Et si on revenait un peu en Europe


Extrait de : Et si on revenait un peu en Europe, Françoise Garteiser, La Chronique Agora, 02 Avril 2011

Ce n'est pas parce que votre voisin est plus malheureux que vous que vos soucis se dissipent.

Hélas, diront certains.

On pourrait également dire que la place accordée en première page des médias n'a aucun lien direct avec l'importance du sujet -- et peut même être proportionnelle.

C'est ainsi : les catastrophes nucléaires et naturelles au Japon ou les troubles qui agitent actuellement le Proche et Moyen-Orient n'ont pas fait disparaître comme par magie les problèmes qui affectent la France et l'Europe.

La crise est toujours là, l'emploi est toujours en berne, l'économie ne repart pas... et les Etats sont toujours endettés -- à commencer par le Portugal, qui ne va pas mieux.

"Le Premier ministre José Socrates a démissionné -- suite au refus de sa majorité d'engager, comme il le souhaitait, un quatrième plan d'austérité", nous expliquait Frédéric Laurent, rédacteur en chef de Vos Finances en début de semaine. "Pourtant, la situation portugaise semble plus qu'intenable. Les marchés sont dubitatifs quant à la capacité du pays à gérer seul cela. Conséquence immédiate, les taux d'intérêt à long terme sont à nouveau extrêmement tendus. Ils frisent les 8% (7,78% exactement). Et les agences de notation n'ont pas tardé à abaisser la note portugaise de deux crans -- A- pour Fitch Ratings, BBB pour Standard & Poor's".

"De là on peut naturellement se demander pourquoi José Socrates a-t-il refusé le 'plan de sauvetage' de 75 milliards d'euros proposé par l'Union européenne le 24 mars dernier. Il semblerait que cette décision ait été motivée par un élan démocratique afin de laisser les Portugais trancher sur la question eux-mêmes lors de prochaines élections législatives".

"Néanmoins, le refinancement qui doit s'opérer le 15 juin prochain (en deux tranches de 4,5 milliards d'euros) ne pourra se faire sans l'aide de l'Europe. Ce qui nous ramène encore une fois à notre mauvais feuilleton européen. Après 'il faut sauver le soldat grec', après 'l'Irlande dans la panade', voici le dernier opus du genre 'à la rescousse du Portugal qu'il le veuille ou non'. Et dans le rôle du héros principal je vous le donne en mille : Mister DSK, premier pompier du FMI et son célèbre camion plein de billets".

"Sauver le Portugal de gré ou de force ?" conclut Frédéric. "La question peut se poser. Mais comment venir en aide à un pays qui pour l'heure la refuse ? Et surtout pourquoi ? La réponse est évidente. Il ne s'agit pas du Portugal. Il n'en n'a d'ailleurs jamais été vraiment question. Si l'Europe fait tant pression sur Lisbonne pour accepter son plan de sauvetage c'est avant tout parce que derrière ce Portugal en péril se cache surtout un euro sous pression".

▪ Et ce qui vaut pour le Portugal est tout aussi vrai pour l'Irlande, comme le rappelait Bill il y a quelques jours.

"L'Europe ne veut pas que l'Irlande fasse faillite. Parce que les dettes de l'Irlande sont le crédit des banques allemandes et françaises. Si on laissait l'Irlande faire défaut sur ses dettes, toute l'affaire tomberait en pièces".

"L'Irlande ne peut pas emprunter sur le marché libre. Les prêteurs ne sont pas idiots. Les Irlandais empruntent donc aux autorités financières européennes. Les taux bas permettent de maintenir à flot les ménages irlandais. La plupart des prêts immobiliers, en Irlande, sont à taux variables.

Si on les laissait varier vers le haut, au niveau du marché, les ménages, les banques et le gouvernement irlandais couleraient tous".

"Pour l'instant, l'Europe prête aux autorités irlandaises à des taux bas... si bien qu'elles peuvent empêcher que leurs banques et leurs électeurs fassent faillite. Les banques, à leur tour, sauvent leurs créditeurs de la faillite. Tout le système, en Europe aussi bien qu'aux Etats-Unis et au Japon, dépend d'un flux continu d'argent facile artificiellement bas. Et tout le monde semble penser que ce flux d'argent bon marché peut se continuer indéfiniment".

"Bienvenue dans l'économie politique moderne... Les petits problèmes isolés sont amalgamés en problèmes de plus en plus grands. Le danger ne tarde pas à affecter non plus une banque... ou même une nation... mais le système tout entier".

Et quand la situation tournera mal -- parce qu'elle va mal tourner, c'est inévitable -- mieux vaudra avoir dans vos coffres autre chose que du papier imprimé, cher lecteur. Mieux vaudra avoir des choses tangibles, solides -- et de préférence jaunes et brillantes...