Si la guerre des monnaies se poursuit, l'UE pourrait prendre des mesures protectionnistes

 
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Extrait de : Si la guerre des monnaies se poursuit, l'UE pourrait prendre des mesures protectionnistes, LEMONDE.FR | 12.11.10

Gérard :  Quel est le principal enseignement de ce G20 ?

Philippe Dessertine : Principal enseignement : le fait que le G20 ait eu lieu dans un contexte où la coordination entre grandes puissances monétaires semblait se diluer. Ensuite, les résultats tangibles sont extrêmement faibles. On est très loin de l'objectif d'une refonte de l'ordre monétaire.

Yves : Un accord peut-il réellement émerger lorsque l'on sait que, compte tenu de leurs positions, les Etats-Unis et la Chine ont intérêt à ce que leur monnaie soit sous-évaluée par rapport à l'euro notamment ?

Il est difficile d'envisager un accord quand les Etats-Unis, en effet, ont fait le choix d'une politique isolée. La Chine, quant à elle, est dans une position dure, liée notamment à sa relation privilégiée avec les Etats-Unis.

En clair, une avancée ne sera possible que si le verrou américain saute (la Chine devra suivre).

Drey : Sur le long terme, on sait que le yuan chinois s'apprécie. Pourquoi considère-t-on qu'il est encore trop faible ?

Le yuan chinois ne s'apprécie pas suffisamment vite par rapport à la croissance de l'économie chinoise. La Chine pratique des mesures délibérées d'affaiblissement de sa monnaie (en vendant du yuan tous les jours et en achetant du dollar — estimation : entre 1 et 1,5 milliard de coût quotidien pour la Chine).

Maintenant une question qui tue ?

Qui a maintenu aussi longtemps cette dévaluation délibérée ?

À qui profitait ce supposément libre-échange ? (peut-être les banques et les gros industriels !)

Drey :  En quoi cette "guerre" est-elle dommageable pour l'économie mondiale ?

Une guerre des monnaies déstabilise les bases du commerce international. Pour que la confiance entre acteurs économiques puisse exister, il est nécessaire d'avoir une référence monétaire commune.

Plus les monnaies se dissocient, plus risquent d'apparaître des mesures protectionnistes très dures.

C’est tout à fait normal, quand les dés sont pipés!

Les principales victimes d'une guerre des monnaies seront les pays émergents et les pays pauvres. Et à l'intérieur des populations des pays riches, les plus défavorisés, qui supporteront notamment l'augmentation du coût des matières premières.

Popin : Concrètement, quelles mesures pourrait prendre le G20 pour mettre fin à cette "guerre des monnaies" ?

Les mesures que pourrait prendre le G20 seraient d'abord une coordination des différents plans de relance (en particulier du plan américain). Ensuite, le G20 pourrait proposer une norme de déficit public (à l'image des accords de Maastricht).

Enfin le G20 pourrait proposer une norme sur les excédents commerciaux. Logiquement, ces trois types de mesures devraient être coordonnés. Cette dernière dimension est très présente dans le G20 ; il est nécessaire de contrôler les politiques de création monétaire du système bancaire international (lien du G20, du FSB, l'organisme technique de préparation du G20, et comité de Bâle).

Quelle coordination ?, je vais dire comme Nouriel Roubini le G20
ressemble plus à un G-zéro.

Une restructuration de la dette en Europe est inévitable

Mais, si on regarde la réalité, il n'y a pas de leadership économique mondial, ni de la part des Etats-Unis, ni d'autres pays.

En fait il y a plus de conflits et de désaccords que de la coopération sur de très nombreux domaines : la politique monétaire, la politique budgétaire, les taux de change, la libéralisation commerciale, sur la réforme du système monétaire international, la sécurité alimentaire, le réchauffement climatique...

Cela ressemble à un monde G-zéro et non au G20.

Nouriel Roubini

Drey : Le contrôle des changes entre-t-il dans les attributions du G20 ?

Non, le G20 est par principe un organisme de négociation n'ayant pas d'attributions juridiques. En revanche, une coordination dans les mouvements de change devrait se faire dans un cadre qui ne soit pas trop contraignant, pour ne pas peser sur la souveraineté des grandes puissances. Dans un G20 réellement accepté comme un organe de la gouvernance mondiale, il serait possible d'envisager des mesures de stabilisation des changes.

Bbb : Peut-on désigner un coupable ? Chine ou Etats-Unis, puisque les deux se renvoient la balle ?

Le coupable premier, actuellement, ce sont les Etats-Unis, comme ils sont d'ailleurs généralement à l'origine de la dette folle ayant créé la crise de 2007-2008 et se prolongeant dans la crise économique et dans la crise de la dette souveraine actuelle. La Chine a d'abord financé la dette américaine, acceptant de devenir le premier détenteur de dette publique américaine (en dollars), avec comme contrepartie la possibilité d'asseoir sa croissance sur des exportations massives.

Que la réponse est facile, c’est la faute des Américains …

Supposons, que nous avons une cause criminelle, une des premières questions que les enquêteurs se posent, c’est de chercher le mobile, à qui ce crime peut profiter ?

Maintenant, posons-nous la question, à qui le crédit facile a profité ?

Je vous donne un exemple pratique, au Canada, nous n'avons pas subi encore une crise immobilière, par contre les maisons qui étaient évaluées, il y a dix ans à 150,000 $, valent 300,000 $ maintenant.

Pourtant, elle a le même nombre de briques, même nombre de fenêtres, sauf que le peuple, doit emprunter 300,000 $ au lieu de 150,000 $.

À qui profite cette surenchère, certainement pas au peuple, car il est maintenant responsable de prêt qui a doublé, peut être aux banques ?

Étrange, la banque maintenant, possède un client captif deux fois plus longtemps pour la même maison, drôlement intéressant.

Constat : Nous avons sept banques au Canada (oui, nous avons un oligopole !), qui ont fait plus de 20 milliards de profits juste l'année passée, et au même moment le fédéral faisait plus de 50 milliards de déficits, chercher l'erreur ?

Et bien sûr, le pauvre peuple par ce crédit facile a cumulé une dette avoisinant 1.5 trillions de dollars avec un taux d’endettement de 150 %, entre temps nos banques font plus de 20 milliards de profits et risques d’être encore plus élevés cette année.

Maintenant, posons-nous la question, à qui a profité le crédit facile ?

·         Certainement aux banques, car ils ont fait des trilliards de profits, ils vivent grâce aux dettes.

·         Aux multinationales, car sans cette incitation, il y avait une surcapacité de production en Chine, allons-y produisons au maximum, même si le peuple s’étouffe par un excès de dette.

·         Les Chinois, en achetant les bonds américains, il maintient le crédit facile, pour graduellement prendre le contrôle de l’industrie manufacturière en l’incitant à la délocalisation.

Alors de dire c'est la faute des Américains, c'est drôlement simpliste ! cherchons ceux qui faisait des $$$, et vous avez des chances de trouver les mêmes intervenants qui prônent la mondialisation débridée.


La réévaluation du yuan qu'exigent les États-unis entraînerait donc à la fois une baisse des exportations (donc de la croissance chinoise), mais aussi une dévalorisation de son épargne forcée. Il est assez logique que cette situation doublement perdante ne puisse être acceptée tant que les États-unis ne cherchent pas réellement à réduire leur déficit, et en particulier leur déficit public.

Il faut noter qu'une arme de dernier recours pour la Chine serait de vendre ses avoirs en dollars, ce qui entraînerait une réelle panique sur les marchés des changes. Pour le moment, la Chine n'a pas utilisé cette arme.

Membrebb  : Que se passera-t-il quand la Chine ne soudiendra plus le dollar ? Y aura-t-il une dévaluation du dollar ?

Si la Chine ne soutenait plus le dollar, la dévaluation de la monnaie américaine serait radicale et entraînerait un tangage très violent de tout le système monétaire mondial. La seule alternative pour les Etats-Unis serait d'adopter une politique d'austérité encore jamais vue dans l'histoire américaine. Il est à craindre, étant données les tensions sociales aux Etats-Unis du fait d'un taux de chômage très élevé, qu'une telle politique ne puisse même pas être envisagée.

JP : La guerre monétaire peut-elle entraîner une crise pire que celle de 2008 ?

La guerre monétaire est le prolongement de la crise de 2008. Elle peut déboucher sur une situation bien plus dramatique, puisqu'elle signifie qu'il n'existe plus de coordination entre Etats ; coordination qui, aussi bien en octobre 2008 qu'en mai 2010, a été le rempart ultime contre la dégradation générale de l'économie.

Popin : N'existe-t-il pas une tension entre coopération économique et souveraineté politique ? A quel prix les Etats peuvent-il faire le sacrifice de leur souveraineté ?

La mondialisation suppose l'acceptation par les pays riches d'une perte d'une partie de leur production économique, donc d'une dépendance vis-à-vis des économies émergentes, et donc — c'est le point probablement le plus complexe — d'un abandon objectif de souveraineté sur leur politique monétaire. Dans la période de croissance de la fin des années 1990, cette évolution semblait acceptable ; elle se révèle beaucoup plus compliquée dans des périodes de stagnation, voire de récession.

Elle est pourtant inéluctable, à moins d'abandonner une perspective de mondialisation, c'est-à-dire de précipiter les pays émergents dans des crises aux conséquences incalculables. Dans l'état actuel de l'économie, les pays non occidentaux n'ont pas encore — et tant s'en faut — la capacité d'assumer par leur seule demande leur développement accéléré (je ne crois pas encore dans l'hypothèse du découplage).

Il dit : «de précipiter les pays émergents dans des crises aux conséquences incalculables»

Avez-vous remarqué dans ce texte, il manque un intervenant ?

Vous, M. le peuple, nos politiciens oligarchiques ont juste oublié de demander à leurs peuples, s’il était d’accord de subir le ‘dumping social’.

Simon : Au final, ce G20 a-t-il une réelle signification ? N'assiste-t-on pas plutôt à un G2 + 18 ?

Au final, on peut considérer qu'il ne s'agissait pas d'un G2, mais réellement d'un affrontement. Le G20 a permis de relancer une concertation qui semblait exclue au vu des événements des dix derniers jours. Cela étant, le succès est encore très loin. Parmi les dix-huit autres participants, on note toujours l'extrême anxiété du Japon, et la position fragile et non encore totalement arrêtée de l'Union européenne. Ce G20 marque non seulement la montée des tensions entre Chine et Etats-Unis, mais aussi une possible montée des périls pour les deux grandes zones que sont l'euro et le yen.

Popin : Quelle est la force de négociation de l'Union européenne, son poids ?

L'Union européenne a un poids très important dans l'économie mondiale (c'est toujours, et de loin, le premier marché mondial). Elle a un poids plus faible d'un point de vue monétaire. Pour le moment, l'UE a toutes les peines à imposer des directions plus sages dans la création monétaire. Paradoxalement, son influence pourrait provenir de ses fragilités. En particulier Irlande, Grèce et Portugal, dans les prochaines semaines, pourraient obliger le système monétaire international à se coordonner sous peine de risque d'éclatement.

Oui, parce que vos gouvernants ont juste oublié que les gens ne sont pas du bétail, et de dire à des jeunes de 20 ans qui subissent un taux de chômage plus de 40 % de chômage, et n’ont pas d’avenir devant eux, vous avez un foutu et sérieux problème sur les bras.

Chris : Pourquoi les cinq plus grosses économies de l'UE ont-elles évoqué la situation de l'Irlande en marge du G20 ? N'était-ce pas contre-productif ?

La situation de l'Irlande met en lumière les fragilités immenses du système monétaire international, que la Chine et les Etats-Unis semblent oublier dans cet affrontement monétaire. L'UE a rappelé que la tempête sur les membres de l'eurozone pourrait revenir très vite, dans les quatre semaines qui viennent en particulier, par rapport aux difficultés de l'Irlande qui, depuis mardi, se retrouve dans une situation rappelant beaucoup celle de la Grèce en mai dernier.

Le coût de financement de l'Irlande devient si élevé qu'il paraît à très court terme pouvoir être insupportable. Dans ce cas, l'Irlande devrait faire appel au Fonds d'urgence européen créé au printemps dernier (normalement pour venir à la rescousse de la Grèce). Les conséquences seraient très lourdes pour tous les pays de la zone euro, en particulier la France, obligée d'intervenir réellement (non pas en tant que simple garantie comme dans le passé) ; l'euro s'en trouverait très affaibli et contaminerait l'ensemble du système monétaire, l'instabilité ayant de très lourdes conséquences sur les échanges internationaux.

Ce risque s'accroît d'autant plus que cette semaine, les conditions de refinancement du Portugal se sont également très fortement détériorées. Une faillite de pays de la zone euro n'est pas totalement exclue en pratique, même si la théorie économique la considère en général comme un événement improbable.

Yop : L'UE peut-elle sanctionner l'Irlande pour son déficit qui dépasse de très loin les 3 % du PIB ?

Dans l'état actuel des choses, la première préoccupation de l'Union européenne doit être d'éviter l'explosion monétaire. Dans un deuxième temps, il sera sans doute nécessaire de réfléchir, sinon à une sanction, au moins à un encadrement plus strict des déficits publics. Attention : les pays concernés ne seront pas seulement les petits pays. La France, en particulier, pourrait être considérée elle aussi comme susceptible d'être sanctionnée.

Il est complètement des patates (expression québécoise), ce qu’ils vont faire, et c’est déjà commencer, ils vont licencier les politiciens.

Marta : Quelles sont les réformes nécessaires à la survie de la monnaie unique ?

La réforme principale est de revenir au principe de création de la monnaie unique, c'est-à-dire d'interdire, ou à tout le moins d'obliger à une coordination stricte, des déficits budgétaires trop lourds. Le déficit conduit à une création monétaire dans le seul but de l'intérêt du pays l'ayant décidée. La monnaie unique, dont le rôle est d'optimiser les échanges commerciaux à l'intérieur de la zone, n'a pas pour objet d'être une arme politique interne.  En revanche, il peut être important d'envisager pour la zone euro une véritable politique externe, en particulier dans un contexte de guerre des monnaies. En clair, il est possible, si la guerre des monnaies se poursuit, que l'Europe ait à modifier sa politique et à prôner de vigoureuses mesures protectionnistes.

Vous avez toujours ce foutu problème, qui ne se règle pas, vous avez un sérieux problème de compétitivité entre les différents États, et ce vice de forme ne se réglera pas avec un protectionniste.

Bbb : L'euro est-il une bonne arme dans cette guerre des monnaies ?

L'euro n'est pas conçu comme une arme par définition, puisque l'euro est l'aboutissement ultime de la reconstruction d'une Europe éprouvée par deux guerres mondiales. En revanche, si l'euro était conçu pour pacifier l'espace européen, il doit être envisagé de manière différente s'il devient un élément d'affrontement à l'intérieur d'une guerre monétaire internationale. Ce n'est pas l'euro qui poserait un problème, mais bien la nécessité, alors, d'avoir une politique de réaction commune de l'Union européenne dans son ensemble (toujours les mesures protectionnistes).

Membrebb : Une monnaie unique au niveau mondiale serait elle la solution ?

Une monnaie unique au niveau mondial serait bien évidemment la solution. Techniquement, cette idée n'est pas utopique, l'euro l'a démontré. Néanmoins, l'euro démontre aussi que pour y parvenir, une discipline commune est absolument nécessaire et que l'ensemble des participants doit accepter des règles, en particulier de transparence, très loin d'être aujourd'hui réunies. L'un des obstacles majeurs ici serait précisément la Chine.

Les solutions:

1.      Sortir les pays qui ont une trop faible compétitivité par rapport à l’euro pour qu’ils se fassent une santé financière (Ex : Irlande, Grèce, Portugal, … ).

2.      Et commencer à un établir: un protectionnisme raisonné et raisonnable tant aussi longtemps que nous n’ayons pas un véritable libre-échange.