Explosion des emplois précaires au Québec


Extrait de : Explosion des emplois précaires au Québec, La Presse Canadienne, les affaires.com, 06-04-2011

Les signes de la reprise économique sont tangibles au Québec, mais la situation de l'emploi démontre à quel point cette reprise est fragile.

Selon les données publiées mercredi par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), il s'est ajouté 66 700 emplois au Québec en 2010, soit le double de ceux perdus durant la récession de 2008-2009.

"Le Québec récupère les emplois qui ont été perdus durant la récession 2008-2009, explique Jean-François Dorion, analyste en statistiques du travail à l'ISQ. Nous en avions perdu 32 000 en 2009 et c'était demeuré inchangé en 2008 et nous en avons créé 66 700 en 2010. Est-ce que nous sommes sortis de la récession? Il y a plusieurs facteurs qui jouent mais on peut dire que le Québec a bien fait en 2010.

Il s'agit d'une croissance de l'emploi de 1,7 pour cent, ce qui est supérieur au gain de 1,4 pour cent enregistré pour l'ensemble du Canada.

C’est ce genre de commentaire qui me fruste littéralement «on a bien fait», un parfait commentaire inutile d’un employé du ministère.

Si nous examinons sérieusement le taux de chômage et les implications fiscales, il y a plusieurs variables que l’on doit tenir compte:

1)      Il faut savoir le nombre d’emplois qui ont été créés dans le privé et dans le public.

2)      Car pour le secteur public, c’est une dépense, il faut être capable de les ventiler.

3)      Il faut savoir le nombre d’emplois temporaires ou partiels et savoir sur quelle assiette fiscale, qu’il se situe, car c’est vrai qu’il travaille, mais on a de grandes chances qu’il ne paie pas d’impôts, et je suppose que c’est bien plus que la moyenne canadienne de 40 %.

Donc, avant de dire que ça va bien, il faut connaître d’autres détails, qu’un chiffre absolu sur le taux de chômage, évidemment il ne faut pas trop en demander à nos fonctionnaires, au risque de se compromettre. 

Fait à noter, toutefois, l'emploi temporaire a connu une hausse record de 14,6 pour cent (61 000 nouveaux emplois) et la hausse a aussi été plus marquée du côté de l'emploi à temps partiel (5,2 pour cent, soit 37 500 emplois de plus) que du côté de l'emploi à temps plein, qui a à peine progressé avec une augmentation de 0,9 pour cent. De ce côté, les 29 200 nouveau emplois à temps plein de 2010 ont tout juste compensé les 27 200 perdus en 2009.

"On peut penser que les employeurs étaient un peu sur leurs gardes, conclut M. Dorion. Ils ne sont pas trop sûrs de la direction dans laquelle va se développer l'économie. À ce moment, ils embauchent pour répondre à un besoin immédiat mais à temps partiel ou sur une base temporaire parce qu'ils sont incertains. Le retour est fragile, l'économie reste fragile."

M. Dorion signale par ailleurs que les données par secteur confirment une tendance lourde de l'économie québécoise, soit le glissement vers une économie de service au détriment du secteur manufacturier, dont le recul s'est amorcé bien avant la récession de 2008-09

"On constate que le secteur de la fabrication s'effrite beaucoup. On note une sixième baisse en huit ans de l'emploi dans ce secteur, qui est très affecté. De l'autre côté, on voit les services professionnels, les soins de santé, etc., des secteurs de service qui, eux, créent beaucoup d'emplois. On voit la tendance vers le secteur des services."

Normale, le Québec est moins compétitif que le reste du Canada, et que le Canada est moins compétitif que les États-Unis, et les États-Unis impriment de l’argent pour être encore plus compétitif, on est dans un sérieux pétrin.

Ayant beaucoup de richesse naturelle (payant – surtout pour les provinces de l’Ouest, on ne vient pas riche avec des boulettes de fer), l’argent canadien ne cesse d’augmenter, ce qui n’est pas bon pour notre secteur manufacturier.

Ainsi, le secteur des services a connu une poussée de 83 500 emplois, soit une augmentation de 2,8 pour cent alors que l'industrie de la fabrication, deuxième en importance au Québec, s'est retrouvée en déficit de 32 400 emplois.

Selon l'ISQ, les hommes ont été les grands gagnants de la vigueur du marché québécois de l'emploi en 2010, notamment parce qu'ils avaient aussi été les premières victimes des pertes attribuables à la récession, surtout dans le secteur de la construction.

Sur une base régionale, c'est l'ile de Montréal qui a raflé le plus grand nombre de nouveaux emplois, soit tout près de 30 000, suivie de ses couronnes sud et nord, la Montérégie et les Laurentides décrochant respectivement 9100 et 8800 nouveaux emplois. La région de Québec vient tout juste derrière avec 8700 nouveaux emplois.

Ces résultats ne sont guère étonnants de la part des secteurs les plus populeux, mais une fois traduits en pourcentages, c'est la région de la Côte-Nord/Nord-du-Québec qui occupe _ et de loin _ la première place, avec une croissance de l'emploi de 10,7 pour cent.

La Gaspésie (5,8 pour cent), Chaudière-Appalaches (3,7 pour cent) et Abitibi-Témiscamingue (3,6 pour cent), se classent toutes devant Montréal, où la croissance de 3,2 pour cent place la métropole au 5e rang.

À l'opposé, trois régions ont connu une baisse de l'emploi en 2010, soit le Centre-du-Québec (un recul de 5,8 pour cent), l'Estrie (-5,1 pour cent) et le Bas-Saint-Laurent (-2,1 pour cent) alors que le Saguenay-Lac-Saint-Jean a connu une relative stabilité avec un recul marginal de 0,7 pour cent.

Le nombre total d'emplois dans la province était de 3 915 000 à la fin de 2010. Il s'agit d'un sommet inégalé.

Le taux de chômage du Québec se chiffrait quant à lui à 8 pour cent, soit pile sur la moyenne canadienne.

Il s'agit d'une première historique selon M. Dorion: "Mensuellement, nous avons déjà réussi à atteindre des taux de chômage égaux et même inférieurs à ceux du Canada mais, sur une base annuelle, c'est la première année où le Québec se situe au même niveau que le Canada. Ça ne s'était jamais produit auparavant."

À l'échelle régionale, bien que la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine se classe au deuxième rang en matière de création d'emploi, elle a encore beaucoup de chemin à faire puisqu'elle affiche toujours le taux de chômage le plus élevé de la province à 14,8 pour cent. C'est la région de Québec qui remporte la palme du plus faible taux de chômage, à 5,1 pour cent

Tant aussi longtemps que nous n'ayons pas un rapport précis du Ministère du Revenue, combien de gens au Québec payent des impôts, tous ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose sans connaître l'assiette fiscale.

En fait, il faudrait savoir combien de gens payent des impôts et provient du secteur privé, car ce sont eux qui créent la richesse, mais le ministère n'oserait jamais donner de tel chiffre.

Imaginer, quand les fonds dépenser pour les infrastructures vont se tarir, on risque d’avoir un sérieux phénomène de «double dib» au Québec, mais cela c’est tout une autre histoire.