La Libye, l'Irlande, la Grèce et nous


Extrait de : La Libye, l'Irlande, la Grèce et nous, Guillaume Duva, Alternatives économiques,03 mars 2011

Au moment où l'insurrection libyenne se heurte à la violence de la répression de Mouammar Kadhafi, les électeurs irlandais sanctionnent leurs dirigeants et la situation de la Grèce se dégrade encore.

Point commun à ces trois situations : elles nécessiteraient une intervention forte et cohérente de l'Union européenne. Une chronique de Guillaume Duval pour Radio Nova.

Alors que la crise libyenne s'enflammait, les Irlandais ont renvoyé leur gouvernement le 25 février dernier. Un vote qui combiné aux difficultés en Grèce risque de relancer la crise de la zone euro.

En effet. Mais d'abord quelques mots à propos de la crise libyenne et des révolutions arabes qui ont fait passer au second plan pour l'instant cette crise de la zone euro. Ce qui se produit actuellement dans le monde arabe aura, à n'en pas douter, une portée analogue à la chute du mur de Berlin en 1989. Il n'est donc pas surprenant qu'un changement si inattendu retienne toute l'attention du public. D'autant que les Français découvrent à cette occasion que ces peuples, qu'ils pensaient souvent très différents d'eux, ont en fait des aspirations très proches des leurs… Alors qu'ils redoutaient un choc des civilisations, ils trouvent de l'autre côté de la Méditerranée des frères et des soeurs qui suivent un chemin analogue à celui emprunté par nos ancêtres il y a un peu plus de deux siècles pour se débarrasser des régimes d'oppression. Même si beaucoup de choses ont bien sûr changé entre-temps à commencer par le rôle que jouent dans ces révolutions les nouvelles technologies de l'information… Cette vague révolutionnaire aura cependant comme conséquence qu'il faudra impérativement que l'Europe aide ces peuples à reconstruire leurs Etats et leurs économies, et cela à des niveaux sans commune mesure avec les flux très faibles apportés jusque-là à la rive Sud de la Méditerranée.

Ca ne va pas être facile compte tenu de la situation interne à l'Europe, et c'est là qu'on retrouve l'Irlande… 

Oui. Les révolutions arabes vont certainement continuer à occuper médias et gouvernants, mais l'élection irlandaise risque aussi de ramener la crise de la zone euro au premier plan.

Les Irlandais ont en effet renvoyé les gouvernants qui avaient tenu les rênes du pays pendant le "miracle irlandais". Ceux aussi qui, par aveuglement libéral, avaient laissé gonfler une bulle immobilière colossale et l'endettement bancaire tout aussi colossal qui allait avec. Ce sont eux encore qui avaient négocié avec l'Union européenne l'accord conclu fin 2010 pour aider le pays. Un accord considéré, à juste titre, comme injuste et inacceptable par de nombreux Irlandais. Il devrait être remis en cause par le nouveau gouvernement, suscitant du coup une nouvelle crise en Europe.

D'autant que la situation tourne aussi au vinaigre en Grèce : le gouvernement a subi la semaine dernière une nouvelle grève générale très dure. Le pays s'enfonce dans la récession : le PIB a reculé de 6,6 % entre le 4ème trimestre 2010 et le 4ème trimestre 2009, et devrait encore perdre 3 % en 2011. Il y a peu de chances que les Grecs supportent encore longtemps ce régime

Il est quand même normal que les Grecs et les Irlandais se serrent la ceinture pour compenser les débordements antérieurs, non ?

Oui mais tout est question de mesure en la matière. L'aide apportée par les Européens à la Grèce et à l'Irlande est très coûteuse : 5 % d'intérêts pour les Grecs et 5,9 % pour les Irlandais. Ce qui signifie que ces prêts gonflent encore leur dette au lieu de les aider à la réduire.

Les dettes de ces Etats et de leurs banques n'ont pas été restructurées, c'est-à-dire qu'on n'a pas demandé aux créanciers de participer à l'effort de redressement pour l'instant.

Et la récession aggrave les choses : quand ses revenus baissent, les dettes antérieures pèsent plus lourd encore… Autrement dit, au-delà même de la crise politique et sociale qu'elles suscitent et de leur impact négatif sur l'activité dans la zone euro, ces politiques d'austérité excessives contribuent en réalité à empêcher ces pays de rembourser leur dette.

Le nouveau gouvernement irlandais devrait mettre l'Europe devant ses responsabilités et l'obliger à trouver cette fois de véritables solutions à la crise…

Tout à fait exacte, facile de dire aux peuples paient tous les pots cassés, mais a-t-on oublié les banques qui faisaient des milliards de profits entre-temps ?

M. le politicien oligarchique arrêter de prendre le peuple pour des cons!