, il recèlerait six milliards de barils, dont le tiers serait récupérable, si la rentabilité est prouvée.

Dans ce cas, M. Bernard croit que le Québec pourrait en retirer 200 000 à 300 000 barils par jour, donc en deçà du niveau d’autosuffisance de la province qui est d’environ 400 000 barils de pétrole par jour.

Péréquation

Si Terre-Neuve est devenue une province prospère sortie des paramètres de la péréquation grâce à ses gisements pétroliers Hibernia, White Rose et Terra Nova, ce ne sera pas le cas pour le Québec, prévient tout de suite le spécialiste.

En se fiant aux redevances que perçoit Terre-Neuve (20 $ le baril), Jean-Thomas Bernard calcule que Old Harry rapporterait entre 4 à 6 millions $ par jour, donc des revenus de 1 à 2 milliards $ par année pour le Québec. «Peut-être 3 milliards $, s’il s’agit vraiment de bon pétrole et que les prix continuent d’augmenter», a-t-il ajouté.

Les Terre-Neuviens ont touché 5,5 milliards $ en redevances depuis 1997. Pour une population de 400 000 personnes, c’est suffisant pour priver la province de péréquation.

« Nous sommes 20 fois plus nombreux que Terre-Neuve et nous recevons 8 milliards $ par année de péréquation. Les revenus de pétrole qu’en retirerait le Québec sont importants, mais pas assez pour nous sortir de la péréquation », a-t-il indiqué.

À venir

Le Québec devra d’abord patienter jusqu’à la fin de 2012 pour prendre connaissance de son évaluation environnementale. Ensuite, le gouvernement provincial devra s’entendre avec Terre-Neuve pour déterminer les limites du gisement qui est à cheval entre les deux provinces.

Les travaux d’exploration suivront pour démontrer que la ressource est bel et bien exploitable et les sociétés étudieront ensuite le niveau de rentabilité des puits.