Le Japon, détonateur d'une nouvelle crise mondiale ?

Il est toujours bon d’avoir des opinions venant des spéculateurs.


Extrait de : Le Japon, détonateur d'une nouvelle crise mondiale ? , Cécile Chevré, MoneyWeek, 15 mars 2011

Comment rester insensible à ce qui se passe au Japon ? Des milliers de morts – on parle de plus de 10 000. Ruines et décombres sans précédent. Des répliques sismiques qui sont attendues dans les jours qui viennent. Et surtout, ces centrales nucléaires. Aux dernières nouvelles, trois des réacteurs de la centrale de Fukushima seraient rentrés en fusion et des brèches ont été observées sur l'un des réacteurs...

Vous le savez, à la Quotidienne, notre objectif est d'éclairer l'économie et c'est ce que nous allons faire aujourd'hui. Quelles seront les conséquences de ces catastrophes sur l'économie nippone... et mondiale ?

Hier, la Bourse japonaise a plongé de plus de 6%. Et de plus de 10,55% ce matin. La plus grosse chute depuis le krach de 2008.

La Banque centrale japonaise (BoJ) a décidé la plus grosse intervention de son histoire pour essayer de sauver l'économie japonaise :

·         l'injection de 15 000 milliards de yens (plus de 130 milliards d'euros) pour maintenir en vie le système bancaire !

·         l'élargissement de son programme de quantitative easing. Le montant d'obligations souveraines qui seront rachetées a été doublé à 10 000 milliards de yens (environ 87 milliards d'euros).

C’est vraiment rendus la tendance, quand il manque
d’argent on en imprime.

Comment payer la reconstruction ?

Yen ActionCe n'est pas la première fois que le Japon est durement frappé mais les effets sur l'économie semblent différents. En 1995, après le tremblement de terre de Kobe, le yen s'était alors renforcé. En grande partie, parce que les investisseurs privés et publics japonais avaient vendus leurs actifs à l'étranger pour financer la reconstruction.

Une nouvelle fois, les capitaux placés à l'étranger commencent à être rapatriés mais la situation économique en toile de fond de la catastrophe est très différente.

L'endettement public japonais atteint déjà plus de 180% du PIB. Un endettement qui devrait se creuser à hauteur de l'importance des reconstructions à venir. Le séisme de Kobe avait coûté 100 milliards de dollars (2,5% du PIB). Aujourd'hui, les dégâts sont bien plus importants, le coût de la reconstruction devrait alors dépasser les 100 milliards de dollars. D'après L'Agefi, le séisme pourrait se chiffrer à 3% du PIB nippon.

Les plus optimistes remarqueront que ces sommes bénéficieront à l'économie en créant de l'emploi.

Moui, peut-être. Le Japon est un expert des politiques de grands travaux pour soutenir leur économie. Pour sortir le pays de la crise qui a commencé à la fin des années 80 (et qui n'a jamais réellement pris fin), le pays s'est lancé dans un coûteux bétonnage de ses fronts de mer. Sans grand résultat.

La facture énergétique va exploser

Le Japon était déjà le troisième importateur de pétrole au monde. Difficile de dire quel est l'avenir du nucléaire au Japon mais s'il se décide de se passer complètement ou en partie de cette source d'énergie, sa dépendance énergétique va s'accroître. Le développement des énergies vertes ou alternatives va prendre du temps et entretemps, la consommation de pétrole va augmenter. Au prix où est le pétrole ces derniers temps, la facture risque d'être salée.

Le Japon va-t-il faire faillite ?

Le Japon est-il au bord de la faillite ? La note du Japon avait déjà été dégradée en début d'année par Standard & Poor's. L'agence de notation Moody's s'est voulue rassurante hier : la note souveraine nippone ne devrait pas être dégradée. Je soupçonne Moody's d'un fond de sadisme : rassurer puis frapper. D'ailleurs, si les agences de notations faisaient preuve d'un peu plus d'indépendance et d'honnêteté, elles auraient depuis longtemps dégradé la note du Japon.

Quelles conséquences pour le reste du monde ?

1)      La capacité de production japonaise en berne

tech industryIl y a les conséquences évidentes : la capacité de production du Japon est en partie détruite et en partie dans l'incapacité de fonctionner. Les réseaux de transports ont été détruits, de même que le réseau électrique. Bref, pour le moment, c'est au point mort.

2)      La fin du nucléaire et la flambée du pétrole et du gaz naturel ?

Autre conséquence : l'énergie. Le secteur du nucléaire va forcément pâtir de cette catastrophe alors que ces derniers temps ses efforts pour se refaire une virginité avaient commencé à porter leurs fruits. Le nucléaire avait fini par conquérir un statut d'énergie "verte". Aujourd'hui, cette position va être plus difficile à soutenir.

Nous l'avons vu, le Japon était déjà un important consommateur de pétrole. Selon le Financial Times, le pays aurait perdu un cinquième de sa capacité de production d'énergie nucléaire. A court terme, le Japon va devoir trouver d'autres sources d'énergie.

Nous en voyons 3 principales :

·         Le pétrole. Selon l'Agence internationale de l'Energie, la consommation de pétrole du Japon pourrait augmenter de 200 000 barils/jour.

·         Le charbon.

·         Et surtout le gaz naturel. Moins polluant et plus facilement accessible que le charbon, il pourrait voir ses cours s'envoler sous l'effet d'une demande japonaise accrue.

3)      Et un acheteur de moins pour la dette des Etats-Unis, un !

Le Japon et la Chine se disputent le titre de plus gros possesseurs de bons du Trésor américain au monde. Et vous le savez, les Etats-Unis ont désespérément besoin d'émettre de la dette... et de trouver quelqu'un pour l'acheter.

Nous en parlions il y a quelques jours dans la Quotidienne, le plus gros fonds d'investissement au monde Pimco a vendu tous ses bons du Trésor.

La Fed est censée arrêter ses achats fin juin. Et aujourd'hui le Japon a de grandes chances de vendre ses bons du Trésor pour pouvoir financer sa reconstruction. Très mauvais signes pour ces accros à l'endettement que sont les Etats-Unis ! Les conséquences du séisme japonais risquent de se propager comme une onde de choc à l'économie mondiale.

À suivre …